En bref
- Dominic Kurz, chasseur d'orages originaire d'Aarau, parcourt le massif du Gothard pour capturer les éclairs dans des conditions météorologiques favorables cette semaine. Équipé de caméras, il partage ses aventures sur les réseaux sociaux, attirant des milliers de spectateurs.
- Kurz a survécu à un incident près de Morat où la foudre a frappé son trépied et son bras. Malgré le danger, il suit un protocole de sécurité rigoureux et continue à traquer les orages dans plusieurs pays européens.
- Depuis ses débuts, Kurz a documenté environ 1 000 orages, parcourant jusqu’à 40'000 km par an et dépensant plusieurs dizaines de milliers de francs. Il prévoit d’augmenter ce chiffre d’ici la fin de l’été.
Il se trame quelque chose dans le ciel au-dessus du massif du Gothard. Dominic Kurz prépare son sac. Appareils photo, trépied, clés de voiture, et le voilà parti à la chasse aux orages. Cette semaine, le quadragénaire est en pleine forme: les prévisions annoncent des orages. Avec une configuration météorologique du sud-ouest et l’air humide de la Méditerranée, il devrait y avoir des éclairs et du tonnerre.
Dominic consulte les modèles météorologiques sur son téléphone portable. L’appareil vibre et Dominic désigne une carte affichant les éclairs en temps réel. Chaque éclair est accompagné d’une alerte sonore. «La situation s’aggrave près de Salzbourg», constate-t-il.
Son équipement est réduit au strict minimum. Une caméra d’action est fixée derrière son rétroviseur. Son téléphone est accroché sur le côté. Il l’utilise pour diffuser ses sorties en direct sur TikTok et surveiller les «cellules». Sur le siège passager se trouve un appareil photo avec un objectif puissant pour les gros plans à distance. «A portée de main, ça peut aller très vite», dit-il.
Se faufilant entre les camping-cars et les cyclistes, Dominic gravit le col du Gothard au volant de sa voiture. «Regardez, ce cumulo-nimbus a l’air prometteur.» Aucun éclair n’est encore visible mais Dominic reste serein. «Ça peut encore prendre quatre, cinq heures, voire plus, mais ça fait partie de la chasse aux orages.»
Un feu d’artifice dans le ciel
Depuis son enfance, il est fasciné par la météo, les éclairs, le tonnerre, la grêle et les tornades. La puissance de la nature, son ampleur et son dynamisme l’impressionnent à chaque fois, explique-t-il. «D’autres assistent à un concert ou s’extasient devant un feu d’artifice.» Pour lui, c’est la même chose.
Pour lui, les nuages sombres et les orages sont magnifiques et impressionnants. «Un éclair, c’est comme un feu d’artifice de la nature», explique Dominic. Originaire d’Aarau et résidant à Andermatt, il se considère comme un chasseur d’orage professionnel. Des milliers de personnes le suivent sur les réseaux sociaux.
Lorsque des orages s’annoncent, il se met en route, mais pas systématiquement. «Un petit orage d’été ne m’intéresse pas», estime Dominic. Il prend sa décision en fonction des prévisions météorologiques et de son expérience. «Ce que publient les météorologues est important, mais pas déterminant. Ce qui compte, c’est l’œil et l’expérience.»
Dans la mesure du possible, il part suffisamment tôt, observe le ciel et l’évolution des nuages. Plusieurs facteurs sont déterminants pour un orage avec risque de foudre: l’humidité, la température et l’instabilité des masses d’air. «Est-ce qu’on va avoir de la chance aujourd’hui?», se demande-t-il avant de répondre aussitôt: «Je ne sais pas encore.»
Un passe-temps mortel
Dominic gare sa voiture sur le versant sud du Gothard. D’après lui, c’est de là que l’on a la meilleure vue vers le sud et l’ouest. Il installe son trépied, branche son appareil photo et observe. «Plus les nuages montent haut, plus un orage a de chances de se former», explique-t-il. Son objectif: repérer d’imposantes cellules orageuses accompagnées de rafales violentes et d’un nuage en forme d’enclume. L’essentiel, c’est qu’il y ait beaucoup de «feux d’artifice». «Avec 80 à 100 éclairs par cellule, je suis comblé», déclare-t-il. «Quand je prends une bonne photo d’un éclair, je suis satisfait.»
Mais si l’excitation et l’adrénaline sont toujours au rendez-vous, ce que Dominic traque représente aussi un risque pour lui et peut lui être fatal. «J’ai déjà été frappé par la foudre – heureusement, ce n’était qu’une branche latérale, sinon je serais mort», explique-t-il d’un ton détaché. C’était près de Morat, dans le canton de Fribourg. La foudre a frappé le trépied de son appareil et son bras. «Ça a fait un petit 'bzz', comme avec une clôture électrique.»
Il n’a pas peur d’être à nouveau touché par la foudre, mais suit toujours son protocole de sécurité. «Je vérifie toujours à l’avance où se trouvent les parkings, les stations-service ou les bâtiments, et comment je peux quitter les lieux», précise-t-il.
Ce logisticien de formation ressemble à un météorologue amateur. Aujourd’hui, il travaille comme chauffeur pour un grand groupe hôtelier à Andermatt, par roulement. Cet emploi se concilie bien avec sa passion, estime-t-il, mais pas suffisamment. «J’organise mes vacances en fonction de la saison des orages», dit-il.
Voilà comment Dominic Kurz parcourt régulièrement de longues distances à travers la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. Souvent seul, parfois accompagné de personnes partageant les mêmes centres d’intérêt. Hormis quelques petits dons, il ne tire aucun revenu de cette activité. Ses dépenses dépendent des orages qu’il rencontre. «Les bonnes années, je parcours jusqu’à 40’000 kilomètres et je dépense des dizaines de milliers de francs suisses en transport et en hébergement», explique-t-il. Depuis qu’il se considère comme un chasseur d’orages, il en a recensé environ 1000. Mais d’ici la fin de l’été, il y en aura probablement beaucoup d’autres.