«Il avait tout à y gagner»
Un paysan fait rénover sa ferme par la protection civile... à l'œil!

Dans le cadre de ce qui devait être une simple formation, plusieurs membres de la protection civile ont aidé un agriculteur à rénover sa ferme dans le canton de Saint-Gall, suscitant de vives critiques. L'agriculteur ne disposait d'aucun permis de construire.
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Dans cette ferme d'Eschenbach (SG), 88 membres de la protection civile ont participé à une formation du 13 et 14 juin 2023.
Photo: Ivo Kuster
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Daniel Jung et Philippe Rossier

C'est ce que l'on appelle faire une bonne affaire. Le 13 juin dernier, plusieurs membres de la protection civile sont intervenus dans l'exploitation agricole d'un paysan à Rüeterswil, un quartier d'Eschenbach (SG). Leur mission: s'entraîner à manipuler des engins lourds. Mais l'intervention a rapidement dégénéré.

Sans s'en rendre compte, certains membres de la protection civile ont en effet contribué à la rénovation de l'exploitation. Une mangeoire ainsi qu'un bac à eau ont ainsi été construits dans une étable.

D'autres membres de la protection civile ont abattu des arbres, pour ensuite fendre du bois et l'empiler, pendant que certains collègues allumaient des feux préventifs à la lisière de la forêt. Ceci, en dépit des appels à limiter les feux à proximité de la forêt dans le canton de Saint-Gall, en raison de la sécheresse.

«Il avait tout à y gagner»

Un membre de la protection civile, qui était en service le premier jour, a participé aux travaux. Au final, son équipe et lui ont nettoyé toute l'étable malgré eux. «Quatre personnes ont passé leur matinée dans le fumier, de 9h à 14h15», explique-t-il. Pour lui, ce n'était pas à eux de le faire, mais plutôt au paysan.

Ce n'est pas tant les travaux de rénovation qui ont dérangé ce membre de la protection civile, mais plutôt de réaliser qu'il a effectué une mission d'ordre privée. Le service rendu par la protection civile a en effet permis à l'agriculteur d'économiser un temps de travail colossal. Beaucoup se sont dit au final: «Il avait tout à y gagner.»

La formation devait initialement durer quatre jours. Mais le 15 juin, «il a finalement été décidé d'interrompre la formation, notamment parce que le paysan ne respectait pas ce qui avait été convenu», explique Andrea Frei Gschwend, la responsable de la communication de la ville de Rapperswil-Jona.

L'arrêt prématuré de la formation a notamment été décidé parce que l'agriculteur avait demandé certains jours aux membres de la protection civile d'effectuer des travaux qui n'étaient pas en rapport avec la formation.

D'autre part, l'agriculteur ne bénéficiait d'aucun permis de construire pour la rénovation de sa ferme. Or, «conformément à l'accord passé avec la protection civile, l'obtention d'un tel permis était de sa responsabilité», explique Andrea Frei Gschwend.

«C'est insensé»

Ivo Kuster, travailleur social et membre du PS d'Eschenbach, était dans les parages le jour de l'intervention. Il se souvient avoir vu des affiches sur la formation, ainsi que quatre minibus de la protection civile garés devant la ferme le matin du 13 juin. Pour lui, c'était clair: la protection civile était en train d'effectuer des rénovations pour l'agriculteur. «C'est insensé», s'insurge Ivo Kuster.

En réponse à sa demande sur l'existence ou pas d'un permis de construire, la Commune s'est contentée d'expliquer: «Lors de la visite d'un collaborateur de l'administration des constructions, il n'a pas été possible de déterminer de manière claire l'ampleur du projet. Ceci aurait permis de déterminer le type de permis de construire nécessaire.»

Le canton a tout de même exigé un examen approfondi des travaux effectués sur place, en ce qui concerne notamment la protection des animaux et des eaux.

L'agriculteur reste silencieux

Aujourd'hui, la Commune regrette cet incident: «Le fait que la protection civile intervienne sur des projets de construction privés doit être examiné.»

Pour la protection civile également, l'affaire n'est pas encore close. Selon Andrea Frei Gschwend, certaines choses se sont effectivement mal passées. L'agriculteur concerné n'a pas souhaité s'exprimer.

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