Il se tient dans un coin de sa maison, capuche bleue enfoncée et tête baissée. Ueli T.* est vraiment gêné. Le quinquagénaire ne veut surtout pas qu'on le reconnaisse. Et pour cause: d'après nos recherches, l'Argovien serait l'ancien collaborateur des CFF accusé d'avoir détourné 9 millions de francs! Le Ministère public de la Confédération mène une enquête pénale à son sujet.
«Oui, je suis passé aux aveux», nous confie Ueli T., avant d'ajouter: «C'est une chose terrible. Je suis vraiment désolé. Si je le pouvais, je reviendrais en arrière. Mais malheureusement, ce n'est pas possible.»
30 ans de carrière
Ueli T. nous raconte avoir travaillé pour les CFF pendant 30 ans. Seulement voilà: «J'ai connu des difficultés financières et c'est là que j'ai commencé à faire des choses comme ça», dit-il. Il refuse de nous expliquer la cause de ses problèmes d'argent et la nature exacte des «choses» qu'il a faites. Mais d'après la décision de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral datant du mois de novembre et publiée mercredi passé, les délits ont commencé en 2007 et ont duré jusqu'à l'arrestation du prévenu en novembre 2024 – soit pendant 17 ans.
Ueli T. se souvient bien de son arrestation. «Elle a eu lieu le 20 novembre 2024, tôt le matin», se rappelle-t-il. La police fédérale l'aurait arrêté devant un bâtiment des CFF à Olten (SO). «Une partie des employés a assisté à la scène. C'était sur un parking. On m'a passé les menottes.» Un véritable «choc» pour lui. «On ne sait pas du tout quoi faire dans ce genre de situation.» Il affirme qu'il s'était senti «complètement dépassé, dépassé par les événements».
Les CFF le dénoncent
Ueli T. a été placé en détention provisoire et son domicile a été perquisitionné. D'après lui, «aucune somme d'argent» n'a été saisie chez lui. «Il y avait sûrement encore un peu d'argent sur des comptes bancaires», ajoute-t-il. En revanche, il nie avoir encore beaucoup d'argent caché quelque part, ce sont des «spéculations sauvages et des rumeurs», véhiculées par des personnes qui lui «font du mal ou lui veulent du mal». Il assure que, de toute façon, il a été trahi, mais refuse de dire par qui.
Une chose est sûre: les CFF avaient déposé une plainte pénale auprès du Ministère public de la Confédération deux mois avant son arrestation. «J'ai été licencié le jour de l'arrestation», se rappelle Ueli T. Au bout de deux mois, il dit avoir «avoué la plus grande partie» de ses actes et a été libéré «sans conditions». Il ignore encore ce qu'il adviendra de lui ou la peine qui l'attend. «Je n'ai pas de casier judiciaire», souffle-t-il.
Un dommage de 9 millions
Ueli T. pourrait être condamné à une longue peine de prison. D'après la décision du Tribunal pénal fédéral, sa gestion déloyale des affaires et ses autres délits auraient causé un dommage d'environ 9 millions de francs. Il est accusé d'avoir commis une escroquerie, un faux dans les titres, un blanchiment d'argent et une infraction à la loi sur les armes.
Son mode opératoire: veiller – avec d'autres personnes et des sociétés – au règlement des factures pour lesquelles aucune prestation n'a jamais été fournie. D'après le Tribunal pénal fédéral, il aurait établi lui-même certaines des factures. Dans cette décision, la chambre a aussi rejeté un recours contre la saisie d'un véhicule privé, payé avec de l'argent détourné.
Un soutien mitigé
Ueli T. refuse de nommer les autres personnes ou entreprises éventuellement impliquées et se contente de dire: «Aucun autre collaborateur des CFF n'a été arrêté.» Il est particulièrement désolé pour eux et pour son ex-employeur. «Je me sens très mal pour les personnes avec qui j'ai travaillé», dit-il. Il a toujours aimé travailler avec eux et dit être encore en contact avec d'anciens collègues.
Ses amis continuent aussi à le soutenir. «Ils me voient comme un être humain» qui a fait «une énorme bêtise». En revanche, sa femme l'a quitté. Toutefois, Ueli T. maintient que «ce n'est pas elle qui m'a trahi».
*Nom connu de la rédaction