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Les Suisses qui fuient Dubaï encourent de lourdes pertes financières

Arrivés à Dubaï en tant qu'exilés fiscaux, les voilà contraints de fuir à cause de la guerre. Pour de nombreux expatriés suisses, le retour s'annonce très, voire trop coûteux.
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Cette photo prise le 10 mars montre une rue quasiment déserte à Dubaï.
Photo: AFP
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Beat Schmid

Adel Abdel-Latif a dû se résoudre à quitter Dubaï. Avec ses enfants, l’ancien Mister Suisse s’est envolé pour la Thaïlande afin de mettre sa famille à l'abri des frappes iraniennes. «A Dubaï, à peine 200 mètres me séparaient de détonations, écrivait-il vendredi dans un post LinkedIn. Installé depuis sept ans aux Emirats arabes unis, il explique avoir choisi la Thaïlande «pour traverser cette phase imprévisible sans dommage».

A l'instar de ce spécialiste en radiologie devenu entrepreneur, de nombreux expatriés installés dans les métropoles du Golfe ont décidé de partir. Beaucoup ont quitté Dubaï, Abou Dhabi ou Doha en regagnant leur pays d’origine ou en cherchant refuge dans des régions jugées plus sûres. Selon les statistiques officielles, environ 5400 Suisses se sont installés aux Emirats arabes unis. Les autorités fédérales ne sont toutefois pas en mesure de préciser combien ont déjà quitté le pays.

Enjeux immobiliers et fiscaux

Pour nombre d’expatriés, le retour au bercail pourrait coûter cher. Ils ont, pour la plupart, construit une vie sur place, scolarisé leurs enfants et investi dans l’immobilier.

Revendre leur logement s’annonce également compliqué. En début d’année, la grande banque UBS alertait déjà dans une analyse de marché sur une possible bulle immobilière dans le Golfe. Depuis, le marché s’est complètement effondré. Aujourd'hui, des dizaines de milliers de biens sont actuellement en vente sur les plateformes spécialisées, et les propriétaires contraints de vendre s’exposent à des pertes importantes.

Un retour au pays implique également d'importantes conséquences fiscales, l'imposition quasi nulle aux Emirats ayant attiré de nombreux expatriés. En rétablissant leur domicile en Suisse, ces derniers redeviennent immédiatement imposables. «Dès le premier jour, ils sont soumis à l’impôt ordinaire», précise un porte-parole de la Direction des finances du Canton de Zurich. Aucun impôt rétroactif n’est toutefois prévu.

La Grande-Bretagne fait payer les rapatriés

Dans d’autres pays, la situation est encore plus compliquée. Au Royaume-Uni, par exemple, la «capital gains tax» peut s’appliquer aux revenus et gains réalisés à l’étranger. Les personnes ayant vécu moins de cinq ans hors du pays peuvent ainsi être rattrapées par le fisc. Certains expatriés quittant les Emirats choisissent dès lors de transiter par un autre paradis fiscal afin de préserver leurs avoirs.

Ces dernières années, Dubaï est devenu un pôle d’attraction majeur pour les grandes fortunes. Le cabinet zurichois Henley & Partners, spécialisé dans l'obtention de permis d'établissement et de citoyenneté, indique que près de 9800 millionnaires ont migré vers les Emirats arabes unis en 2025, un record mondial.

Les expats se tournent vers d'autres pays

Sans disposer de chiffres exacts sur la situation actuelle, l’entreprise affirme tout de même avoir observé «une hausse modérée des demandes émanant de résidents du Moyen-Orient». Certaines familles fortunées auraient ainsi décidé de «quitter temporairement la région et de sécuriser l'accès à d'autres juridictions», autrement dit d'obtenir un permis de séjour dans un pays tiers.

Les programmes de résidence en Europe figurent parmi les plus recherchés, notamment au Portugal, en Grèce et en Lettonie. Les passeports de certains Etats insulaires des Caraïbes, comme Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis ou Grenade, suscitent également un fort intérêt. Des demandes sont aussi enregistrées pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande, ainsi que pour plusieurs micro-Etats du Pacifique.

Incertitude sur la durée

«Je vais évaluer la situation avec calme au cours des prochaines semaines et des prochains mois», confie pour sa part Adel Abdel-Latif dans un échange de messages avec Blick. Il prévoit de rester en Thaïlande avec ses trois enfants probablement jusqu’à l’été, au moins jusqu’à la fin des frappes. «Je pars du principe que la phase la plus intense du conflit durera encore deux à quatre semaines.» Père célibataire, il refuse catégoriquement de retourner dans un pays où des explosions de missiles se font encore entendre.

Pour autant, il n’envisage pas de quitter définitivement les Emirats. «Outre mon pays d’origine, la Suisse, des alternatives comme Singapour ou la Thaïlande sont évidemment envisageables», explique-t-il. En tant qu'entrepreneur et investisseur, il n'est pas lié à un pays en particulier. Ses activités ne sont d’ailleurs pas affectées par le conflit. «Au contraire: je vais probablement encore renforcer mon portefeuille immobilier, car de nombreuses personnes procèdent actuellement à des ventes dans la panique.»

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