Alain Berset est de retour au Palais fédéral. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe a rencontré mercredi les parlementaires suisses à l'occasion de la Journée de la politique extérieure du Parlement. Il appelle à la prudence face à la remilitarisation de l'Europe.
«Je suis heureux et un peu ému d'être de retour dans ce palais», a déclaré le Fribourgeois selon la version écrite de son discours. Face aux parlementaires, Alain Berset a délivré un message qu'il qualifie de simple.
«La Suisse est membre d'organisations qui garantissent que les discussions et les débats se fassent par le dialogue et soient fondés sur le droit et sur des règles acceptées par les uns et par les autres», a-t-il déclaré à Keystone-ATS.
L'ancien conseiller fédéral estime qu'il faut préserver et développer ces institutions à l'abri de brutalités. «Il faut certes les adapter pour qu'elles répondent aux besoins du moment, mais il s'agit d'institutions importantes», explique-t-il.
De la stabilité et de la paix
Alors que les jeunesses françaises, serbes ou albanaises sont dans la rue pour différentes raisons, le Fribourgeois reconnait un «manque de perspective». Pour lui, les jeunes vivent aujourd'hui dans un monde où la guerre est présente en Europe et où on a l'impression que la violence et la force peuvent l'emporter. «Comment voulez-vous avoir des projets dans ces conditions? Il faut donc de la stabilité, de la paix pour développer ces projets.»
Relancé sur la victoire du mouvement étudiant en Serbie dimanche et sur une possible victoire de la démocratie, Alain Berset tempère. «Pour moi la démocratie a gagné dès le moment où des élections libres et indépendantes ont pu avoir lieu. Ce n'est pas le résultat qui détermine si la démocratie a gagné ou pas.»
Pour lui, le risque qui existe aujourd'hui est la tendance de voir celui qui l'emporte vouloir «écraser l'opposition». «La démocratie, ce n'est pas seulement voter, prendre des décisions en votant, mais c'est aussi se rassembler une fois que le vote a eu lieu.»
Sécurité démocratique
Sa visite à Berne s'inscrit au cœur de son plaidoyer pour la sécurité démocratique face à la remilitarisation du continent. «Au conseil de l'Europe, nous parlons de sécurité démocratique», déclare le Fribourgeois. En Europe, les pays dépensent sans compter pour se réarmer alors qu'il est plus «difficile de faire fonctionner la démocratie».
«Qu'est-ce qui va se passer si d'un côté il y a un armement qui se développe très fortement, mais un contrôle démocratique sur les armées qui diminuent? Quelle sécurité achetons-nous véritablement pour nous-mêmes, pour nos enfants? Le Conseil de l'Europe travaille donc en disant: nous voulons une approche globale de la sécurité», analyse M. Berset.
Interrogé sur la participation suisse au registre des dommages de guerre pour l'Ukraine, créé par le Conseil de l'Europe, l'ancien conseiller fédéral estime que la Suisse est «très engagée dans le soutien à Kiev». Il salue également les autres actions de la Confédération, notamment via l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), présidée cette année par le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis.
Arrivé il y a deux ans à la tête de l'organe, Alain Berset avait pour mission de renforcer sa crédibilité après le bilan en demi-teinte de la Croate Marija Pejcinovic Buric. «Je suis confronté à un environnement de 46 pays avec des dizaines de langues, avec des contextes et des passés parfois très lourds et très difficiles. C'est complexe et ça prend beaucoup de temps, mais sur le bilan, je suis très heureux de voir le très fort développement que nous avons engagé», conclut le Fribourgeois.