La BNS dévoilera le gagnant ce mercredi
Tout ce qu'il faut savoir sur les billets de banque suisses

Ce mercredi 4 mars, la BNS dévoilera le design des futurs billets suisses. Et le 8 mars, les Suisses voteront pour se prononcer sur l’initiative «L’argent liquide, c’est la liberté» et le contre-projet direct. Petit tour d’horizon en 12 questions.
De très nombreux contrôles de qualité sont effectués durant le processus d'impression. Chaque billet doit être absolument parfait.
Photo: Orell Füssli Security Printing (tous droits réservés)
Olaya Gonzalez
Olaya Gonzalez
L'Illustré

Ce mercredi 4 mars, la Banque nationale suisse (BNS) dévoilera le design des futurs billets de banque suisses. Pour rappel, voici les maquettes des six finalistes du concours. La majorité est issue de studios suisses-allemands, mais deux romands sont aussi en lice – un Genevois et un Lausannois. 

Norr Design, Zoug:

Photo: Archives BNS

Skala Design, Zurich:

Photo: Archives BNS

Custer Waller, Lugano:

Photo: Archives BNS

Studio Marcus Kraft, Zurich:

Photo: Archives BNS

Maxitype, Genève:

Photo: Archives BNS

Emphase, Lausanne:

Photo: Archives BNS

Ces prochains jours, ce dimanche 8 mars, le peuple devra aussi se prononcer sur l'initiative «L'argent liquide, c'est la liberté» et le contre-projet direct. Voici les principales questions-réponses sur le fonctionnement des nos billets de banque. 

Quand on retire de l’argent dans un bancomat, on a l’impression d’avoir des billets neufs alors que la série actuelle a été émise entre 2016 et 2019. Comment est-ce possible?
La durée de vie moyenne d’un billet de banque est de trois ans. Si elle ne dort pas sous un matelas ou dans un coffre, chaque coupure retourne à la BNS pour vérification de son état et de son authenticité une fois par an en moyenne. Le contrôle s’effectue à l’aide de trieuses automatiques très sophistiquées. Les éventuelles contrefaçons sont soumises à une enquête. Les billets endommagés, déchirés ou tachés sont détruits; une déchiqueteuse réduit le papier en très petits morceaux qui sont compressés, puis incinérés. Chaque coupure détruite est remplacée par une neuve, qui sera généralement mise en circulation via les distributeurs automatiques.

Les parties creuses des plaques contiennent les couleurs qui seront appliquées sur le papier, produisant un effet de relief perceptible.
Photo: Orell Füssli Security Printing (tous droits réservés)

En quelle matière sont les billets?
Alors que les premiers étaient simplement imprimés sur du papier, les coupures actuelles sont en Durasafe, une combinaison innovante: deux couches externes de papier de sécurité sont fusionnées autour d’un noyau central en polymère transparent. C’est l’entreprise helvétique Landqart qui l’a inventé et le produit.

Où se déroule l’impression?
En 1911, la majorité de nos billets a été imprimée à Londres, mais Orell Füssli (entreprise suisse fondée en 1519, également active dans le domaine de l’édition) a été chargée de fabriquer ceux de 5 et de 20 francs. Au fil des séries, la société a imprimé de plus en plus de coupures et, depuis 1976, elle se charge de la production de tous les billets helvétiques. La BNS détient d’ailleurs 33% des actions d’Orell Füssli Security Printing. Pour un billet en francs suisses, dix étapes sont nécessaires, détaille la firme zurichoise. Une première impression offset donne la couleur, ensuite on procède à une impression sérigraphique des motifs désirés au verso et au recto, à l’application du film et à l’impression en taille-douce (qui produit le relief) au verso, puis au recto. Les étapes suivantes consistent à effectuer la microperforation, à numéroter chaque billet et à apposer un vernis protecteur. Enfin, les billets sont découpés, contrôlés et emballés en liasses.

Les encres produites par Sicpa sont utilisées par Orell Füssli Security Printing pour l'impression de billets actuels.
Photo: Orell Füssli Security Printing (tous droits réservés)

L’encre est-elle suisse?
On retrouve sur les billets de banque de plus de 160 pays, y compris ceux en francs suisses et en euros, des encres de la société Sicpa, basée à Chavornay (VD). Ses premières encres de sécurité ont été appliquées sur la peseta espagnole en 1943 déjà. «Nos encres de sécurité actuelles sont conçues pour tous les niveaux d’authentification et pour une multitude de processus d’impression, notamment la taille-douce, l’offset, la sérigraphie, l’héliogravure, la flexographie et la numérotation», précise le site de l’entreprise.

Quel type de machine est utilisé pour l’impression?
Les «planches à billets» sont également une spécialité romande. «L’immense majorité des billets de banque du monde entier naît grâce à la technologie suisse. Les presses sophistiquées, ainsi que toutes les solutions attenantes (fabrication de plaques d’impression, conception, contrôle de qualité, etc.), sont développées à Lausanne par Koenig & Bauer Banknote Solutions, puis mises à disposition des banques centrales et imprimeries privées pour la production de leurs coupures», explique l’entreprise sur son site.

