La Suisse étouffe sous la canicule. Le seul salut possible semble être un plongeon dans l'eau fraîche du lac le plus proche. Seulement voilà: l'or bleu de la Suisse est au coeur d'une controverse internationale.
Dans une motion, le conseiller national tessinois du Parti socialiste (PS) Bruno Storni demande un accord entre la Suisse et l’Italie pour déterminer la régulation du niveau de l'eau du lac Majeur.
Mais derrière ce sujet en apparence mineur se cache une problématique très sérieuse. «Les Italiens veulent relever le niveau maximal du lac pour pouvoir utiliser plus d’eau à des fins agricoles», explique à Blick Bruno Storni. «Sauf que le réchauffement climatique accentue les épisodes de précipitations extrêmes. Une hausse artificielle du niveau du lac augmenterait donc aussi le risque d'inondations au Tessin.»
«L’Italie joue avec le feu»
Concrètement, l'Italie souhaite que le niveau du lac soit relevé à 1,35 à 1,4 mètre au-dessus du point zéro, comme mesuré à Sesto Calende, du côté italien. «L’Italie mène des expériences sur le niveau du lac depuis 2015 et nous, nous devons l'accepter sans rien dire?», s’indigne Bruno Storni.
Le parlementaire rappelle un épisode fâcheux. L’année dernière, en avril, le Tessin était sortie de son lit à Pavie à cause d'un niveau du lac trop élevé. Après une journée de fortes pluies, le niveau de l'eau avait grimpé de plus d’un mètre.
Il considère donc que l'Italie «joue avec le feu». Or, l'enjeu ne se limite pas à la sécurité: un niveau d'eau plus élevé submergerait en permanence certaines plages et mettrait également en péril plusieurs réserves naturelles.
L'élu ne nie pas les besoins agricoles italiens. Mais il est moins conciliant sur la méthode: «Leur façon d’irriguer les champs est complètement dépassée. Ils les inondent comme il y a 50 ans. C’est absurde.»
Adaptation au changement climatique
Du côté italien, c’est l’«Autorità di bacino distrettuale del fiume Po» qui est chargée de la régulation du lac. Cette autorité de district précise au journal Blick que l’objectif principal est de réduire les problèmes liés à l’irrigation des cultures pendant la saison estivale. S’il y a plus d’eau dans le lac, les réserves sont plus importantes en période de sécheresse.
Les tentatives visant à augmenter le niveau du lac sont en cours depuis un certain temps déjà, « ces mesures étant toutefois subordonnées à la mise en œuvre de toutes les précautions nécessaires pour éviter tout impact négatif sur les personnes, l’environnement et les infrastructures », précise l’autorité de district. La démarche actuelle répond aux exigences d’une gestion proactive des ressources en eau et tient compte des conditions météorologiques et climatiques « découlant des scénarios de changement climatique ».
Pas la première polémique
Ce n’est pas la première fois que le niveau du lac Majeur suscite des tensions. En 2022, l’Italie a reçu moins d’eau que d’habitude. Les agriculteurs, inquiets pour leurs récoltes, avaient alors lancé un appel à l'aide, rapportait la SRF. «Nous demandons à nos amis suisses de maintenir le niveau du lac Majeur, grâce aux barrages situés dans les Alpes», déclarait Meuccio Berselli, secrétaire général de l’Autorité du bassin du Pô.
Selon cette même autorité, un tel scénario pourrait se reproduire. Lorsque la neige fond trop tôt au printemps, les réserves d'eau s'épuisent avant l'été, précisément au moment où les besoins sont les plus importants. «Cette situation s'est d'ailleurs déjà produite cette année», souligne-t-elle.
Accord avec la France
Le Conseil fédéral a la mission de négocier un accord avec l’Italie. L’initiative de Bruno Storni bénéficie d’un large soutien: des responsables politiques de tous les grands partis politiques l’ont signée. Le Conseil fédéral a toutefois rapidement cherché à apaiser les inquiétudes. Lors de l'heure des questions au Conseil national, il a assuré que la Confédération participait aux groupes de travail aux côtés du canton du Tessin.
La délégation suisse a ainsi donné son feu vert au lancement d'une phase d'essai. «Des modélisations, des études et des essais de régulation menés sous la supervision de l'autorité italienne compétente montrent qu'un tel niveau est acceptable pour la protection contre les crues», a répondu le conseiller fédéral UDC Albert Rösti.
L’Italie n'est pas le premier pays avec lequel la Suisse conclut un tel accord sur l’eau. L’année dernière, Albert Rösti a signé un accord similaire avec la France. En cas d'épisodes de crise telles que la sécheresse ou les inondations, les deux pays souhaitent coordonner plus étroitement la gestion du niveau d’eau.