En bref
- UNICEF Suisse critique les limites d’âge sur TikTok et Instagram, estimant qu’elles sont insuffisantes pour protéger les jeunes
- Le Conseil fédéral a lancé une consultation sur une nouvelle loi visant à réguler les plateformes numériques. L'UNICEF juge ce projet trop timide
- L'UNICEF appelle à des mesures incluant les jeunes au cœur de la réflexion
Faut-il fixer un âge minimum plus strict pour accéder à TikTok, Instagram ou d’autres grandes plateformes? L’idée séduit, parce qu’elle paraît simple. Mais pour UNICEF Suisse et Liechtenstein, on se trompe de cible si on s’arrête là. L’organisation estime que les limites d’âge, à elles seules, ne protègent pas efficacement les enfants et les adolescents.
Son message, partagé à la presse le 16 avril, est clair. Le danger ne vient pas seulement du fait d’être en ligne, mais de la façon dont les plateformes sont fabriquées. En clair, des algorithmes pensés pour capter l’attention, du défilement infini – y compris de contenu problématique – et des mécaniques conçues pour faire rester les jeunes le plus longtemps possible. Pour le fonds des Nations Unies pour l'enfance, c’est là que la régulation doit frapper.
Nouvelle loi déjà jugée timide
Cette prise de position tombe en plein débat suisse. Le Conseil fédéral a lancé, le 29 octobre 2025, la consultation sur la future loi fédérale sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche. Le projet vise notamment à renforcer les droits des utilisateurs, à imposer davantage de transparence sur la modération, la publicité et les systèmes de recommandation, ainsi qu’à améliorer l’accès aux données pour la recherche et l’administration. La consultation s’est achevée le 16 février dernier.
Pour UNICEF Suisse et Liechtenstein, cette future loi représente une vraie occasion politique. Mais l’organisation juge le projet encore trop timide. Selon elle, le texte met surtout l’accent sur la transparence et la gestion des contenus, sans aller assez loin sur un point central: le design même des plateformes, leurs structures d’incitation et leur logique commerciale. Autrement dit, on regarde ce qui circule sur les réseaux, mais pas assez la machine qui pousse ces contenus jusqu’aux enfants.
Inclure les jeunes dans la réflexion
L’UNICEF ne dit pas que les limites d’âge ne servent à rien, mais plutôt que ce n'est qu'un petit bout de réponse. L’organisation défend un paquet de mesures plus large. Des obligations légales claires pour les plateformes, une analyse systématique des risques pour les mineurs, des réglages sûrs et la participation des jeunes eux-mêmes à la réflexion. La responsabilité, insiste l'UNICEF, ne doit pas reposer d’abord sur les parents ou sur les enfants, mais sur les entreprises qui conçoivent ces services. C'est notamment ce que fait l'Australie en amendant les réseaux sociaux qui contreviendraient à leur loi sur la protection des mineurs.
En filigrane, l’UNICEF rappelle aussi que rendre l’espace numérique plus sûr ne passe pas forcément par l’exclusion des jeunes. Cela passe d’abord par des plateformes moins agressives, moins opaques et moins pensées contre eux.