Le CDF met le holà
L'armée suisse veut renforcer sa logistique... mais il lui manque 10 milliards

L'armée suisse veut renforcer sa logistique pour mieux faire face aux crises. Mais le Contrôle fédéral des finances avertit que le financement reste incertain et que le projet, estimé jusqu'à 10 milliards de francs, présente encore d'importantes lacunes.
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L'armée suisse souhaite se préparer à une éventuelle guerre grâce à un nouveau concept logistique.
Photo: Keystone
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Riccarda Campell

En cas de conflit, une rupture d'approvisionnement en munitions, carburant ou pièces de rechange peut rapidement compromettre les opérations militaires. Pour s'en prémunir, l'armée suisse a élaboré un nouveau concept logistique destiné à renforcer sa capacité de réaction en situation de crise.

Mais son coût pourrait être bien plus élevé que prévu. Dans un rapport publié ce jeudi, le Contrôle fédéral des finances estime qu'il manque jusqu'à 10 milliards de francs au financement du projet, un montant qui n'aurait pas été intégré par le Département de la défense, déjà confronté à d'importantes difficultés budgétaires.

Le concept repose sur une logistique décentralisée. L'objectif est d'acheminer le matériel au plus près des zones d'engagement, d'assurer une prise en charge rapide des blessés et de maintenir le fonctionnement des principaux axes de transport ainsi que des infrastructures, en surface comme en sous-sol, même en cas de crise ou de guerre. Il doit également offrir une plus grande marge de manœuvre au commandement militaire.

Au total, 144 mesures doivent être déployées progressivement d'ici à 2035. Elles sont actuellement réexaminées afin d'éliminer les doublons, avec pour objectif d'en ramener le nombre à environ 80.

Aucun moyen financier supplémentaire n'est prévu

Le Contrôle fédéral des finances (CDF) juge le concept logistique de l'armée «suffisamment abouti» dans son ensemble. Il relève toutefois que «des questions centrales restent en suspens», à commencer par son financement.

L'armée a élaboré ce projet sans définir les moyens nécessaires à sa mise en œuvre. En dehors des quelque 480 millions de francs prévus pour la logistique d'engagement dans le plan directeur 2025, aucun financement supplémentaire n'a, à ce jour, été demandé ni budgété.

Les mesures déjà identifiées représentent à elles seules un coût estimé à 4,3 milliards de francs. Ce montant n'inclut ni les pièces de rechange, ni les stocks supplémentaires, ni la décentralisation de la logistique. A cela s'ajoutent encore les nouveaux contrats de prestations, les formations et d'autres adaptations.

Une facture de 10 milliards

Selon les estimations internes de l'armée, le développement complet de ce dispositif à l'horizon 2040 pourrait dépasser les 10 milliards de francs. Cette somme correspond toutefois à l'aboutissement du projet: il ne s'agit pas de mettre en place immédiatement une logistique de guerre complète, mais de préparer l'armée à réagir rapidement en cas de crise.

Le CDF comprend que cette vision à long terme ait été élaborée avant toute considération budgétaire. Il estime toutefois qu'il était rapidement évident que ces ambitions risquaient de dépasser les capacités financières de l'armée.

«Etant donné que l'armée doit de toute façon toujours établir des priorités, on a du mal à comprendre pourquoi le lien avec la planification de l'armée n'a pas été établi plus tôt», écrit-il. Le CDF avertit enfin que si certains projets peuvent être réalisés, le concept perdra sa cohérence si des éléments essentiels sont abandonnés faute de moyens.

90% du matériel militaire provient de l'étranger

L'infrastructure informatique constitue un autre point sensible. Si le système SAP fonctionne de manière stable au quotidien depuis le début de 2025, il ne dispose pas encore d'un mode de fonctionnement autonome et suffisamment sécurisé pour résister à une situation de crise ou de guerre. L'armée travaille donc au développement d'une architecture SAP plus résiliente.

Le Contrôle fédéral des finances reproche également à l'armée d'avoir élaboré son concept logistique avant l'adoption de la Stratégie de politique de sécurité 2026, censée en fixer le cadre. Le Département de la défense rejette cette critique, estimant qu'une approche séquentielle prendrait trop de temps et risquerait de rendre la stratégie obsolète avant même sa mise en œuvre. Il privilégie donc des adaptations continues.

Le CDF s'inquiète enfin de la forte dépendance de l'armée suisse envers l'étranger. Environ 90% des équipements militaires jugés essentiels sont importés. Les auditeurs financiers appellent dès lors à une meilleure coordination avec les fournisseurs, les cantons et les autres services de la Confédération.

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