Rien ne va plus chez Denner. Fin mai, le PDG Torsten Friedrich a brutalement claqué la porte. Un an à peine après sa prise de fonction, le dirigeant allemand a jeté l'éponge, étouffé par le carcan que lui imposait la maison-mère, Migros.
Depuis, le moral des collaborateurs est au plus bas et les critiques toujours plus vives contre la filiale. Et voilà que l'ancien propriétaire de Denner en personne, Philippe Gaydoul, y va de son complèment de compte, dans les pages de la «NZZ am Sonntag».
Des magasins restés bloqués au XXe siècle?
«Beaucoup de magasins ont le même aspect qu'ils avaient il y a bientôt vingt ans. Les investissements ont été quasi inexistants, tant au niveau de la modernisation des filiales que des nouvelles technologies comme le self-scanning, pourtant cruciales pour le hard-discount», fustige l'entrepreneur zurichois.
Philippe Gaydoul a cédé l'entreprise familiale à Migros en 2007. Il en est resté le patron pendant deux ans, et n'a quitté le conseil d'administration qu'en 2012. L'homme d'affaires a longtemps été persuadé d'avoir fait le bon choix. «Aujourd'hui, je vois les choses différemment», confie-t-il à l'hebdomadaire. Il dit en outre regretter la diversification excessive de l'assortiment de produits.
La réplique de Migros
Des accusations que Migros et Denner rejettent en bloc. Dans une déclaration conjointe, les deux entités affirment avoir injecté 400 millions de francs ces huit dernières années dans la rénovation des magasins, l'informatique et les centres de distribution. Quant à l'offre en rayon, elle n'aurait augmenté que de manière «modérée». Pour la direction du géant orange, le positionnement de Denner comme «magasin de proximité à prix discount» reste parfaitement limpide aujourd'hui.
Une crise d'identité profonde
Le départ précipité de Torsten Friedrich trahit toutefois un profond malaise. En effet, le discounter traverse une véritable crise d'identité. Au moment de la démission, Migros avait même admis – certes laconiquement – des «divergences de vues sur la stratégie et le développement futur de Denner».
Ironie de l'histoire, c'est le grand patron de Migros, Mario Irminger – lui-même ancien CEO de Denner – qui avait recruté Tosten Friedrich. Or, fin octobre 2024, ce même Mario Irminger a engagé les magasins Migros dans la guerre des prix entre discounters. Une offensive qui a immédiatement soulevé une question cruciale: le patron de Migros n'a-t-il pas rendu Denner totalement obsolète?
Denner repris en main
Parallèlement, Mario Irminger a mené la profonde restructuration de la coopérative au pas de charge. Sous sa houlette, Migros a vendu plusieurs filiales spécialisées, tout en sabrant dans les dépenses des filiales, afin de recentrer les forces du groupe sur les supermarchés. Pour y parvenir, le directeur général a entrepris une véritable chasse aux doublons administratifs et centralisé à outrance, notamment dans le secteur des achats.
Denner est désormais tenu en laisse. Et celle-ci est courte. De quoi irriter au plus haut point l'ancien propriétaire de Denner.