Dans la nuit de mardi à mercredi, le deuxième plus grand aéroport de fret d'Allemagne, à Leipzig/Halle, a échappé de peu à un attentat terroriste. Un drone chargé d'explosifs a été découvert à proximité immédiate d'un avion-cargo ukrainien. Malgré les systèmes de détection ultramodernes de l'aéroport, l'engin est parvenu à échapper presque entièrement aux dispositifs de sécurité.
Les forces d'intervention de la police fédérale l'ont désamorcé à temps, évitant une catastrophe. Selon le journal «Bild», le drone était de fabrication professionnelle. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si les auteurs disposaient d'informations obtenues illégalement sur les systèmes de défense antidrones de l'aéroport.
«Cela peut aussi arriver en Suisse»
L'incident de Leipzig suscite une vive inquiétude parmi les responsables politiques suisses, tous partis confondus. Qu'il s'agisse d'espionnage ou de sabotage, «pour un coût relativement modique, la technologie disponible dans le commerce permet de causer d'importants dégâts, de paralyser le trafic aérien et de susciter une grande insécurité», déclare à Blick le conseiller national de l'Union démocratique du centre (UDC) Werner Gartmann. «On ne peut toutefois pas parler aujourd'hui d'une protection complète et opérationnelle à tout moment de nos infrastructures critiques.»
Pour la conseillère aux Etats socialiste Franziska Roth, spécialiste des questions de sécurité, «ce qui s'est passé à Leipzig peut également se produire en Suisse». Selon elle, l'incident illustre «le danger réel de la guerre hybride». Il suffirait qu'un pays hostile ou un groupe terroriste envoie quelqu'un dans une centrale nucléaire, un hôpital ou une centrale énergétique pour que le pire scénario devienne envisageable.
Des compétences mal définies
En Suisse aussi, les survols de drones au-dessus d'infrastructures critiques – installations militaires, hôpitaux, aéroports ou centrales électriques – se multiplient. Pourtant, la marche à suivre en cas d'urgence reste floue. Peut-on simplement abattre un drone? Si oui, qui en a la compétence: la police, Skyguide ou l'armée? Et par quels moyens? Aujourd'hui, les responsabilités en matière de protection de l'espace aérien ne sont pas clairement définies.
Le Parlement a décidé en juin de clarifier ces zones d'ombre. Mais la conseillère aux Etats issue du Centre, Andrea Gmür, s'inquiète: «Je crains que nous ne soyons pas suffisamment préparés.» «Nous ne devons pas perdre davantage de temps», ajoute-t-elle en appelant à renforcer les moyens de l'armée. Selon Werner Gartmann, d'autres mesures sont envisageables, comme l'installation de capteurs sur les sites sensibles, le recours à des dispositifs de brouillage électronique ou encore à des drones intercepteurs.
L'experte en sécurité Ulrike Franke, du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), confirme à Blick, à sa demande, que l'incident survenu à l'aéroport de Leipzig est le premier cas où des explosifs ont été détectés sur un drone. «Les explosifs rendent un drone bien plus dangereux pour les avions. Nous sommes donc bel et bien face à une nouvelle dimension de la menace.»
Selon l'experte, la Suisse n'est pas non plus à l'abri de cette menace. Des abus commis par des organisations criminelles pourraient notamment se produire ici aussi.
La complexe chasse aux drones
Ivo Capaul, du Centre d'études de sécurité de l'ETH Zurich, estime lui aussi que le drone chargé d'explosifs découvert à proximité de l'aéroport allemand marque une nouvelle étape dans l'évolution de la menace. «Les explosifs embarqués sur un drone introduisent une dimension cinétique supplémentaire à la situation», explique-t-il à Blick. Un tel scénario augmente considérablement le niveau de danger.
Plus largement, la protection des infrastructures critiques comme les aéroports, les centrales électriques ou les installations militaires contre les drones reste un défi complexe, souligne l'expert. La première étape consiste à disposer de systèmes de détection adaptés, tels que des radars ou des caméras, capables d'identifier ces objets volants. Ceux-ci pourraient ensuite être neutralisés à l'aide de contre-mesures ciblées. «Toutefois, cette approche comporte toujours le risque que des débris de drones s'écrasent, voire explosent, dans des zones habitées.»
Que disent Genève et Zurich?
Interrogé par Blick, l'aéroport de Genève assure disposer d'un plan complet pour faire face à ce type de situation. Ce dispositif a récemment été réévalué dans le cadre du sommet du G7 organisé en juin, avec un renforcement supplémentaire des mesures de sécurité. L'aéroport affirme être conscient de l'évolution des menaces, de plus en plus hybrides, et travailler en étroite coordination avec la brigade de sécurité de l'espace aérien de la police cantonale genevoise.
De son côté, l'aéroport de Zurich indique également avoir mis en place, avec ses partenaires de sécurité, des procédures précises en cas d'observation de drones ou d'incidents liés à ces appareils. Un système de détection des drones aurait par ailleurs été installé dès le début de l’année 2025. Pour des raisons de sécurité, les deux aéroports ne souhaitent pas communiquer davantage de détails sur leurs dispositifs.