Antoine Flahault fait le point
La grippe devient-elle plus virulente chaque année?

Alors que la grippe saisonnière bat son plein, on peut avoir l'impression qu'elle s'intensifie d'année en année. Ce n'est pourtant pas le cas, d'après le spécialiste Antoine Flahault.
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«Bien que le simple masque chirurgical soit le plus représenté, c’est le masque FFP2 qui est véritablement efficace.»
Photo: Shutterstock
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Après s'être abattue sur la Suisse et l'Europe avec une avance notable, la grippe saisonnière semble désormais stagner. Le 14 janvier, l'OFSP annonçait 27,51 cas confirmés pour 100'000 habitants, soit 24,5% de moins que la semaine précédente. De quoi pousser un soupir de soulagement, en rêvant des premières lueurs du printemps. 

Or, les porte-parole de l'OFSP n'osent affirmer avec certitude que le pic de l'épidémie 2025-2026 est effectivement derrière nous. Il est donc encore trop tôt pour se réjouir, même si la grippe s'est déclarée de manière plutôt précoce, en démarrant sa course effrénée peu avant Noël. 

«La moitié des grippes saisonnières survient avant les Fêtes, et l’autre après les vacances, précise Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève. Cela dépend largement du hasard, bien que celles qui surviennent avant Noël sont souvent plus intenses.» 

Une accalmie temporaire pendant les Fêtes

Une baisse des cas avait néanmoins été observée début janvier, laissant penser que le pire de la grippe s'était insidieusement glissée sous le sapin. Il s'agit d'une diminution trompeuse, d'après notre expert: «Les Fêtes agissent un peu comme un confinement, souligne-t-il. Les écoles, ainsi que de nombreuses entreprises, sont fermées, tandis que les gens restent davantage chez eux et fréquentent moins les transports publics. Cela constitue un frein puissant à la dynamique de l’épidémie, mais cet effet est transitoire: la grippe reprend souvent de plus belle en janvier, comme nous l’observons actuellement.»

Effectivement, les hôpitaux italiens frisent la saturation, au point d'être contraints de placer des patients sur des brancards, par manque de place. De quoi se demander, avec une pointe d'angoisse, si ce virus bien connu, décliné en de nombreuses souches et sous-types différents, devient de plus en plus virulent, au fil du temps. 

De grandes et de petites épidémies

Rassurant, Antoine Flahault indique qu'il ne s'agit que d'une impression: «La grippe ne devient pas plus virulente chaque année, même si nous avons effectivement vu apparaître, cet hiver et le précédent, de grandes épidémies, explique-t-il. Si elles ont toujours la particularité d’être uniquement hivernales, elles varient en intensité d’année en année.» 

Les données de surveillance à long terme, notamment recensées par la France et les Etats-Unis, indiquent en effet que ces dernières années ont été marquées par de grandes et de petites épidémies saisonnières: «La grippe étant une maladie potentiellement sévère, notamment chez les personnes fragiles, elle peut entraîner des complications, des hospitalisations et un engorgement des hôpitaux, rappelle notre expert. On arrive actuellement dans la période qui précède ce pic. Durant cette phase, la pression pesant sur le système de santé augmente, les médias s’en font l’écho, et cela donne l’impression que la grippe est plus violente qu’auparavant.»

Le vaccin est moins efficace cette année

A noter que l'intensité des grippes, et donc le taux de mortalité, revient largement au hasard: «On ne connaît pas encore très bien les facteurs qui déterminent l’ampleur de l’épidémie, ce qui nous empêche de l'anticiper.» 

Cette imprévisibilité est, par ailleurs, très significative pour le développement du vaccin annuel contre la grippe: «Chaque année, un panel d’experts se réunit à l’OMS pour décider de la composition du vaccin de l’année suivante, rappelle Antoine Flahault. Lorsque la composition proposée n’est pas conforme à la circulation du virus, il existe un décalage entre la composition vaccinale et la circulation des souches.»

Et c'est malheureusement le cas cette année, sachant que le sous-clade K du virus de la grippe A (H3N2), la souche majoritaire de cet hiver, a émergé aux alentours du mois de mars 2025, soit quelques semaines après la réunion de l’OMS, et n'est donc pas inclus dans le vaccin. «On peut compter, malgré tout, sur une forme de protection croisée, mais le vaccin n’est pas d’une efficacité optimale cette année, ce qui peut jouer sur le taux de complications et de mortalité, pointe le spécialiste. On espère qu’une protection sera quand même apportée, mais il est encore trop tôt pour le dire.»

A noter que nous ne sommes actuellement pas confrontés à une seule souche, mais à plusieurs virus de types différents, dont H1N1, qui continue de circuler sous une forme modifiée, ainsi qu’une grippe de type B. «A ma connaissance, personne n’a encore pu expliquer pourquoi ces 3 sous-types de la grippe provoquent la même épidémie et entraînent une seule et même vague, souligne Antoine Flahault. Cela diffère du Covid, dont chaque variant est susceptible de provoquer une vague distincte.»

Nous ne sommes pas à l'abri d'une pandémie

Si la grippe ne suit pas une courbe ascendante d'année en année (et heureusement!), il n'est pas exclu qu'elle provoque une nouvelle pandémie, dans la prochaine décennie. En effet, le virus de la grippe peut également muter, à l'instar du Covid, en réalisant des copies défectueuses au fil de ses multiplications. 

«Parfois, du fait de l’évolution biologique, une nouvelle souche peut se révéler légèrement plus transmissible que les autres et traverser plus facilement les barrières immunologiques, explique notre expert. Cette souche peut alors être sélectionnée pour créer l’épidémie de l’année suivante. C’est précisément ce que tentent de prédire les experts de l’OMS, lors de leur réunion, au mois de février: ils observent les nouvelles souches et tentent de déterminer laquelle pourra lancer la prochaine épidémie. Malheureusement, il s’agit d’un pari, et les erreurs sont fréquentes.» 

Ainsi que le rappelle Antoine Flahault, 4 pandémies de grippes sont survenues entre l'année 1918, marquée par la grippe espagnole, et l'année 2009. «Une mutation particulièrement forte, un glissement antigénique puissant, peuvent entraîner un virus complètement nouveau qui échappe à toute barrière immunitaire existante, poursuit-il. On peut donc s’attendre à voir apparaître une nouvelle pandémie de grippe dans les 5 à 10 prochaines années. Mais on ignore quel virus en sera à l’origine.»

Vaccins, aération des lieux clos et masques FFP2

Notre expert se montre toutefois rassurant, rappelant que les maladies très virulentes sont généralement plus faciles à contrôler et à stopper. «Sans oublier que nous avons aujourd’hui la capacité à produire des vaccins en grandes quantités très rapidement, ajoute-t-il. On possède des outils et on connait bien la grippe.» 

Or, le vaccin n’est pas la seule protection possible, insiste notre intervenant. «La qualité de l’air intérieur est d’une importance capitale, dans la lutte contre les virus. Si on respirait un air d’une bonne qualité microbiologique, en ventilant mieux les espaces intérieurs clos tels que les écoles ou les trains, on souffrirait beaucoup moins de la grippe.» 

Autre allié de taille: le masque FFP2, qui représente une véritable protection contre les virus, particulièrement dans ces mêmes lieux clos insuffisamment aérés. «Bien que le masque chirurgical soit le plus représenté dans les médias, c’est le masque FFP2 qui est véritablement efficace», conclut Antoine Flahault. 

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