Pourquoi les passagers n'ont pas pu fuir?
«Les gens assis à l'arrière du bus n'avaient aucune chance»

Mardi soir à Chiètres (FR), un homme s'est immolé dans un car postal, faisant six morts. Des experts expliquent pourquoi tant de passagers n'ont pas pu fuir le brasier.
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Les vapeurs d'essence et les températures élevées ont probablement joué un rôle important dans le drame de Chiètres.
Photo: Capture d'écran X
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Martin Meul et Karin Frautschi

«Les passagers assis à l'arrière du bus n’avaient aucune chance. Surtout pas lorsque le véhicule a commencé à brûler au centre! Ils étaient pris au piège», déclare Hans Hutter, ancien employé dans le secteur des transports postaux à la retraite, originaire d'Eggerberg (VS), choqué par les images de l'incendie à Chiètres (FR).

Selon l’état actuel de l’enquête, un Suisse de 65 ans domicilié dans le canton de Berne se serait immolé par le feu dans le bus, ce qui aurait provoqué l'incendie. L'auteur présumé fait partie des victimes. La police suppose actuellement qu’il s’agissait d’un acte intentionnel, mais non d’un acte terroriste.

Les vidéos de la tragédie révèlent pourquoi l'incendie a eu des conséquences aussi dramatiques. Et comment le feu s'est propagé aussi rapidement dans l'habitacle.

Il n'a pas fallu une minute pour que des flammes s'échappent du car postal.
Photo: Screenshot Leservideo

Il ne faut même pas une minute pour que des flammes s’échappent du car postal. Au début, seule de la fumée s’échappe du bus. Mais moins de 50 secondes plus tard, des flammes jaillissent déjà du véhicule. Peu après, le car postal est entièrement embrasé.

Le foyer d'incendie se trouvait près de la porte arrière.
Photo: Screenshot Leservideo

«Même les marteaux n'ont servi à rien»

Dans la soirée qui a suivi la tragédie, Hans Hutter a compris que ce drame ne pouvait pas être un simple incendie de véhicule. «En règle générale, ce genre de feu se déclare dans le compartiment moteur, au fond du bus. Les passagers peuvent alors se réfugier à l’avant», explique-t-il.

Mais, sur les vidéos prises par des témoins, on voit que l'incendie a débuté au centre du bus, juste à côté de la porte. Le véhicule ne possède pas d'autres portes de sortie à l'arrière. «Les personnes assises à l’arrière ont été piégées, le feu leur a barré la route vers l’extérieur», analyse Hans Hutter, qui ajoute: «Même les marteaux n'ont servi à rien!»

La raison? «Le véhicule se remplit à une vitesse folle de fumée et de flammes. Réagir correctement dans cette situation, trouver le marteau, l’attraper et ensuite briser une vitre, c’est presque impossible», poursuit l'ancien chauffeur.

Des vidéos montrent qu'il ne faut même pas une minute entre les premières volutes de fumée et le moment où le bus est totalement en proie aux flammes. «Celui qui n’a pas été formé à de telles situations est complètement dépassé», constate Hanz Hutter, dont les pensées vont aux proches des victimes et aux blessés.

Le facteur temps

Siegfried Brockmann, chercheur en accidentologie à la fondation Björn Steiger en Allemagne, explique pourquoi l'incendie s’est propagé aussi rapidement. «Comme le feu a été accéléré avec de l'essence, des températures extrêmement élevées se sont rapidement développées. De ce fait, les matériaux du bus se sont enflammés en quelques secondes. Avec un feu classique, cela aurait pris beaucoup plus de temps», précise-t-il à Blick.

Cela signifie que tout et tout le monde à proximité du foyer d'incendie s'est immédiatement embrasé. «C’est ainsi qu’en moins de 30 secondes, des températures largement supérieures à 1000 degrés et des fumées toxiques se sont formées dans tout le bus, explique Siegfried Brockmann. A de telles températures, aucun être humain ne peut survivre plus de 30 secondes. Chaque respiration détruit les alvéoles pulmonaires», ajoute-t-il. Selon l’expert, les passagers directement touchés par le feu n’avaient aucune chance.

Fuite impossible

Les passagers à l'avant du bus auraient eu environ 90 secondes supplémentaires pour sortir par la porte avant. «C'était le moyen le plus direct et le plus rapide, explique Siegfried Brockmann. Mais les personnes à l'arrière du bus n'avaient pas cette possibilité!»

Siegfried Brockmann estime qu'une fuite par les autres issues de secours – par le toit ou par des fenêtres brisées avec un marteau de secours – est irréaliste. «Cela n’aurait pas été possible en termes de temps. De plus, pour sortir par les vitres latérales, il aurait fallu avoir la présence d'esprit de trouver d’abord le marteau d’urgence, puis briser les vitres et grimper par-dessus ces vitres», précise-t-il.

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