Alors que Valérie Dittli tente de reprendre la main en contestant la légalité du rapport Meylan au moyen d'un avis de droit, sa contre-offensive a déjà essuyé un premier revers. Le Conseil d’Etat a décidé de maintenir le rapport contesté, malgré l'expertise produite par la conseillère d’Etat et rédigée par les professeurs Vanessa Rüegger (Université de Genève) et Felix Uhlmann (Université de Zurich).
Dans ce brouhaha, un silence intrigue: celui de son propre parti. Depuis plusieurs jours, la direction du Centre Vaud ne s’exprime pratiquement plus sur l’avenir politique de sa ministre. Et près de six heures après la très scrutée conférence de presse de ce vendredi 7 août, elle s’est finalement fendue d’un communiqué tiède, multipliant les mots pour ne pas dire grand-chose. Un malaise qui tranche avec le soutien largement affiché par les membres du parti au printemps dernier.
A croire que la célèbre règle des «trois L» du journaliste français Jean-François Kahn – lécher, lâcher, lyncher – est peut-être en train de s’écrire sous les yeux de Valérie Dittli. Après avoir défendu sa conseillère d’Etat pendant des mois, le Centre Vaud semble désormais prendre ses distances, sans toutefois l’assumer publiquement.
L'odeur du sang agite les requins
Que se passe-t-il en coulisses? Selon des informations recueillies par Blick, corroborées par plusieurs sources internes, une partie du comité de présidence affinerait sa stratégie en vue des élections cantonales de 2027. L’idée d’une nouvelle candidature de Valérie Dittli ne serait plus privilégiée.
La direction du parti estimerait qu’elle compromettrait la constitution d’une large alliance centriste avec le Parti vert’libéral (PVL), le Parti évangélique (PEV) et Les Libres, considérée comme la meilleure chance de retrouver une influence durable au Grand Conseil. Autrement dit: finito l’Alliance vaudoise avec le Parti libéral-radical (PLR) et l’Union démocratique du centre (UDC), qui avait pourtant permis au centre-droit de reprendre la majorité gouvernementale.
Indépendamment des développements juridiques, l’avenir de Valérie Dittli se jouerait désormais sur un terrain essentiellement politique. Selon nos informations, la réflexion de la présidence reposerait moins sur les qualités personnelles de la conseillère d’Etat que sur un calcul électoral. La priorité serait désormais de reconstruire un bloc centriste capable de peser à nouveau dans les institutions vaudoises, quitte à renoncer à présenter sa ministre sortante.
Un président très ambitieux?
A l'interne, ces discussions alimentent déjà les spéculations sur l’après-Dittli. Selon différentes sources concordantes, la présidence du Centre Vaud ne verrait pas en la conseillère nationale Isabelle Chappuis, dont le siège pourrait être fragilisé en cas d'alliance avec les Vert'libéraux, la successeure naturelle de Valérie Dittli. Un autre nom circulerait avec insistance: celui de Giancarlo Sergi, fraîchement élu à la tête du parti.
Toujours selon ces informateurs, une éventuelle candidature du président du Centre ne répondrait pas tant à la conviction de pouvoir conquérir le Château Saint-Maire qu’à une stratégie politique plus personnelle. L’objectif serait d’abord de profiter de la visibilité qu’offre une campagne au Conseil d’Etat pour faciliter son élection au Grand Conseil en 2027, avant de viser, à plus long terme, un siège au Conseil national à Berne. «Pas folle, la guêpe», persifle l’un de nos interlocuteurs.
Malgré des enthousiastes, cette hypothèse est toutefois loin de faire l’unanimité dans l’entourage du parti. Plusieurs sources se montrent particulièrement sévères à l’égard du nouveau président. Elles estiment que Giancarlo Sergi cultive volontiers une image de «gestionnaire de crise», mettant régulièrement en avant son passage au Béjart Ballet Lausanne ou à la tête de Swiss Basketball. Selon elles, cette réputation relèverait davantage d’un récit soigneusement entretenu que de résultats concrètement démontrés.
