Personne ne serait contre une augmentation de salaire. Pourtant, les revendications salariales actuelles des syndicats, présentées jeudi dernier à Berne, sont loin de faire l'unanimité.
Thomas Bauer, responsable de la politique économique chez Travail.Suisse, a demandé 3,5 à 4,5% d'augmentation. Les syndicats vont-ils trop loin dans leurs revendications?
Simon Wey, économiste en chef de l'Union patronale suisse (UPS), répond par l'affirmative qualifiant cela de «rêverie».
Les deux parties ont recours à un argumentaire bien préparé: dans son analyse, l'UPS affirme que les salaires réels «ont sensiblement augmenté ces dernières années». Or, leurs statistiques datent des années 2000 et les 15 premières années ont justement été fructueuses en termes de salaire.
Depuis, le vent a tourné pour les travailleurs: ils gagnent aujourd'hui moins qu'en 2015. La tendance se poursuit: «Selon nos calculs, les salaires réels vont baisser cette année encore pour la troisième fois consécutive», explique Thomas Bauer. Un moment historique, comme il le souligne: «Cela ne s'est jamais produit dans l'après-guerre».
L'économiste en chef de l'UPS s'y oppose
La majeure partie de la baisse est à mettre sur le compte des évènements intervenus lors des deux dernières années. «La pandémie et le début de la guerre n'étaient pas non plus prévisibles pour les entreprises», rétorque Simon Wey. Ce que l'on oublie souvent, c'est que «les entreprises ont tout autant souffert de la situation économique avec des difficultés de livraison, la hausse des prix de l'énergie et le manque de personnel qualifié», poursuit-il.
Pour l'année en cours, cela revient à un bilan zéro pour de nombreux employés. Si l'on ajoute à cela la nette augmentation des primes d'assurance maladie et des loyers, il en résulte un net recul du salaire réel pour les bas et moyens revenus, selon Thomas Bauer.
Les pertes de salaire réel de l'année dernière et de l'année en cours devraient être compensées à hauteur de 4,5% en comptant sur des augmentations de salaire. Dans les branches sans perte de salaire, les revendications syndicales sont un peu moins élevées.
Les bénéfices ont à nouveau nettement augmenté
L'argent pour palier à ces pertes est disponible, souligne Johann Tscherrig, responsable de la politique des intérêts et des contrats chez Syna. «Le carnet de commandes de nombreuses entreprises est bon, voire très bon dans l'artisanat. Les bénéfices ont de nouveau nettement augmenté. Il est maintenant temps qu'ils soient répartis de manière équitable». Les bénéfices des entreprises se sont remis de la pandémie et, comparés aux masses salariales, ils se situent à un niveau plus élevé qu'en 2019.
A l'Union patronale, on s'y oppose: «Après des années difficiles, les entreprises doivent d'abord reconstituer un certain coussin financier pour être prêtes à affronter l'avenir», explique l'économiste en chef de l'UPS. Selon ces derniers, la part des bénéfices des entreprises dans le produit intérieur brut n'a cessé de diminuer depuis les années 1990. L'association fait également référence aux prévisions assombries pour l'économie mondiale.
Des prévisions difficiles
Les incertitudes demeurent: L'année prochaine, la BNS table toujours sur un renchérissement de 2,2%, alors que l'UBS prévoit 1,7% et le centre de recherches conjoncturelles KOF de l'ETH 1,5%. Selon le taux d'inflation, l'année prochaine pourrait voir les salaires réels augmenter ou baisser à nouveau. Dans sa dernière enquête sur les salaires auprès des entreprises, le KOF, arrive à une augmentation moyenne de 2%.
«Il n'y aura certainement pas 4,5% d'augmentation. Là où les marges le permettent, les entreprises feront tout pour éviter de nouvelles pertes de salaires réels. Mais dans toutes les branches, cela ne devrait pas être possible», explique Simon Wey.