Le cyberharcèlement se poursuit 9 ans après son suicide
Une mère reçoit de faux messages de sa fille décédée

Nadya Pfister est sous le choc: elle est harcelée par de faux messages qui proviendraient de sa fille décédée. Cette haine l'a encouragée à lutter contre le cyberharcèlement.
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Les parents de Céline Pfister sont harcelés par de faux profils créés au nom de leur fille décédée.
Photo: Siggi Bucher
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Simone Steiner

Nadya Pfister ressent un pincement au cœur. En consultant son téléphone portable, elle découvre un message de sa fille décédée. Elle ouvre Instagram et lit ces mots: «Salut maman, comment vas-tu? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues.»

Pour cette habitante d'Argovie, c'est la douche froide. «Comment cette personne ose-t-elle écrire sous le nom de Céline?», s’insurge-t-elle. Mais le reste du message lui glace le sang. «Je suis désormais en enfer et je croupis ici. Jésus a dit que je devais rester ici pour toujours», pouvait-on y lire.

«Ces messages me détruisent», confie Nadya Pfister à Blick. En août 2017, sa fille, alors âgée de 13 ans, s’est suicidée après avoir été victime de harcèlement en ligne pendant des mois. Son petit ami de l’époque avait transmis une photo intime d’elle à son ex-petite amie. Celle-ci avait publié la photo sur Snapchat. En l'espace de quelques instants, le cliché avait été vu par des centaines de personnes.

Une communauté scandalisée

Presque neuf ans plus tard jour pour jour, la mère de Céline est la cible de messages humiliants en ligne. Son mari, Candid Pfister, a voulu mettre immédiatement un terme à ces agissements et a lancé un appel sur Instagram. Il y demandait à ses abonnés de signaler le faux profil de Céline. «La communauté bouillonnait de rage», raconte-t-il. D’innombrables utilisateurs ont signalé le faux profil, si bien qu’il a été supprimé par Meta en peu de temps.

Mais le cauchemar ne s’est pas arrêté là. Dès le lendemain, un nouveau faux profil de Céline a fait son apparition. Au lieu de «celine_pfister_», il s’appelait «celine_pfister_1». Une autre photo de Céline y était utilisée.

Les nouveaux messages reçus par Nadya Pfister étaient tout aussi perturbants: «Maman, arrête s’il te plaît de lutter contre le cyberharcèlement. Sinon, je vais devoir rester encore plus longtemps en enfer. Je croupis ici depuis le 28 août 2017.»

Les attaques se poursuivent

Pour mettre fin à ces attaques, Nadya Pfister s’est adressée à la police cantonale le lendemain. Elle n’y a d’abord rencontré que peu de compréhension. «Il sera difficile pour nous d’intervenir», lui a-t-on répondu. Les messages ne contenaient ni menaces ni insultes, et que l'infraction d'usurpation d'identité s'avère difficile à caractériser.

Ce n'est qu'après avoir insisté lourdement que le fonctionnaire accepte de contacter le Ministère public. Ce dernier a pu identifier la personne grâce à son adresse IP. Nadya Pfister a appris qu’une procédure était déjà en cours contre cette personne pour une affaire similaire. Au bout de près de quatre heures, elle a pu déposer une plainte pénale.

Mais même cette découverte n’a pas changé grand-chose. Les attaques sur Internet se sont poursuivies. Entre-temps, une amie de Céline a également été contactée via le faux profil. «Beurk, sale pute, tu ferais mieux d’aller mourir», écrit le faux profil. Les insultes sont ici évidentes.

Nadya Pfister, elle, ne connaît aucun répit. Alors même qu'elle s'entretient avec Blick, une nouvelle notification tombe de la part du faux profil de sa fille défunte. «Tout cela me bouleverse énormément», souffle-t-elle.

Une bataille juridique

Avec son mari, Nadya Pfister milite, au sein de l’association «Celinesvoice», pour que le cyberharcèlement devienne une infraction pénale à part entière. «Ce cas est un exemple parfait qui illustre pourquoi une nouvelle base juridique est nécessaire», explique-t-elle.

Aujourd’hui, les messages haineux relevant du cyberharcèlement ne sont souvent pas punissables juridiquement, car pris individuellement, ils ne constituent ni une menace, ni une contrainte, ni une atteinte à l’honneur. «Et ce, bien qu’ils puissent, pris dans leur ensemble, causer un préjudice considérable», ajoute-t-elle. Cette Argovienne en a fait la douloureuse expérience lors du décès de sa fille. A l’époque, les deux principaux auteurs s’en étaient tirés avec une peine légère de quelques jours de travail d’intérêt général.

Soutien au National

Nadya Pfister a reçu le soutien de Gabriela Suter, conseillère nationale socialiste argovienne, dans sa lutte contre le cyberharcèlement. Cette dernière a présenté au Parlement fédéral, en 2020, une proposition de loi sur le cyberharcèlement. Le projet correspondant est désormais en consultation.

Même si la loi a recueilli une majorité au Parlement, elle se heurte encore à des opposants farouches. L’avocat Konrad Jeker, par exemple, met en garde contre un afflux massif de plaintes auprès du parquet. «On écrit tellement de «bêtises» sur Internet», affirme-t-il. Si tout cela devenait soudainement punissable, les autorités seraient au bord de l'effondrement, ajoute-t-il. Pour Nadya Pfister, ce n’est pas un argument valable. «Le cyberharcèlement peut être mortel», affirme-t-elle.

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