Il veut doubler la flotte
Martin Pfister se heurte à une forte opposition de ses collègues sur l'acquisition des F-35

Martin Pfister se retrouve contraint d'acheter moins d'avions de combat F-35 que prévu. Il a toutefois annoncé vouloir augmenter la flotte, malgré une large résistance au sein du Conseil fédéral.
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Le Conseil fédéral acquerra moins d'avions de combat F-35 que prévu. Mais Pfister souhaite tout de même augmenter la flotte.
Photo: Raphaël Dupain
Daniel Ballmer

Le ministre de la Défense Martin Pfister n'abandonne pas si facilement. Certes, il a dû annoncer en décembre passé que le Conseil fédéral achètera, dans un premier temps, moins de F-35 que les 36 prévus. Ce revirement s’explique par la disparition du prix fixe américain et par le fait que, sans cela, le plafond de six milliards approuvé par le peuple n’aurait pas pu être respecté.

En parallèle, Martin Pfister a annoncé que le Département fédéral de la défense (DDPS) travaillait déjà au renforcement de la défense aérienne. L'objectif: acquérir 55 à 70 avions de combat, ce qui doublerait la flotte. A ce stade, le conseiller fédéral savait déjà qu'il se heurterait à une large opposition: quatre départements avaient déjà rejeté ses plans. C'est la conclusion qui ressort des documents internes qu'a pu consulter Blick, en vertu de la loi sur la transparence.

Le Conseil fédéral doute de cette nécessité

Le Département de justice du conseiller fédéral socialiste Beat Jans s'oppose clairement à l'acquisition «rapide» de F-35 supplémentaires. Il doute «qu'il faille déjà se lancer dans une nouvelle aventure d'acquisition de F-35 alors que l'issue de la première n'est même pas encore claire».

Il ne croit pas non plus que la Suisse a réellement besoin d'une flotte de 70 avions. «Nous ne voyons aucun scénario réaliste dans lequel la Suisse devrait défendre son propre espace aérien contre un agresseur militaire avec des avions de combat dans un avenir proche.»

Le Département des affaires étrangères d'Ignazio Cassis se demande quant à lui s'il ne serait pas plus judicieux d'acquérir d'abord de l'expérience avec les premiers F-35 avant d'envisager une augmentation de la flotte. D'autant plus que l'expérience montre que cela coûtera plus cher que prévu.

Gare aux coûts supplémentaires

Le Département de l'intérieur d'Elisabeth Baume-Schneider estime qu'un achat supplémentaire serait, dans l'immédiat, problématique sur le plan démocratique, car la population s'est explicitement prononcée en faveur d'un plafond budgétaire. De plus, les priorités doivent être fixées de manière réaliste, notamment en matière de défense contre les drones, de défense aérienne au sol et de cyberdéfense, «où les besoins sont nettement plus urgents».

Le Département des finances de Karin Keller-Sutter est tout autant sceptique. Il estime qu'un crédit supplémentaire pour 36 avions n'est actuellement pas finançable. Il ne s'inscrirait pas dans le plan financier, surtout que les dépenses militaires déjà prévues ne sont même pas encore financées. «Tant que le financement de l'armée n'est pas clarifié, le Conseil fédéral ne doit pas envisager d'autres acquisitions importantes.»

Le DDPS ne mentionne pas quels coûts supplémentaires seraient liés à cette «extension considérable», note le Département des finances. Celui-ci estime que les coûts d'investissement s'élèveraient «au moins à plusieurs milliards». Les coûts d'exploitation et d'entretien devraient également être «considérables», représentant environ 10% des coûts d'investissement. Compte tenu des caisses vides, l'administration financière ne cache pas qu'elle considère cela comme irréaliste.

Un communiqué entièrement réécrit

Face à la forte opposition du Conseil fédéral, Martin Pfister a dû entièrement faire réécrire le communiqué de presse déjà préparé avant son intervention en décembre. Le fait que le gouvernement veuille rapidement présenter un crédit supplémentaire pour pouvoir tout de même acheter 36 avions n'y figure plus. Il a aussi dû supprimer la mention selon laquelle le Conseil fédéral chargeait le DDPS d'élaborer une proposition visant à porter l'effectif des forces aériennes à un total de 55 à 70 avions.

En coulisses, le DDPS continue toutefois de travailler à des plans visant à renforcer la défense aérienne. Martin Pfister ne renonce pas si facilement.

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