Certains s'excusent en jouant sur la corde sensible
Le Club Alpin Suisse veut serrer la vis face aux vagues d'annulations de dernière minute

Réserver puis ne jamais se montrer: dans les cabanes alpines, près de 40% des séjours sont annulés. Dès 2027, une taxe de 10 francs par personne et par nuit doit rendre les réservations plus contraignantes.
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À la cabane Motterascio au Tessin, le gardien entend un tas d'excuses en cas d'annulation.
Photo: RMS

En bref

  • 40 % des visiteurs annulent leur réservation dans une cabane en montagne
  • Les gardiens de cabane entendent souvent des excuses, parfois macabres
  • Dès 2027, des frais de 10 francs doivent mettre fin aux réservations multiples
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Bernadette Hogg

Les lits sont faits et le repas mijote au four. Mais les visiteurs prévus le soir-même annulent à la dernière minute. Pour les gardiens de cabanes suisses, ces désistements sont une source récurrente d'agacement. A cette altitude, difficile de trouver des remplaçants dans l’urgence. Pour les établissements, ces annulations soudaines se traduisent par un préjudice financier important.

Fabio Merzaghi, gardien de la cabane Motterascio, au Tessin, doit régulièrement composer avec des annulations de dernière minute et les excuses qui les accompagnent. Parmi elles, un motif macabre revient étonnamment souvent. «Les décès sont la raison la plus fréquente», raconte-t-il dans la série documentaire de la SRF «Hüttengeschichten». «En réalité, cela me fait de la peine, c'est peut-être même vrai», reconnait le gardien. Mais le nombre invraisemblable le rend sceptique: «En une seule journée, j'ai prétendument eu quatre décès.»

Pour le gardien, les mêmes règles devraient s'appliquer en montagne que dans la vallée. «Sur d'autres plateformes, c'est pareil: lorsqu'on réserve un hôtel, on laisse aussi sa carte de crédit en garantie si on ne vient pas payer. Nous devons, nous aussi, pouvoir vivre de notre travail.»

L'excuse macabre est bien connue

Cette excuse, qui tire sur la corde sensible, est bien connue du Club Alpin Suisse (CAS). Certaines équipes de cabane l'ont rapporté à l'institution, qui tempère. «Il est impossible de chiffrer le nombre de ces cas, et il ne faut pas les généraliser», explique Remo Schläpfer, porte-parole du CAS.

Mais une chose est sûre: les habitudes de réservation des alpinistes ont évolué, au grand dam des gardiens de cabanes. «Certains réservent plusieurs cabanes ou activités en parallèle, puis décident au dernier moment en fonction des conditions ou de la météo», observe Remo Schläpfer. Les chiffres alertent sur l'ampleur du phénomène: «Au CAS, le taux d'annulation avoisine les 40%.» A cela s'ajoute 1% de visiteurs qui ne se présentent pas, sans même annuler leur réservation. Ces absences, appelées no-shows, «compliquent la planification du personnel des cabanes et entraînent des pertes financières», souligne le porte-parole du CAS.

Les no-shows rapportent de l'argent

Les réservations effectuées longtemps à l'avance, puis annulées au dernier moment, voire pas du tout, empoisonnent la vie des gardiens de cabanes suisses depuis des années. Face à ce phénomène, de plus en plus d'établissements font payer les absences injustifiées. Serrer la vis porte ses fruits: «dix pour cent de nos revenus proviennent désormais des frais de no-show», rapportait en février dernier Res Streiff, gardien de la cabane Etzli, dans le canton d'Uri, dans la série documentaire de la SRF Winterhüttengeschichten.

Dès 2027, le CAS entend durcir le ton en instaurant des frais de réservation uniformes dans tout le pays, fixés à 10 francs par personne et par nuit. L'objectif est clair: redonner un caractère contraignant aux réservations, limiter les annulations tardives et les absences injustifiées, mais aussi mettre fin à la pratique consistant à réserver plusieurs cabanes en parallèle. De quoi s'épargner, à l'avenir, les excuses les plus douteuses.

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