Les rumeurs vont bon train. A Berne, on spécule sur une éventuelle démission du conseiller fédéral de l'Union démocratique du centre (UDC) Guy Parmelin. On suppose qu'il pourrait quitter ses fonctions en décembre.
Selon des initiés, plusieurs indices vont dans ce sens. A la fin de l’année, Guy Parmelin aura déjà onze ans de mandat derrière lui, dont deux en tant que président de la Confédération. De plus, à 66 ans, il pourrait déjà profiter d’une retraite bien méritée.
Par ailleurs, la posture voûtée de Guy Parmelin a récemment fait à plusieurs reprises parler d’elle. Tout le monde sait que le conseiller fédéral de l’UDC souffre de maux de dos. Son père a dit un jour: «Il tient toutes ses qualités de sa mère, et de son père, il tient les maux de dos.» Que se passe-t-il dans les coulisses du Palais fédéral?
Un homme au sommet de sa carrière politique
Avant son entrée au Conseil fédéral, Parmelin était considéré comme un simple député de second plan. Au cours des premières années, les médias se moquaient de ce Romand – ses connaissances en allemand, jugées médiocres, faisaient régulièrement l’objet de commentaires.
Ces dernières années, Parmelin s’est toutefois imposé comme un homme d’Etat. Sur le plan politique, tout va bien pour le conseiller fédéral de l’UDC: il a conclu divers accords de libre-échange et, mis à part le conflit douanier qui perdure, il ne rencontre pas de problèmes majeurs. Actuellement, le ministre de l’Economie est aux Etats-Unis et fait surtout la Une des journaux avec sa fièvre de la Coupe du monde – mot-clé: casquette rouge.
Au sein de son parti, personne ne souhaite donc pour l’instant qu’il démissionne. Ses réalisations sont saluées à l’unanimité: «Il fait un excellent travail.» La question d’une éventuelle succession est donc délicate. Face à Blick, beaucoup ne s’expriment qu’à voix basse – plusieurs interlocuteurs reviennent même sur leurs déclarations.
Deux femmes en tête de liste
Ces entretiens permettent néanmoins d’esquisser un éventuel panel de candidats. Deux femmes ont actuellement le vent en poupe: la conseillère nationale saint-galloise Esther Friedli et la conseillère d’Etat zurichoise Nathalie Rickli. Toutes deux refusent de s’exprimer auprès de Blick sur une éventuelle candidature.
Le fait que deux femmes soient sous les feux des projecteurs au sein de l’UDC est une première. Le parti de droite conservatrice est le seul à n’avoir jamais compté de femme au sein du gouvernement fédéral. De même, le nom d’une femme n’est apparu qu’une seule fois sur une liste de candidats au Conseil fédéral: celui de la conseillère d’Etat zurichoise Rita Fuhrer, en 2000. Cela remonte désormais à un quart de siècle. La Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf a été exclue du parti en 2007 après avoir accepté sa nomination.
Au sein de l’UDC, la ligne de conduite est claire: ce n’est pas le sexe, mais les compétences qui doivent déterminer qui est élu à la fonction. Pour le conseiller national Mauro Tuena, il est important que le successeur de Parmelin porte les thèmes de l’UDC au sein du Conseil fédéral. Le conseiller national fribourgeois Nicolas Kolly partage également cet avis. Il laisse entendre qu’«il serait également agréable qu’une femme soit élue».
Les inconvénients de certains
Les grandes favorites, Friedli et Rickli, sont considérées par leurs collègues de parti comme des femmes politiques compétentes. «Toutes deux possèdent de bonnes compétences relationnelles, ce qui leur permet également de mener à bien un travail au-delà des clivages partisans», se félicite Mauro Tuena.
«Ce facteur dit de 'faisabilité' est particulièrement important lors des élections au Conseil fédéral», précise le politologue Michael Hermann. D’une part, les candidates au Conseil fédéral doivent pouvoir obtenir une majorité. D’autre part, la capacité à faire des compromis est également déterminante pour la collaboration future au sein du gouvernement collégial.
