L’annonce a fait l’effet d’une bombe à Crans-Montana: le Ministère public valaisan a ouvert une enquête contre cinq nouvelles personnes dans le cadre de la procédure liée au drame du «Constellation». Parmi elles figure le président de la commune, Nicolas Féraud.
Dans la station, la nouvelle fait déjà beaucoup parler. «Maintenant, il doit partir. Il doit démissionner», lance un passant à Blick. Ce retraité préfère garder l’anonymat, tant l’affaire reste explosive.
Nicolas Féraud est soupçonné d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence dans le cadre de cette tragédie. Les mêmes chefs d’accusation que ceux retenus contre les gérants du bar, Jacques et Jessica Moretti.
Neuf personnes visées par l’enquête
L’enquête vise aussi l’ancien conseiller communal chargé de la sécurité publique entre 2021 et 2024. Kevin Barras siège aujourd’hui au Grand Conseil valaisan pour le Parti libéral-radical (PLR). Une procédure a également été ouverte contre l’ancien chef des pompiers et son adjoint, ainsi que contre un membre actuel de l’équipe de sécurité. Le Ministère public a confirmé à Blick cette information publiée par «24 heures».
Au total, neuf personnes font désormais l’objet d’une enquête dans le cadre de ce drame qui a fait 41 morts et 115 blessés. Lundi, Nicolas Féraud n’a pas souhaité s’exprimer auprès de Blick sur les accusations. Il a renvoyé vers ses avocats. Kevin Barras a fait de même. Pour l'heure, on ignore si les deux élus comptent tirer des conséquences politiques de cette procédure.
«Il devrait immédiatement démissionner»
Pour le père d'une des victimes, la situation ne laisse aucune place au doute. «Si Monsieur Féraud a un minimum de dignité et de sens de l'honneur, il devrait immédiatement démissionner. On ne reste pas à la tête d’une commune quand on fait l’objet d’une enquête pour des faits liés à l’exercice de sa fonction», déclare-t-il à Blick.
Il poursuit. «On ne reste pas capitaine d’un navire que l’on a contribué à faire couler.» En janvier, Nicolas Féraud s’était lui-même présenté comme le «capitaine» de la commune. «Mais visiblement, le courage politique lui fait autant défaut que l'honnêteté», ajoute le père endeuillé.
Il espère désormais que la justice ira jusqu’au bout. «Cette enquête n’est pas une satisfaction. Rien n’effacera la douleur de notre deuil et rien ne rendra la vie à nos enfants et à nos proches. Mais je ressens un soulagement amer. Au moins, la recherche de la vérité avance enfin, après des semaines de souffrance.»
«La confiance est détruite»
A Crans-Montana, certains habitants élargissent les critiques. Patrick Sägesser, horloger et bijoutier dans la station, tient une boutique juste en face du «Constellation». Depuis le drame, il suit l’affaire de très près. «Féraud doit partir, mais il n’est pas le seul», affirme-t-il.
Installé à Crans-Montana depuis 18 ans, l’entrepreneur estime que c’est toute la crédibilité de l’exécutif communal qui est en jeu. «La confiance est complètement détruite. Et pas seulement depuis que Nicolas Féraud est visé par une enquête.»
Patrick Sägesser évoque plusieurs dysfonctionnements. «Quand une commune accepte que ses écoles ne soient pas contrôlées pendant plus de huit ans, tous les conseillers municipaux doivent se poser des questions.»
Interrogations autour d’un audit
L'horloger fait aussi référence à un audit réalisé en 2023 sur le fonctionnement de l'administration communale. «Cet audit ne donne pas une bonne image de l'administration. C’est sans doute pour cela que le conseil communal refuse toujours d'en publier les résultats», avance-t-il.
Selon la RTS, cet audit montre que certains membres de l’administration avaient été informés dès 2023 de lacunes dans plusieurs services municipaux. Parmi les points sensibles figurait notamment le département chargé des inspections de sécurité incendie dans les bâtiments publics. «Un conseil municipal qui est au courant de tels problèmes et qui laisse la situation perdurer jusqu’à ce que 41 personnes meurent, ce n’est pas acceptable», conclut Patrick Sägesser.