Des ex-patrons continuent à être rémunérés
A Berne, des doublons dans la direction d'entreprises publiques coûtent cher au contribuable

Dans plusieurs entreprises publiques bernoises, deux dirigeants qui se succèdent ont parfois été payés simultanément. L'enquête Blick montre à quel point les rémunérations augmentent.
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Andreas Kohli était CEO de l'établissement hospitalier SRO AG.
Photo: HO

En bref

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  • Dans plusieurs entreprises publiques bernoises, les anciens et nouveaux patrons ont été payés simultanément durant un certain temps
  • Dans certains cas, la rémunération déclarée du directeur a ainsi augmenté de plus de 60%
  • La double occupation a parfois duré des mois, alors que l'ancien patron avait déjà quitté ses fonctions opérationnelles
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Sven Altermatt

L’un part, l’autre arrive. Ainsi va le renouvellement des cadres, notamment dans le secteur public, où l’on aime la formule «servir et disparaître». Mais dans les faits, certains continuent à percevoir leur rémunération bien après avoir quitté leurs fonctions opérationnelles.

Le problème est particulièrement sensible lorsque l’Etat est impliqué ou que l’argent des contribuables est en jeu, surtout au sein des entreprises publiques ou chargées de missions d’intérêt général.

Ces situations peuvent coûter très cher. C'est ce que montre l'exemple de Berne, où des centaines de milliers de francs peuvent encore être versés à d’anciens dirigeants après leur départ. Le canton est pourtant considéré comme un modèle de transparence: les rémunérations des chefs des entreprises proches de l’Etat doivent y être publiées en détail.

Blick a analysé les chiffres bernois les plus récents et dévoile plusieurs cas de changement de direction particulièrement coûteux:

Le cas du groupe hospitalier I

La rémunération déclarée du directeur de SRO AG, l’établissement hospitalier de l’Oberargovie, a bondi de plus de 60% en 2025. A l’origine de cette hausse: un changement de CEO particulièrement coûteux.

Basé principalement à Langenthal (BE), ce prestataire de santé couvre l’Oberargovie et appartient entièrement au canton de Berne. Au début de l’été, son CEO de longue date, Andreas Kohli, a quitté ses fonctions en raison de «divergences de vues sur des questions stratégiques». Son adjoint a alors pris le relais par intérim.

Mais Andreas Kohli a continué à percevoir son salaire jusqu’à fin novembre. Pendant environ six mois, deux dirigeants ont donc été rémunérés simultanément. L'hôpital reconnaît que cette situation a entraîné une «forte augmentation» de la rémunération par rapport à l’année précédente. Au total, 618'000 francs ont été déclarés en 2025 pour la direction, contre 382'000 francs en 2024.

Le cas du MOB

La ligne ferroviaire qui relie Montreux à l'Oberland bernois compte parmi les plus spectaculaires du pays. En 2025, le MOB-Goldenpass a changé de directeur: Yves Marclay a pris ses fonctions le 1er juin, succédant à Georges Oberson, parti à la retraite. Cette transition s’est accompagnée, selon les responsables du MOB, d’une «double occupation temporaire» à la tête de l’entreprise.

Impossible toutefois d’en connaître la durée exacte. Ce qui est certain, en revanche, c'est que la rémunération déclarée du directeur est passée de 286'000 à 427'000 francs, soit une hausse de près de 50%. A noter qu'il est difficile de déterminer quelle part de cette augmentation est liée à la période de chevauchement. D’autant que le MOB a publié pour la première fois en 2025 la rémunération totale, bonus compris.

L’entreprise est majoritairement détenue par les pouvoirs publics: la Confédération possède environ 43% du capital, le canton de Berne 19% et le canton de Vaud 17%.

Le cas du groupe hospitalier II

Au sein du groupe hospitalier bernois Oberland FMI AG, la CEO Daniela Wiest a quitté ses fonctions à la fin du mois de mai 2025. La présidente du conseil d’administration, Karin Ritschard Ugi, a alors repris temporairement la direction opérationnelle.

La relation de travail de Daniela Wiest s’est cependant poursuivie pendant quelque temps, en raison notamment de jours de vacances encore dus. Selon les informations officielles, les mois de juin et juillet ont ainsi été marqués par une «double occupation temporaire de la fonction de CEO».

Cette situation a eu des répercussions financières: en 2025, la rémunération de la direction est passée de 380'000 à 451'000 francs. Cette hausse s’explique «notamment» par le versement parallèle des rémunérations, précise l’établissement, qui appartient entièrement au canton.

Le cas de l'entreprise de bus

Dix mois entiers! A la STI Holding AG de Thoune, société faîtière de l’entreprise régionale de bus, la période de double direction s’est prolongée de façon inhabituelle. Le directeur de longue date, Thomas Wegmann, a quitté ses fonctions opérationnelles à la fin juillet 2024. Mais il a continué à toucher son salaire jusqu’à fin mai 2025.

Ainsi, la rémunération liée au poste de directeur s’est élevée à 434'000 francs en 2024, contre 288'000 francs l’année précédente.

Comme Blick l’avait révélé l’année dernière, l’ancien directeur de cette entreprise à majorité publique a notamment perçu le solde de ses droits à long terme. Celle-ci n’a pas souhaité fournir davantage de précisions, invoquant des «raisons relevant du droit du personnel».

Le double versement s’est ainsi poursuivi durant cinq mois supplémentaires en 2025. Les derniers rapports ne permettent toutefois pas de déterminer précisément le coût additionnel de cette situation. En raison de la structure de holding, les rémunérations y sont présentées selon une autre méthode. Les responsables de l’entreprise assurent néanmoins que les indemnités publiques destinées au transport par bus n’ont pas été affectées.

Le cas des services psys

En 2024, un autre changement de direction coûteux a eu lieu dans une entreprise publique bernoise. Aux Services psychiatriques universitaires de Berne (UPD), qui traversaient alors une période difficile, les contrats de l’ancien CEO et de son successeur se sont chevauchés pendant quatre mois.

Josef Müller a pris ses fonctions de directeur au début du mois de juillet, tandis que son prédécesseur, Oliver Grossen, est resté employé jusqu’à fin octobre. La rémunération déclarée pour la direction est ainsi passée de 361'000 à 602'000 francs, représentant une hausse de 67% en un an. Comme dans les autres cas, les rapports ne précisent pas quelle part de cette augmentation est due à la double occupation du poste.

Depuis, les UPD ont été intégrés au nouveau Centre psychiatrique universitaire de Berne. Josef Müller, qui avait assuré la direction à titre intérimaire, a pris sa retraite il y a quelques mois.

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