Les mêmes sources pointent également ce qu’elles considèrent comme son principal talon d’Achille: une expérience politique encore trop limitée pour prétendre gouverner le canton. A leurs yeux, son parcours est avant tout celui d’un dirigeant d’organisations plutôt que d’un élu ayant fait ses preuves dans les institutions. «On ne devient pas candidat crédible au Conseil d’Etat parce qu’on préside depuis quelques mois un parti qui peut se réunir dans une cabine téléphonique», vitupère l’une d’elles.
Giancarlo Sergi se défend
Nous avons confronté Giancarlo Sergi à l’ensemble de ces éléments. D’abord sur une potentielle fin de l’Alliance vaudoise et l’hypothèse d’une nouvelle alliance au centre. «Vous êtes bien renseigné, amorce-t-il. Nous avions décidé un planning avec Valérie Dittli, qui a jusqu’au 11 août pour se déterminer. Nous avions décidé de rencontrer les partis centristes, ce que nous avions annoncé à la presse. Nous les avons depuis tous rencontrés et nous avons eu des discussions. Effectivement, il y a une jolie opportunité de revenir un peu au centre.»
Il insiste cependant sur un point: le comité de présidence ne peut rien décider seul. «Le comité cantonal se réunira le 20 août et, le 2 septembre, nous présenterons nos conclusions en présence des membres. Je ne peux pas tout vous dire aujourd’hui: je réserve dans un premier temps cette discussion à Valérie Dittli ainsi qu'à nos membres. Nous voulons faire un vrai travail de fond, pas simplement partir dans les émotions. Je ne peux pas m’avancer davantage.» Il précise: «Personne n’est contre Valérie Dittli personnellement. Notre objectif, l’année prochaine, est d’avoir un groupe au Grand Conseil et, pour cela, nous avons besoin d’alliances.»
Sur les ambitions personnelles que certains lui prêtent, le quinquagénaire se montre plus nuancé: «C’est sûr que je suis intéressé par le Grand Conseil, mais pas par le Conseil national. Isabelle Chappuis fait de l'excellent travail et je souhaite que cela dure.» Exclut-il pour autant une candidature au Conseil d’Etat pour parvenir au Parlement? «Comment je compte y arriver, c’est encore trop tôt pour le dire. Je n’ai pas encore de stratégie. Pour moi, ce qui est véritablement important maintenant, c’est d’arriver à un consensus le 2 septembre et d’éviter qu’on se tire dans les pattes. Je veux faire les choses avec transparence et respect. A ce propos, personne ne se présentera face à Valérie Dittli d’ici au 2 septembre. C’est à elle de nous dire si elle souhaite continuer ou non.»
Reste une dernière critique, certainement la plus dure. Celle qui vise ses compétences réelles de gestionnaire de crise et son bilan. «Je n’ai pas à me justifier, mais j’estime être un vrai gestionnaire de crise, appuie-t-il. Aujourd’hui, on ne parle plus trop du Béjart Ballet Lausanne, en tout cas pas en mal. Au basket, en dix ans, nous avons eu des crises et nous les avons toutes résolues.» Et de rebondir: «J’ai été élu le 19 mai à la tête du Centre Vaud. La vraie crise, c’est maintenant. Je regarde les choses au jour le jour. Le reste…»
Quoi qu’il en soit, l’histoire ne manque pas de sel. Valérie Dittli, qui n'était pas disponible pour répondre à nos questions, connaît bien les grandes manœuvres du Centre Vaud: elle avait elle-même été aux commandes lors de la mise à l’écart des dinosaures Claude Béglé et Jacques Neirynck, aux prémices de sa fulgurante ascension. Quelques années plus tard, la voilà à son tour menacée d’être poussée vers la sortie par son camp. En politique comme partout ailleurs, la roue finit toujours par tourner.