Télécabine décrochée
Le rôle possible du vent dans l'accident mortel d'Engelberg

Un expert des remontées mécaniques avance une piste pour expliquer le drame d’Engelberg. Selon lui, de violentes rafales auraient pu désaligner la cabine et provoquer son décrochage.
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Une cabine s'est décrochée et a dévalé la pente à Engelberg. La chute a été fatale pour une femme de 61 ans.
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Solène MonneyJournaliste Blick

Après la chute mortelle d’une télécabine du Titlis Xpress à Engelberg (OW) mercredi 18 mars, une question revient: comment une cabine peut-elle se décrocher d’un câble pourtant conçu pour être ultra sécurisé? D’autant plus que ce type d’accident reste rare et que l’installation était relativement récente, datant de 2015. «Les vérifications effectuées jusqu'à présent montrent que l'installation était en parfait état technique au moment de l'accident», a précisé Garaventa, le constructeur de l'installation à la RTS.

«D’après les informations dont nous disposons actuellement, la télécabine a été déviée de sa trajectoire par une rafale d’une force inattendue, à tel point qu’elle est entrée en collision avec un pylône et a ensuite été arrachée du câble», a précisé Arno Inauen, PDG de l'entreprise, au lendemain de l'accident. Un spécialiste actif depuis 24 ans dans le domaine des remontées mécaniques explique à Blick comment cela a-t-il pu se passer. 

Selon lui, le scénario le plus probable est clair: «Si la cabine est tombée, c’est forcément dû à un décrochement de la pince.» Bien que petite, cette pièce est pourtant essentielle. Elle relie la cabine au câble grâce à un système de mâchoires qui viennent le serrer avec une force très importante. Un mors est fixe, l’autre mobile. Lorsqu’il s’ouvre, la pince vient s’accrocher au câble. Son rôle est donc central dans le fonctionnement des télécabines et fait l’objet de contrôle très réguliers.

Le mors mobile de la pince s'ouvre pour enserrer le câble
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Mouvement d'une télécabine:Le mors mobile de la pince s'ouvre pour enserrer le câble

Le vent, une piste plausible

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces dispositifs sont étroitement surveillés. «La force de serrage est mesurée régulièrement, au minimum une fois par cycle», explique-t-il à Blick. Des seuils stricts sont définis: la force de serrage doit correspondre à 100% de la valeur nominale établie par le constructeur, ici Garaventa. En dessous de cette valeur, l’installation peut s’arrêter automatiquement. «Ce sont des systèmes globalement très fiables.» Pour le spécialiste, une défaillance de la pince en elle-même semble donc peu probable.

Alors, où le système peut-il céder? Tout se joue dans l’alignement. «Ces pinces sont conçues pour travailler parfaitement dans l’axe du câble.» Si la cabine se met de travers, la situation change: «Si un angle se crée entre les mors de la pince cabine et le câble, l'effort est moindre.» Cette diminution de la force de serrage peut, dans certains cas, entraîner un décrochage.

Dans ce contexte, le vent apparaît comme une piste crédible. Le jour de l’accident, les vents violents dans la région auraient pu pousser la cabine. «Il suffit ensuite d'une rafale au mauvais moment qui peut provoquer un balancement important du véhicule, surtout à l’approche d’un pylône», détaille-t-il. Dans ce cas, la cabine pourrait en heurtant le pylône se coincer, subir une forte secousse et finir par se décrocher.

L'enquête continue

Un lecteur de Blick évoquait d’ailleurs une forte secousse juste avant la chute. «Il faut une contrainte importante pour décrocher une cabine», souligne l’expert. Cette secousse pourrait aussi expliquer l’arrêt de l’installation: les systèmes de sécurité détectent immédiatement les mouvements anormaux du câble sur le pylône.

Le jour du drame, des rafales proches de 90 km/h sont suspectées, sans confirmation officielle pour l’heure. «A 40 km/h, ce type de téléphérique déclenche une alarme de vent. A cette vitesse, le personnel est en état d’alerte maximale. Et à 60 km/h, une autre alarme de vent se déclenche, exigeant l’arrêt du système, ou idéalement, sa mise hors service», a expliqué à l’AFP Norbert Patt, directeur des remontées mécaniques du Titlis.

A ce stade, aucune conclusion officielle n’a été tirée. «Nous partons du principe qu’il y a eu du vent. La question est de savoir s’il s’agissait de vitesses de pointe ou de vitesses moyennes», précise encore Norbert Patt. L’enquête se concentrerait désormais sur les procédures d’exploitation et les conditions météorologiques. Une chose est sûre: même dans un système hautement contrôlé, une combinaison de facteurs, notamment externes, peut suffire à provoquer un accident aussi rare que dramatique.

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