«Assieds-toi ou paie-moi.» Cette réplique attribuée à Elisabeth de Meuron-von Tscharner est encore connue aujourd'hui à Berne. Héritière fortunée et figure emblématique de l'aristocratie bernoise, elle symbolise une institution qui continue d'exercer une influence considérable dans la capitale: la commune bourgeoise de Berne.
Discrète sur la scène nationale, cette institution a récemment fait parler d'elle avec la vente de la DC Bank, qu'elle détenait depuis 1825. L'établissement a été cédé à la Fondation BK de Visana pour environ 115 millions de francs. Selon les parties concernées, l'opération n'a généré «ni bénéfice ni perte».
Une institution riche et puissante
Fondée en 1832, la bourgeoisie de Berne compte parmi les plus importantes et les plus fortunées de Suisse. Elle dispose de son propre parlement, gère de nombreuses institutions et joue un rôle majeur dans la vie culturelle et sociale de la ville. On devient bourgeois de Berne par filiation ou par adoption. L'institution compte aujourd'hui près de 18'000 membres.
Son poids économique est également considérable. La bourgeoisie possède environ 32% du territoire de la ville de Berne, ce qui en fait le principal propriétaire foncier de la capitale. Son patrimoine comprend quelque 1150 logements, près de 3700 hectares de forêt, le Casino de Berne ainsi qu'une partie de l'île Saint-Pierre sur le lac de Bienne.
Selon le média «Hauptstadt», sa fortune atteindrait environ 1,2 milliard de francs. Ses revenus annuels s'élèveraient quant à eux à près de 50 millions de francs.
Une mission d'intérêt public contestée
La Constitution bernoise prévoit que les bourgeoisies mettent leurs moyens au service du bien commun. A Berne, cet engagement se traduit par des investissements dans la culture, l'éducation, le sport ou encore les sciences.
Mais l'institution ne fait pas l'unanimité. Les Jeunes socialistes de la ville de Berne figurent parmi ses critiques les plus virulents. Dans une lettre ouverte signée par 102 personnes et plusieurs formations de gauche, ils ont qualifié la bourgeoisie d'institution antidémocratique. Selon eux, elle repose sur des privilèges héréditaires, échappe au contrôle direct de la population et ne respecte pas le principe d'égalité entre les citoyens.
Le Parti socialiste bernois a lui aussi déjà demandé sa suppression. De son côté, le laboratoire d'idées Avenir Suisse a dénoncé ce qu'il considère comme une forme de «politique clientéliste».
Une influence toujours débattue
Ces critiques s'appuient notamment sur les travaux de l'historienne Katrin Rieder. Dans une thèse publiée en 2008, elle décrivait les bourgeois de Berne comme une élite sociale exerçant une influence importante dans les sphères politique, économique et culturelle. Selon elle, sans la commune bourgeoise, la ville disposerait de davantage de ressources et ses habitants auraient plus de poids dans les décisions publiques.
La bourgeoisie rejette toutefois cette vision. «Au lieu de se focaliser sur des clichés dépassés, il faut s'intéresser à notre impact concret», explique sa responsable de la communication, Stefanie Gerber, à Blick. Selon elle, l'institution contribue directement à la qualité de vie de la population et soulage les finances publiques grâce à ses propres ressources. Elle emploie par ailleurs près de 800 personnes.
Stefanie Gerber reconnaît qu'un regard critique sur l'histoire de l'institution est légitime. Mais elle estime que l'essentiel réside dans son action actuelle. La bourgeoisie finance notamment plusieurs institutions importantes, comme la Maison des générations de Berne ou le Musée d'histoire naturelle.
Un club toujours attractif
Malgré les critiques, la bourgeoisie continue d'attirer de nouveaux membres. Chaque année, une trentaine de personnes déposent une demande pour obtenir la bourgeoisie de Berne. Une procédure spécifique et plusieurs conditions doivent toutefois être remplies.
Selon Stefanie Gerber, cet intérêt s'explique avant tout par la possibilité de s'engager pour la collectivité. Les membres ne bénéficient d'aucun avantage financier particulier, mais profitent d'un «réseau solide» et d'un lien privilégié avec l'histoire de la ville.
Pour la bourgeoisie, le débat ne devrait donc pas se limiter aux critiques récurrentes. Elle souhaite également mettre en avant sa contribution au développement de Berne et son rôle dans le financement de projets d'intérêt public.