Blick a analysé chaque canton
La Suisse attire moins de riches contribuables étrangers, mais leurs impôts rapportent toujours plus

La Suisse compte de moins en moins de contribuables soumis à l'imposition forfaitaire. Pourtant, les recettes continuent d'augmenter. Blick analyse ce recul, les cantons qui attirent les plus fortunés et les raisons de cette évolution.
1/6
Le nombre d'étrangers qui bénéficient d'un forfait fiscal recule en Suisse, mais leurs recettes fiscales augmentent.
Photo: Shutterstock

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Depuis 2012, le nombre de contribuables soumis à l'imposition forfaitaire en Suisse a chuté, passant de 5634 à 3478 en 2022, selon les données fédérales.
  • Malgré cette baisse, les recettes fiscales liées à l'imposition forfaitaire ont augmenté. En 2024, le Tessin a par exemple perçu 189,5 millions de francs, soit 71 millions de plus qu'en 2016.
  • Les critiques dénoncent l'injustice du régime, affirmant qu'il favorise les riches au détriment de la population locale.
LucienFluri05.jpg
Lucien Fluri

La Suisse a-t-elle perdu de son attrait auprès des étrangers fortunés? Les chiffres recueillis par Blick auprès des cantons montrent en tout cas un net recul du nombre de personnes qui choisissent l'imposition forfaitaire. Depuis 2012, leur nombre a considérablement diminué.

Dans le même temps, les cantons ne semblent pourtant pas avoir perdu au change. Leurs recettes fiscales liées à ces contribuables ont, elles, nettement augmenté.

Alors, qui attire encore les étrangers fortunés? Où choisissent-ils de s'installer? Et pourquoi l'imposition forfaitaire est-elle devenue moins attractive qu'auparavant? Blick fait le point.

Le Valais, bastion de l'imposition forfaitaire

Le canton de Vaud était autrefois un refuge pour les fortunés du monde entier. Avec 706 contribuables soumis à l'imposition forfaitaire, il n'occupe toutefois plus que la troisième place en Suisse. Le Valais l'a détrôné, avec 841 contribuables concernés.

Le Tessin arrive en deuxième position avec 725 contribuables, devant Genève, qui en compte 520. Suivent, loin derrière, les Grisons (195), Zoug (157), Berne (144) et Lucerne (100).

De combien baisse le nombre de contribuables?

En 2012, le nombre de contribuables soumis à l'imposition forfaitaire atteignait son niveau record dans la plupart des cantons. Depuis, le modèle est en net recul. A l'échelle nationale, leur nombre est passé de 5634 en 2012 à 4557 en 2018, puis à 3478 en 2022, dernière année pour laquelle des données fédérales sont disponibles.

Depuis 2012, Vaud a ainsi perdu 690 contribuables soumis à l'imposition forfaitaire, le Valais 459, Genève environ 190 et le Tessin 152. En Thurgovie, leur nombre a diminué de 70, pour s'établir à 34.

Certains cantons ont toutefois connu une évolution inverse. A Zoug, le nombre de contribuables au forfait a augmenté de 47, pour atteindre 157. A Obwald, il a progressé de 42, à 80.

Pourquoi ce nombre diminue-t-il?

L'une des raisons de ce recul tient à la concurrence accrue de l'étranger. L'Italie, en particulier, cherche à attirer les grandes fortunes grâce à des modèles fiscaux spécifiques. Par ailleurs, la Suisse a adopté en 2014 des réformes qui ont entraîné une hausse des impôts pour les contribuables soumis à l'imposition forfaitaire.

Mais ce recul ne signifie pas forcément que les personnes concernées ont quitté la Suisse. Plusieurs cantons font état de passages à l'imposition ordinaire. D'autres facteurs expliquent également cette baisse, notamment les décès, les naturalisations et les mariages avec des Suisses ou des Suissesses, qui entraînent la perte du privilège fiscal.

Combien cela rapporte-t-il aux cantons?

Malgré la baisse du nombre de contribuables, certains cantons tirent davantage de recettes de l'imposition forfaitaire. En 2024, le Tessin a ainsi enregistré 189,5 millions de francs d'impôts fédéraux, cantonaux et communaux, soit 71 millions de plus qu'en 2016.

Contenu tiers
Souhaitez-vous voir ces contributions externes (par exemple Instagram, X et d'autres plateformes) ? Si vous acceptez, des cookies peuvent être installés et des données peuvent être transmises à des fournisseurs externes. Cela permet l'affichage de contenus externes et de publicités personnalisées. Votre décision s'applique à l'ensemble de l'application et peut être révoquée à tout moment dans les paramètres.

