Le Gouvernement jurassien ne va pas dénoncer l'attitude des militants autonomistes, qui avaient appelé à «continuer le combat» le 31 décembre dernier dans le cadre des festivités marquant le changement de canton de la ville de Moutier. Une délégation de l'exécutif jurassien avait participé au cortège, ce qui avait fait réagir des élus UDC via une question écrite au Parlement.
Dans sa réponse, l'exécutif jurassien souligne tout d'abord que le cortège organisé le 31 décembre 2025 à Moutier relève de la liberté d'expression. «Dans une société démocratique, la pluralité des opinions, y compris celles exprimées de manière engagée ou symbolique, doit être respectée.»
Ce cortège aux flambeaux avait rassemblé des milliers de personnes à quelques heures du transfert de Moutier du canton de Berne à celui du Jura. Aux premiers rangs, les membres du Groupe Bélier avaient scandé des slogans tels que «Ce n'est qu'un début, continuons le combat», «Pour nous, demain, un seul Jura» ou encore «Jura sud, Jura libre». Appelé par les signataires à se prononcer sur cette manifestation, l'exécutif rappelle la portée historique de cette nuit. L'atmosphère générale était «à la fois festive, digne et empreinte d’émotion».
«Avenir interjurassien commun»
Les signataires ont demandé au Gouvernement jurassien s'il allait s'excuser envers le Conseil-exécutif bernois après ce «dérapage». Il n'en sera rien, car «les faits évoqués relèvent d'initiatives privées et ne sauraient être imputés aux autorités cantonales», répond l'exécutif. «Le Gouvernement ne se reconnaît pas dans toutes les expressions entendues, mais il défend fermement le principe selon lequel la liberté d’expression constitue un pilier intangible de notre ordre institutionnel.»
Par ailleurs, «le Gouvernement pense-t-il effectivement que le combat n'est pas terminé?», demandaient les signataires. L'exécutif répond que la Question jurassienne est close sur le plan institutionnel. «Il ne saurait ainsi être question de prolonger quelque combat que ce soit.» Le Gouvernement entend travailler à «la construction d’un avenir commun serein, tant pour la population de Moutier que pour les relations entre les cantons du Jura et de Berne».
Pas d'interdiction du Groupe Bélier
Les signataires souhaitaient également savoir si le Gouvernement allait «faire entendre raison aux protagonistes de cette affaire». L'exécutif répond que le cortège s'inscrivait dans le cadre légal. «La liberté d'expression et la liberté d'association sont des droits fondamentaux essentiels. Toute intervention étatique visant à faire taire des opinions constituerait une atteinte grave à ces principes.»
Ainsi, l'exécutif jurassien ne va pas non plus faire dissoudre le Groupe Bélier, comme le demandaient les signataires. Les conditions ne sont pas réunies pour interdire ce mouvement, constitué sous forme d'association, car son but est licite et n'est pas contraire aux moeurs, souligne le Gouvernement. Ce dernier n'entend aucunement «interdire des expressions politiques, même lorsqu'elles peuvent déranger, dès lors qu'elles demeurent dans le cadre de la légalité.»
Termes forts
Le dépôt de cette question écrite avait fait réagir de nombreux élus, notamment en raison des termes utilisés. Le texte présente le transfert de Moutier comme un «déracinement de son bassin naturel qu'est le canton de Berne». Il qualifie aussi le Groupe Bélier de «groupuscule» et de «mouvement belliqueux».
Outre Francis Carnal, député prévôtois au Parlement jurassien qui était opposé au changement de canton de sa ville, la question écrite a été co-signée par neuf autres députés ou suppléants UDC. Ces cosignatures avaient surpris, laissant entendre que l'UDC Jura aurait potentiellement des penchants anti-séparatistes.
Cette analyse avait été balayée sur RFJ par le président de l'UDC Jura Alain Koller. «Que je sois pour ou contre, je signe toujours par solidarité du groupe», avait-t-il réagi. Francine Stettler, également co-signataire, avait dit rejoindre, sur le fond, les préoccupations de Francis Carnal. Mais «les termes employés restent propres à l'auteur», avait-elle relevé sur les ondes de la radio locale.