Le marché automobile mondial connaît un bouleversement majeur. Trois évolutions l'illustrent particulièrement bien. Aujourd'hui, une voiture neuve sur trois vient de Chine. Pour la première fois, le pays exporte également davantage de voitures vers l'Allemagne que l'inverse. Et l'ancien champion mondial des exportations est même passé derrière l'Inde en matière de production automobile.
Le marché mondial continue certes de progresser, mais cette croissance profite de plus en plus à la Chine. «Le pays gagne des parts de marché dans presque tous les domaines», relève une récente étude du cabinet de conseil Alix Partners.
Un secteur de 600 entreprises
Ces bouleversements ne menacent pas seulement l'industrie automobile allemande. Ils représentent aussi un risque pour la Suisse, qui compte plus de 600 équipementiers spécialisés dans le secteur automobile. Une grande partie de leur chiffre d'affaires est réalisée en Allemagne. Leur production va des capteurs aux planchers intérieurs des véhicules. Ensemble, ces entreprises emploient plus de 100'000 personnes et génèrent plus de 20 milliards de francs de chiffre d'affaires à l'échelle mondiale.
Or, la Chine ne se contente plus de produire des voitures: elle fabrique aussi un nombre croissant de pièces détachées. Les auteurs de l'étude redoutent ainsi une pression accrue sur les équipementiers, avec des marges en baisse, une concurrence plus vive et une profonde réorientation des flux commerciaux.
Les entreprises suisses touchées plus durement que la moyenne
Les consultants en stratégie spécialisés dans l'automobile tirent la sonnette d'alarme. Les fournisseurs suisses subissent une pression nettement plus forte que l'ensemble du secteur de la sous-traitance. L'an dernier, leur chiffre d'affaires a chuté de plus de 13% en moyenne, contre seulement 2,2% pour les 100 premiers équipementiers mondiaux.
Le décrochage était déjà visible en 2024: les équipementiers suisses avaient alors accusé une baisse de 14,9% de leur chiffre d'affaires, contre 4,3% pour leurs concurrents du Top 100. Et la situation ne se limite pas au chiffre d'affaires. «En matière de rentabilité également, les équipementiers suisses sont à la traîne par rapport au Top 100», constatent les auteurs de l'étude.
Des milliers de postes pourraient disparaître
Frank Heines, coauteur de l'étude, attribue notamment la fragilité des entreprises suisses à leur spécialisation dans des niches très spécifiques. «Et c'est précisément dans ces niches que le chiffre d'affaires et les marges baissent nettement plus vite que la moyenne mondiale», explique-t-il. La nécessité d'agir y est donc «extrêmement forte, et la tendance est à la hausse».
Pour préserver leur compétitivité, les sous-traitants automobiles suisses doivent engager une réflexion de fond, estime l'étude. Ils devraient notamment examiner leur trésorerie, leurs marges et leur portefeuille, mais aussi identifier des perspectives de croissance au-delà de l'industrie automobile traditionnelle. La gestion des risques liés à la Chine et aux chaînes d'approvisionnement doit également être revue.
Jürgen Simon, coauteur de l'étude, résume l'enjeu: «Si les équipementiers nationaux ne parviennent pas à se repositionner sur le marché international et si leur chiffre d'affaires ainsi que leur rentabilité continuent de baisser au cours des un à deux prochaines années, cela aura des conséquences considérables pour l'économie suisse dans son ensemble.» Des milliers d'emplois pourraient être menacés.
Une lueur d'espoir tout de même
Ces dernières semaines, plusieurs sous-traitants automobiles ont publié leurs résultats et leurs perspectives pour l'exercice en cours. Leurs annonces confirment pour la plupart les difficultés du secteur. Oerlikon évoque ainsi une «incertitude persistante sur les marchés automobiles», tandis qu'Autoneum parle d'un «contexte de marché morose dans l'industrie automobile». L'entreprise s'appuie notamment sur des prévisions selon lesquelles le nombre de voitures produites dans le monde cette année sera inférieur à celui de 2025.
Dätwyler fait lui aussi état d'une demande modérée sur les marchés automobiles établis. Le groupe souligne toutefois avoir renforcé sa position auprès des constructeurs chinois.
Dans ce contexte, une exception se distingue: ST Microelectronics, seule entreprise suisse présente dans le Top 100 mondial des sous-traitants automobiles, a annoncé une forte croissance de son chiffre d'affaires au deuxième trimestre. Jean-Marc Chéry, PDG du groupe, a notamment attribué cette performance au secteur automobile. Une lueur d'espoir pour une branche en difficulté.