Bien qu'elle soit typiquement associée aux oiseaux, la grippe aviaire (influenza A H5N1) peut aussi être transmise aux humains. Entre 2003 et 2024, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait notamment recensé un total de 889 cas et 463 décès, signalés dans 23 pays différents. Le taux de létalité total s'élève à 52%.
En Suisse, où le virus progresse aussi, plusieurs cas ont été détectés depuis le mois de novembre 2025, souligne l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Une liste de mesures préventives surtout applicables à l'élevage des volailles a été publiée par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et sera en vigueur au moins jusqu'au mois de mars 2026. Outre-Atlantique, l'infection survient surtout via le contact avec des bovins malades, au sein de fermes laitières: 71 nouveaux cas ont récemment été comptabilisés en Amérique du Nord, avec un décès survenu début 2025 chez un homme âgé de 65 ans.
Voilà qui suscite la crainte d'une nouvelle pandémie, ranimant au passage le souvenir encore frais du cauchemardesque Covid-19. Les experts tremblent notamment face au clade 2.3.4.4b, dont l'intensité semble remarquable, et que le monde scientifique scrute avec angoisse. Or, l'Université de Genève vient de finaliser une nouvelle étude, publiée dans la revue «Nature Communications», qui relève une très bonne nouvelle: certains anticorps liés à la grippe saisonnière (que l'ensemble de la population a déjà contractée) peuvent apporter une protection face à la grippe aviaire.
Des anticorps aux effets croisés
D'après Benjamin Meyer, collaborateur scientifique au Centre de vaccinologie du Département de pathologie et d’immunologie de la Faculté de médecine de l’Unige, l'immunité préexistante contre les virus grippaux humains peuvent potentiellement diminuer la sévérité d'une infection par le virus H5N1. Ceux-ci possèdent en effet une «base génétique commune» avec la grippe aviaire, ce qui leur permet de reconnaître le virus pour mieux le combattre.
Mais comment est-ce possible, puisque la grippe saisonnière change considérablement chaque année, au gré de ses mutations et de ces différents clads, qui apparaissent ponctuellement comme de nouvelles menaces inédites? Comme le précise un communiqué, les chercheurs ont pu démontrer que ces anticorps «s’attaquent principalement à la 'tige' du virus, qu’il a en commun avec la grippe saisonnière, et non à sa 'tête', qui change fréquemment.» Cela lui permet donc de contourner les transformations de la grippe, qui infligent pourtant des migraines aux créateurs des vaccins annuels.
Une fois le virus entré dans le corps, la diffusion de H5N1 parmi les cellules est «bloquée» grâce à ces anticorps, qui l'empêchent de se «découper» pour se multiplier et se propager dans l'organisme.
Les personnes vaccinées en 2009 sont d'autant plus protégées
Si l'étude souligne la présence de ces fameux anticorps chez l'ensemble de la population, la protection ne sera pas aussi robuste chez tous les individus. Plusieurs facteurs peuvent encore renforcer vos défenses:
Par exemple, les personnes vaccinées contre le virus H1N1 en 2009 ont reçu, d'après l'étude, un «adjuvant destiné à amplifier la réponse immunitaire et présentent aujourd’hui des concentrations plus élevées d’anticorps à réaction croisée, capables de neutraliser efficacement le virus H5N1». Le même effet n'est malheureusement pas démontré chez les personnes ayant simplement reçu l'un des vaccins standards contre la grippe saisonnière. Or, les symptômes de la grippe aviaire pourraient quand même s'avérer moins intenses.
Par ailleurs, les personnes nées avant 1965 présentent également une meilleure protection face à H5N1, dans la mesure où elles ont probablement rencontré, étant jeunes, des «sous-types» de virus H1 ou H2, qui ressemblent davantage à celui de la grippe aviaire. «À l’inverse, celles nées plus tard ont été exposées à d’autres sous-types de grippe saisonnière et disposent d’un niveau de protection de base plus faible», ajoute Mariana Alcocer Bonifaz, chercheuse au Centre de vaccinologie du Département de pathologie et d’immunologie de la Faculté de médecine de l'Unige, toujours dans le communiqué.
Cela dit, l'immunité croisée existe quand même, quoiqu'à des niveaux de robustesse variables, ce qui peut déjà s'avérer plutôt rassurant.