Malgré les retards dans l'acquisition des drones ADS 15 israéliens, le National ne veut pas mettre fin à ce projet. Il a enterré jeudi, par 126 voix contre 62, une motion de la gauche en ce sens. Pour Manuela Weichelt (Vert-e-s/ZG), il faut «mettre fin au gâchis». Elle a appelé à «ne pas investir un franc de plus dans ce projet et à liquider le matériel déjà livré, en le vendant si possible à une autre armée».
Le crédit initial de 298 millions de francs est pratiquement épuisé et les perspectives de réussite du projet sont quasi nulles. «Pour six drones qui ne valent pas cet argent. Ce n'est pas un investissement, mais un fiasco financier et une désolation militaire», s'est désolée la Zougoise. La Suisse a besoin de matériel qui lui apporte une véritable plus-value.
Le Contrôle fédéral des finances est également très critique face à cet achat. Dans un rapport de 2025, il souligne notamment que le drone ADS 15 ne remplit pas certains critères techniques de base. Les composants du système n’ont pas la maturité requise. Les fournisseurs (Elbit et Ruag) ne sont pas fiables.
Impossible de tenir les délais
Mauro Tuena (UDC/ZH) a aussi reconnu le désastre de cet achat. Mais, «en y renonçant, l'argent sera définitivement perdu et la Suisse n'aura rien dans la main». L'achat de six drones du fabricant Elbit a été décidé en 2015 par le Parlement. Depuis, le retard s'accumule, avait reconnu en septembre dernier Martin Pfister, chef du Département fédéral de la défense (DDPS), devant les médias. Selon lui, l'achèvement du projet dans le cadre prévu est impossible. Il n'est toutefois pas question d'abandonner complètement le projet. Le projet a donc été redimensionné.
Le DDPS a renoncé à trois fonctionnalités initialement garanties par le fabricant. Les drones ne sont pas équipés du système d'évitement automatique, du système de dégivrage, ni du système de décollage et d'atterrissage indépendant du GPS.
F-35 également maintenus
Dans la foulée, le National a également rejeté, par 119 voix contre 60, une motion de l'ancien conseiller national Balthasar Glättli (Vert-e-s/ZH) visant à stopper l'achat du F-35. Actuellement, plusieurs pays qui prévoient ou ont déjà conclu des contrats d’acquisition de F-35A revoient leurs plans.
Si la Suisse ne réagit pas rapidement, des coûts supplémentaires sont à prévoir chaque année, a avancé Gerhard Andrey (Vert-e-s/FR). Et de rappeler que des avions européens comme le Rafale ou le Gripen répondraient très bien aux buts du Conseil fédéral en matière de sécurité. De plus, l'opérativité du F-35 dépend de Washington. En cas de crise politique, ces avions pourraient être cloués au sol en quelques jours, a ajouté le Fribourgeois.
Pour Martin Pfister, c'est le meilleur avion et le plus utilisé en Europe. Un renoncement amène également des coûts supplémentaires, qui ne peuvent pas être chiffrés actuellement, a-t-il prévenu. Par ailleurs, l'armée a engagé des travaux sur les bâtiments et dans l'informatique pour accueillir ces avions de combat.