De plus en plus de personnes font preuve d'agressivité dans les transports publics. Depuis le Covid-19, les CFF tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur ce phénomène: selon l'entreprise ferroviaire, les agents de train suisses subissent en moyenne dix agressions verbales ou physiques par jour.
Une situation qui ne semble pas avoir beaucoup évolué en ce début d'année. En effet, rien qu'entre le 25 janvier et le 25 février, le Ministère public de la Confédération (MPC) a prononcé 17 ordonnances pénales pour violences, menaces ou insultes visant le personnel des transports.
Les agressions commises dans les trains représentent plus de la moitié des ordonnances pénales actuellement publiées par le MPC. Et le phénomène prend de l'ampleur: le nombre de plaintes déposées à la suite d'agressions contre le personnel des CFF a augmenté d'un tiers l'année dernière, selon les autorités judiciaires. La Confédération et le Parlement veulent agir face à cette problématique.
Plus de violences côté romand
Les infractions ne sont pas toutes aussi graves. Les peines prononcées le mois dernier par le Ministère public de la Confédération montrent un large spectre des incidents: cela va des insultes lors du contrôle des billets aux bousculades et aux coups – notamment avec des bouteilles en PET ou des canettes de bière – jusqu'aux propos racistes et homophobes. Fait frappant: ces cas augmentent surtout en Suisse romande, selon le MPC. L'institution ne fournit cependant aucune explication à ce sujet.
La plupart du temps, les personnes condamnées voyageaient sans titre de transport valable. Mais ce n'est pas toujours le cas: un passager a refusé de se soumettre au contrôle au seul motif qu'il était en train de «jouer aux échecs» sur son portable. Il a traité le contrôleur de «connard», avant de présenter son billet une fois arrivé à destination et après de nombreuses demandes.
Moins de cas, mais plus violents
Interrogés, les CFF indiquent que le nombre de cas dans les gares et trains est resté stable ces dernières années. Mais dans certains cas, les faits sont devenus plus graves, fait remarquer Carmen Hefti, porte-parole de la compagnie ferroviaire. Elle ne précise toutefois pas si cet élément explique la hausse du nombre de sanctions prononcées par le Ministère public de la Confédération.
La porte-parole des CFF rappelle que l'augmentation de l'intensité des agressions n'est pas seulement un problème inhérent aux transports publics, mais plus largement un problème de société. D'ailleurs, les sondages montrent que le sentiment de sécurité est plus élevé dans les gares que dans le reste de l'espace public.
Les CFF assurent miser sur la prévention: ces dernières années, une double équipe d'agents de train a été introduite sur certains trains et après 22h. Une présence accrue des équipes de sécurité, de meilleures formations et des bodycams pour la police des transports devraient également contribuer à apaiser la situation.
Les syndicats en appellent à la politique
«Il est prouvé que le port de bodycams par la police des transports a entraîné une baisse de 11% des agressions», explique Carmen Hefti. «Les premiers retours indiquent qu’un accompagnement en binôme renforce le sentiment de sécurité de notre personnel de bord.»
De leur côté, les syndicats émettent des doutes. «Nos membres nous signalent que la situation reste précaire», indique Michael Spahr, chef de la communication du syndicat des transports publics SEV. Le SEV réclame, d’une part, un accompagnement systématique en binôme sur le trafic grandes lignes et, d’autre part, un renforcement des effectifs de la police des transports. «Nous demandons aux autorités et responsables politiques de ne pas réaliser d’économies au détriment de la sécurité», insiste Michael Spahr.
Les choses avancent au Parlement
Les CFF abondent dans le même sens: toute mesure supplémentaire nécessiterait, selon l'entreprise, une compensation financière de la Confédération et des cantons. «Par ailleurs, la création rapide de bases légales, notamment pour l'utilisation de bodycams par le personnel d'accompagnement des trains, est essentielle.»
Des signaux positifs émanent au moins de la Berne fédérale: en décembre dernier, le Conseil national a adopté une initiative du conseiller national UDC Piero Marchesi. Le parlementaire demande au Conseil fédéral de coordonner la sécurité dans les transports publics à l'aide de mesures concrètes au niveau national. L'élu semble ainsi rappeler au Conseil fédéral une nécessité déjà largement reconnue.
Cette semaine, le Conseil des Etats devrait donner son feu vert à cette demande. L'intervention ne précise toutefois pas de quelle manière la Confédération serait ensuite appelée à adapter les bases légales en faveur des entreprises de transports publics.