«Cela dépasse les bornes!»
Furieux, le lobby agricole répond à l'attaque de Peter Spuhler

Le président des paysans suisses, Markus Ritter, dénonce les critiques de Peter Spuhler sur l'accord Mercosur. Il accuse le secteur économique de méconnaître les réalités agricoles et réclame des compensations équitables.
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L'opposition du lobby agricole à l'accord de libre-échange avec le Mercosur met Peter Spuhler hors de lui.
Photo: keystone-sda.ch
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Daniel Ballmer et Christian Kolbe

Les agriculteurs ne comptent pas se laisser faire. «Que le monde des affaires commence par s'en tenir aux faits», fulmine Markus Ritter, président de l'Union suisse des paysans et conseiller national du Centre. «On n'arrive certainement à rien en s'en prenant aux agriculteurs. Cela ne fait que durcir les positions.»

L'interview que Peter Spuhler – entrepreneur et membre de l’UDC – a accordé à Blick a fait bondir Markus Ritter. Dans cet entretien, l'entrepreneur s’en prenait violemment aux agriculteurs et à leur président. 

Leur opposition à l’accord de libre-échange avec le Mercosur avait mis le patron de Stadler Rail hors de lui: «C’est inacceptable! Cela dépasse les bornes et constitue une rupture de confiance massive entre le monde des affaires et l’Union des agriculteurs.»

Des accusations de chantage

Pour l’économie suisse, cet accord est pourtant exceptionnel. L’accord de l’AELE avec les pays du Mercosur – l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay – offre un meilleur accès au marché en pleine croissance de l’Amérique du Sud. Environ 96% des exportations suisses seraient exemptées de droits de douane, avec 270 millions de consommateurs à la clé.

C’est précisément en ces temps d’incertitude, marqués par la politique douanière capricieuse du président américain Donald Trump, qu’il est important pour les exportations suisses de conquérir de nouveaux débouchés.

Mais pour l’instant, le Conseil national a rejeté l’accord. En plus de la gauche, le lobby agricole a aussi voté contre. Le lobby souhaite d’abord obtenir des subventions supplémentaires en contrepartie. Il réclame environ 800 millions de francs sous forme de prêts sans intérêt sur les dix prochaines années. Faute de quoi, il continuera à s’opposer à l’accord avec le Mercosur.

Ce blocage met Peter Spuhler hors de lui. Il rappelle que l’agriculture ne représente que 0,6% du produit intérieur brut. Il soutient la communauté agricole, mais «dans cette période difficile, j’attends des agriculteurs qu’ils soutiennent eux aussi l’économie».

Et le membre de l’UDC enchaîne: «Grâce à une industrie d’exportation forte, nous sommes en mesure de financer aussi les agriculteurs via des paiements directs», explique Peter Spuhler. «Si on nous coupe les vivres, ce sont finalement les agriculteurs qui en pâtiront aussi. Si les agriculteurs font ainsi chanter l’économie, les comptes ne tiendront plus pour personne.»

A l’association industrielle Swissmem, les propos sans concession du patron de Stadler ont été bien accueillis. «Les critiques et la déception de Peter Spuhler reflètent bien le sentiment de nos membres. Il y a dix jours, lors de la Journée de l’industrie à Bâle, nous avons constaté que le comportement de l’Union des agriculteurs suscitait une incompréhension totale chez nos entreprises et leurs collaborateurs », explique le directeur Stefan Brupbacher.

Chez Economiesuisse, l’organisation faîtière de l’économie, Peter Spuhler prêche également des convertis. Un bon accès aux marchés d’exportation est déterminant pour l’industrie suisse d’exportation, affirme la directrice Monika Rühl: «Dans la perspective des débats au Conseil des Etats, tous les acteurs sont appelés à contribuer à une solution acceptable.»

«Des chiffres obsolètes»

Mais le président de l’Union suisse des paysans, Markus Ritter, ne se laisse pas déstabiliser pour autant. L’Union suisse des paysans a analysé l’ensemble des 25 segments de marché – du vin à la viande bovine en passant par le lait. Les importations supplémentaires entraîneraient en partie des baisses de prix rapidement perceptibles, qu’il faudrait compenser. «Ce ne sont pas des revendications exagérées», souligne Markus Ritter. «Le problème, c’est que le Conseil fédéral s’appuie sur des chiffres obsolètes, qui ont été élaborés selon une autre base.»

Malgré tout, Markus Ritter ne peut s’empêcher de lancer une petite pique: «L’économie d’exportation est bien sûr importante pour la Suisse. Mais elle ne contribue pas non plus à la part du lion du budget fédéral.» Toutefois, Markus Ritter ne souhaite pas céder aux provocations. «Cela ne sert à rien de se dénigrer mutuellement.»

« Déconnecté de la réalité»

Apparemment, le monde économique a été surpris que l’accord ne passe pas sans encombre au Parlement, suppose Markus Ritter, qui assure que les agriculteurs restent tournés vers la recherche de solutions. «Nous ne voulons pas négocier comme des marchands de tapis. Nous voulons une solution équitable et compréhensible.»

De son côté, l’organisation «Marchés équitables Suisse» se montre moins diplomate. «Les déclarations de Peter Spuhler sont déconnectées de la réalité et témoignent d’un manque de connaissance de ce qui se passe actuellement au quotidien entre le monde des affaires et la communauté agricole. La situation est dramatique, vu la pression que le monde des affaires exerce sur les agriculteurs producteurs.»

Markus Ritter en remet une couche: «Le dénigrement des agriculteurs n’apporte absolument rien au monde des affaires.» Une telle posture ne ferait que compliquer davantage la situation si le référendum prévisible lancé par le camp de gauche et des Vert-e-s venait à aboutir, le président de l’Union suisse des agriculteurs exerçant ainsi une certaine contre-pression. Il semble bien décidé à ne pas capituler.

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