Une détention contraire à ses droits
Condamné à 2 ans de prison, ce Bernois a été incarcéré durant 25 ans

Condamné à l'origine à deux ans de prison, un Bernois n'a été libéré qu'après 25 ans. En réalité, sa détention a été prolongée à plusieurs reprises. Début 2026, le Tribunal fédéral y a toutefois vu une atteinte massive aux droits fondamentaux.
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Malgré une peine de deux ans, Marc a passé 25 ans derrière les barreaux.
Photo: STEFAN BOHRER
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Sandra Marschner

Marc* a comparu en 2000 devant le tribunal d'arrondissement de Berne-Laupen. Agé de 18 ans au moment des faits, le jeune homme comparaissait pour avoir agressé avec un couteau à viande et une fourchette sa mère et l'un de ses amis à Köniz (BE), alors qu’il était sous l’influence de drogues et d'alcool. Les deux victimes ont été légèrement blessées.

Le Bernois a été condamné à deux ans de prison pour tentative de lésions corporelles graves et infractions multiples à la loi sur les stupéfiants. Mais en réalité, il a passé plus de 25 ans derrière les barreaux!

Au lieu d'être incarcéré, Marc a suivi une thérapie pour traiter sa toxicomanie. Il a été diagnostiqué avec un «trouble de la personnalité émotionnellement instable». Après avoir purgé sa peine en prison, il a été interné pour une durée indéterminée. Ce n'est que le 10 février 2026 que le Tribunal fédéral a ordonné sa libération immédiate, comme a relayé le «Berner Zeitung». 

Des récidives de drogue à répétition

C'est l'article 59 du Code pénal suisse qui a encadré l'exécution des mesures lors de ses années d'incarcération. Cet article a pour objectif de traiter les délinquants atteints de troubles psychiques jugés dangereux, tout en protégeant la société contre les risques de récidive. 

La durée maximale d'une mesure est de cinq ans, mais elle peut être prolongée par tranches de cinq ans par le tribunal compétent. Selon l'Office fédéral de la statistique, environ 1260 personnes sont actuellement soumises à ce régime en Suisse. 

Durant sa détention, Marc a fait l'objet de plusieurs expertises psychiatriques. Le Bernois a tenté plusieurs fois d'obtenir sa libération, y compris en janvier 2024. En vain. 

«L'internement est une condamnation à mort»

En 2023, Marc avait décidé de raconter son histoire à Blick. «Je ne suis pas le monstre décrit dans les dossiers», avait-il confié. En mai 2024, il a été transféré à l'établissement de St-Jean, dans le canton de Berne. Mais sa thérapie a échoué, ce qui a entraîné une nouvelle détention en septembre 2025.

Début 2026, il toutefois retrouvé sa liberté. Le Tribunal fédéral a décidé qu'il devait être libéré, après 25 ans passés derrière les barreaux. Les juges ont fait valoir que cette durée avait dépassé le maximum légal d'une peine à perpétuité de 20 ans et qu'elle était disproportionnée, comme l'écrit le «Berner Zeitung».

L'homme a donc retrouvé sa liberté le 10 février. Aucune prise en charge n'est prévue après sa libération. L'Office fédéral de la justice explique qu'il n'existe aucune base légale pour accompagner ou contrôler Marc. Une requête des autorités bernoises pour l'interner é nouveau reste toutefois en suspens.

*Prénom modifié

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