Au sein de l’UDC, plusieurs personnalités se distinguent par une ligne politique dure. Certains d’entre eux – comme les conseillers nationaux Magdalena Martullo-Blocher, Thomas Aeschi ou Thomas Matter – sont cités dans les entretiens avec Blick comme candidats potentiels au Conseil fédéral. Selon Michael Hermann, ces personnalités ne seraient toutefois guère en mesure de rallier une majorité.
Et qu’en est-il de Céline Amaudruz?
Mais les deux candidates les plus prometteuses se heurtent elles aussi à des obstacles. Pour Rickli, ses fonctions à Zurich pourraient constituer un frein. Si Parmelin venait à démissionner à la fin de l’année, elle se trouverait justement en pleine campagne électorale pour le siège au Conseil d’Etat.
Quant à Friedli, la question se pose de savoir si le canton de Saint-Gall ne risquerait pas d’être surreprésenté avec la conseillère fédérale du Parti libéral-radical (PLR) Karin Keller-Sutter. Pour le conseiller national Mike Egger, cela ne constituerait pas un obstacle. Il déclare: «Ce qui importe, c’est la compétence dont dispose une personne, et non pas tant la question cantonale.»
Le politologue Michael Hermann estime lui aussi que «la représentation cantonale au Conseil fédéral passe de plus en plus au second plan». Une représentation équitable des régions linguistiques resterait toutefois importante. Pour l’instant, peu de noms provenant de Suisse romande circulent. Le nom de Céline Amaudruz, vice-présidente de l’UDC genevoise et conseillère nationale, est cité à plusieurs reprises. Elle déclare à Blick: «La question d’une candidature ne se posera que lorsque Parmelin démissionnera.» D’ici là, on se réjouit de son excellent travail.
Céline Amaudruz devrait de toute façon avoir du mal à être désignée par son parti. Ces derniers temps, elle a en effet irrité à plusieurs reprises ses collègues en votant à contre-courant au Parlement – notamment sur les questions relatives aux femmes, selon certaines sources. Le carrousel des candidats romands comprend également le conseiller national vaudois Yvan Pahud, moins connu, ainsi que le conseiller national fribourgeois Nicolas Kolly. «Pour l’instant, Parmelin est encore en fonction, la question ne se pose donc pas, a déclaré ce dernier. Si un jour mon parti souhaitait que je me porte candidat, j’étudierais cette possibilité.» Yvan Pahud n’a, lui, pas répondu à notre demande.
La Suisse romande pourrait perdre un siège
Par rapport à la Suisse alémanique, le vivier de candidats en Suisse romande est assez restreint. Selon Michael Hermann, cela s’explique par plusieurs raisons. «D’une part, l’UDC est tout simplement moins bien implantée en Suisse romande», explique-t-il. De plus, les politiciens UDC de Suisse alémanique se montrent souvent méfiants envers leurs collègues romands. «Beaucoup ne souhaitent pas forcément une représentation de la Suisse romande.» Ainsi, l’élection de Parmelin aurait plutôt été un accident politique.
Le politologue estime donc plausible qu’aucun Romand ne succède à Parmelin. «Cela aurait pour conséquence que la Suisse romande ne serait plus représentée de manière adéquate», dit-il. Nicolas Kolly qualifie une telle situation de «regrettable». Dans le même temps, il souligne toutefois que les intérêts de l’UDC romande seraient toujours partiellement représentés par Albert Rösti, qui entretient des liens étroits avec la Romandie. A l’instar de nombreux membres de l’UDC, il estime que le parti a désormais longtemps compté un Romand parmi ses rangs.
Au sein de l’UDC, on estime que cette tâche pourrait également être assumée par un autre parti. On sait clairement de qui il s’agit: le PLR. En effet, le conseiller fédéral Ignazio Cassis pourrait lui aussi prendre bientôt sa retraite. Selon le résultat des élections législatives de 2027, cette tâche pourrait toutefois revenir au Centre. Celui-ci lorgne en effet depuis longtemps sur un deuxième siège.
Même si, comme toujours, de nombreuses rumeurs circulent à Berne, une chose est sûre: Guy Parmelin reste en fonction pour l’instant. Lui seul sait quand il quittera son poste. C’est, comme on le sait, la seule chose qu’un conseiller fédéral puisse réellement décider seul.