Quelles sont les mesures de sécurité sur un billet suisse actuel?
Une bonne quinzaine de mesures de sécurité y sont intégrées. Notamment une croix suisse transparente et une autre constituée de minuscules trous réalisés au laser qui sont visibles si on le place devant une source de lumière. Au centre du recto figure un globe terrestre dont la couleur est enrichie de pigments magnétiques; en l’inclinant de gauche à droite, on observe un arc brillant se déplaçant au-dessus du globe. Au verso, dans un triangle, on remarque un fil de sécurité scintillant qui porte le chiffre de la coupure (10, 20, 50, 100, 200 ou 1000); à contre-jour, ce fil est visible sur toute la largeur du billet. La main, le montant (en chiffres et en toutes lettres) ainsi que «Banque nationale suisse» sont en relief. Et si vous allez en boîte de nuit, sortez vos coupures et vous verrez apparaître les fibres fluorescentes intégrées dans le papier et visibles uniquement aux ultraviolets.

De très nombreux contrôles de qualité sont effectués durant le processus d'impression. Chaque billet doit être absolument parfait.
Photo: Orell Füssli Security Printing

Pourquoi certains billets ont-ils été conçus et imprimés en 1911, en 1918, en 1938 et en 1984, mais jamais mis en circulation?
Ce sont des billets de réserve, conçus pour pouvoir remplacer immédiatement les coupures en circulation en cas de contrefaçon massive afin de maintenir la confiance de la population dans les moyens de paiement et de déjouer toute tentative de déstabiliser l’économie. Après 1984, au lieu de poursuivre dans cette voie extrêmement coûteuse, la BNS a préféré se concentrer sur le développement des éléments de sécurité de ses futurs billets.

Les billets actuellement en circulation ont été émis il y a dix ans ou moins. Pourquoi la Banque nationale suisse travaille-t-elle déjà sur une nouvelle série de billets?
La BNS souhaite «garantir qu’à long terme les billets répondront toujours aux normes les plus récentes en matière de fonctionnalité et de sécurité». Face à la rapidité de l’évolution technologique, elle veut garder une longueur d’avance afin de faciliter autant que possible la détection des contrefaçons. De plus, le processus est particulièrement long; la première étape du concours a été lancée en octobre 2024 et les billets de la dixième série devraient être émis, au plus tôt, dans les années 2030.

Selon quels critères sera choisi(e) le ou la gagnant(e) du concours?
La nouvelle série aura pour thème «La Suisse, tout en relief», reflétant la topographie unique du territoire, du Jura aux Alpes, en passant par le Plateau. Le concours était ouvert aux graphistes exerçant leur activité en Suisse. Parmi ceux ayant déposé leur candidature, 12 ont été présélectionnés. Chacun a ensuite planché sur le design des six futurs billets. Les 12 projets ont ensuite été soumis au vote de la population (par le biais d’un sondage) et d’un jury de spécialistes externes. Six finalistes ont été sélectionnés. Le choix ultime, qui sera révélé le 4 mars par la BNS, se fondera à 60% sur les maquettes présentées et à 40% «sur l’évaluation des offres et l’appréciation de l’aptitude des équipes à la poursuite de la collaboration».

Les Suisses sont-ils toujours attachés au cash ou préfèrent-ils les moyens de paiement numériques?
La BNS a mené quatre enquêtes successives sur l’utilisation des différents moyens de paiement par les ménages en Suisse. Elles démontrent que l’usage de l’argent liquide a régressé. En 2017, 70% des transactions non récurrentes étaient effectuées en numéraire. En 2020, on était passé à 43%, en 2022, à 36%, et, en 2024, seules 30% des transactions ont été réalisées en cash. La forte incitation au paiement sans contact dans les magasins lors des premières vagues de covid a sans doute ancré cette habitude chez de nombreux acheteurs. Les personnes de 55 ans ou plus et celles à bas revenu sont celles qui paient le plus souvent en liquide. Néanmoins, en 2024, 95% des sondés précisaient souhaiter que les espèces restent disponibles à l’avenir.

Que préconise l’initiative sur laquelle les Suisses doivent se prononcer le 8 mars?
Actuellement, des lois spécifient que la BNS assure l’approvisionnement en numéraire (loi sur la Banque nationale) et que le franc est la monnaie suisse (loi fédérale sur l’unité monétaire et les moyens de paiement). L’initiative «Oui à une monnaie suisse libre et indépendante sous forme de pièces ou de billets (l’argent, c’est la liberté)», elle, veut inscrire dans la Constitution la disponibilité de l’argent liquide et le franc comme monnaie suisse; elle entend obliger la Confédération à veiller à ce que les pièces de monnaie ou les billets de banque soient toujours disponibles en quantité suffisante et souhaite que tout projet de remplacement du franc suisse par une autre monnaie soit soumis au vote du peuple et des cantons.

Et le contre-projet direct?
Il demande lui aussi d’inscrire dans la Constitution que l’approvisionnement en numéraire doit être garanti, et que le franc est la monnaie suisse. Il prévoit pour cela de simplement transférer dans la Constitution deux dispositions légales existantes sans y apporter de modifications majeures: «La monnaie suisse est le franc» et «La Banque nationale suisse assure l’approvisionnement en numéraire». A noter que ni l’initiative, ni le contre-projet n’instaureraient un droit de payer en espèces ou une obligation d’accepter des espèces. 

Un article de «L'illustré» n°9

Cet article a été publié initialement dans le n°09 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 février 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°09 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 février 2026.

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