Dans les Grisons, les impôts cantonaux ont rapporté 38 millions de francs en 2025, contre 24 millions en 2018. A Zoug, les recettes fédérales, cantonales et communales ont augmenté de 14 millions sur la même période, pour atteindre 42,4 millions de francs. A Obwald, elles ont progressé de 9 millions, à 16,5 millions de francs.

Il est toutefois impossible de déterminer si cette hausse s'explique uniquement par l'augmentation des bases d'imposition en 2014 ou si elle tient également à l'arrivée de personnes nettement plus fortunées, menant un train de vie plus fastueux.

D'où vient ce modèle et pourquoi fait-il l'objet de critiques?

L'imposition forfaitaire suisse est née au bord du Léman. Dès les années 1910, elle visait à attirer de riches touristes étrangers séjournant plusieurs mois dans des hôtels ou des cliniques. Après la Seconde Guerre mondiale, le modèle s'est étendu au Tessin, au Valais et dans les Grisons. Il ne s'agissait alors plus de touristes, mais d'étrangers fortunés venus s'installer en Suisse.

Le musicien Phil Collins, le doyen de la Formule 1 Bernie Ecclestone, l'investisseur autrichien Peter Pühringer ou encore le pilote de course Michael Schumacher ont régulièrement été cités comme pouvant bénéficier de l'imposition forfaitaire. En raison du secret fiscal, ces informations ne peuvent toutefois pas être confirmées.

Depuis sa création, l'imposition forfaitaire suscite des critiques. Dans les années 2010, la contestation a culminé avec plusieurs référendums cantonaux et une initiative nationale visant à supprimer le régime. En 2014, cette dernière a été rejetée par 59% des votants. Depuis, le débat s'est apaisé. Zurich, Schaffhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures et les deux Bâles ont néanmoins supprimé l'imposition forfaitaire.

Comment fonctionne ce modèle?

L'imposition forfaitaire est calculée en fonction des dépenses du contribuable. Elle tient compte du coût de la vie, notamment du logement, du personnel, des voitures ou encore des voyages. A l'échelle fédérale, le revenu imposable ne peut pas être inférieur à 435'000 francs. Pour les personnes ayant leur propre foyer, la base de calcul doit en outre correspondre au minimum à sept fois le loyer annuel ou la valeur locative du logement ou de l'immeuble suisse occupé par le contribuable.

Les cantons appliquent également leurs propres montants minimaux. Ils soulignent que le système repose sur des critères clairs et que le montant n'est donc pas simplement négocié. Plusieurs cantons précisent par ailleurs qu'une imposition ordinaire entraînerait une charge administrative considérable pour les autorités, la plupart des personnes extrêmement fortunées disposant de structures patrimoniales complexes.

D'où viennent ces riches étrangers?

Interrogés sur l'origine précise des contribuables soumis à l'imposition forfaitaire, les cantons invoquent le secret fiscal. La plupart viennent toutefois d'Europe.

Le Valais cite notamment la France, l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas et l'Italie parmi les principaux pays d'origine. A Zoug, un quart des personnes soumises à l'imposition forfaitaire sont originaires d'Allemagne.

Qui en profite, qui y perd?

Les cantons considèrent presque unanimement les contribuables soumis à l'imposition forfaitaire comme un atout pour l'économie locale. Ces personnes investissent et consomment, et le régime actuel permettrait «d'attirer ou de retenir dans le canton des personnes fortunées jouissant d'une mobilité internationale en tant que contribuables».

Le Valais estime qu'elles génèrent environ 4'000 emplois. «Les recettes fiscales issues de ce régime revêtent une importance cruciale pour les collectivités publiques», écrit l'administration fiscale valaisanne en réponse à une demande de Blick. En 2023, les contribuables soumis à l'imposition forfaitaire ont versé 122,5 millions de francs d'impôts fédéraux, cantonaux et communaux dans ce canton alpin.

Genève souligne également que, malgré le taux spécial appliqué, les impôts versés par ces contribuables seraient largement supérieurs à la moyenne cantonale. Les détracteurs jugent toutefois le système injuste. Ils reprochent aux contribuables au forfait de payer trop peu d'impôts au regard de leur fortune, à la Suisse de priver d'autres pays d'une partie de leur assiette fiscale et aux personnes concernées de profiter des infrastructures sans contribuer suffisamment à leur financement.

En Valais, un contribuable soumis à l'imposition forfaitaire paie en moyenne environ 150'000 francs d'impôts. Autre critique: la hausse des prix de l'immobilier dans certaines localités, qui peut avoir des conséquences pour la population locale.

Articles les plus lus