Le commerce extérieur chinois a progressé plus qu'attendu en juin, dopé par le boom de l'IA et la flambée des prix des semiconducteurs, une bonne nouvelle pour la deuxième économie mondiale dont les exportations restent le principal moteur de croissance. Les exportations du géant asiatique libellées en dollars ont grimpé de 27% sur un an en juin, selon des chiffres de l'Administration générale des douanes publiés mardi, dépassant la prévision de 19% des analystes sondés par Bloomberg.
Les importations chinoises ont elles gonflé de 36% sur un an, surpassant les prévisions (+26,1%) et marquant une nette accélération après une progression d'environ 27% en mai. L'essor de l'intelligence artificielle (IA), objet d'une vive compétition entre Pékin et Washington, continue de stimuler les échanges commerciaux: les exportations (en valeur en dollars) de semiconducteurs se sont ainsi envolées de 122% sur un an.
Cependant, ces chiffres «reflètent principalement la récente flambée des prix des semiconducteurs (...) due à la pénurie persistante de puces mémoires: en effet, le volume des exportations de semiconducteurs a lui légèrement reculé sur un an, sa première baisse depuis plus de deux ans», tempère Julian Evans-Pritchard, analyste de Capital Economics.
La demande intérieure ne s'envole pas
De même, «il ne faut pas y voir (dans le bond des importations) la preuve d'une envolée de la demande intérieure: là encore, la flambée des prix des semiconducteurs joue un rôle-clé dans l'augmentation de leur valeur, tout comme le conflit au Moyen-Orient», qui renchérit fortement par rapport à 2025 le prix des matières premières. Et ce même si la Chine a cherché à modérer l'impact de l'envolée des cours du pétrole en limitant ses achats d'hydrocarbures: en volume, ses importations de pétrole brut ont plongé de 41% sur un an en mai.
Toutefois, en faisant abstraction des semiconducteurs, «la demande étrangère pour les produits chinois reste soutenue, en particulier dans le secteur des technologies vertes» mais aussi dans l'automobile, «avec un bond de 72% sur un an du nombre de véhicules exportés, tiré par les voitures électriques», note Julian Evans-Pritchard. Cette vigueur persistante des exportations soutient une conjoncture très précaire en Chine, à l'heure où le pays souffre toujours d'une consommation intérieure atone et d'une crise persistante du secteur immobilier.
«Ce dynamisme a constitué un moteur essentiel de l'économie chinoise depuis le début de l'année: elles devraient rester soutenues au second semestre, ce qui témoigne de la compétitivité et de la résilience du secteur manufacturier chinois», observe Zhiwei Zhang, économiste de Pinpoint Asset Management. Et d'une demande mondiale restant soutenue en dépit des perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient.
Le risque est pour Pékin d'"accentuer les tensions commerciales entre la Chine et ses partenaires, notamment l'Europe», reconnaît Zhiwei Zhang, s'attendant à ce que la Chine «laisse sa monnaie s'apprécier davantage dans les mois à venir» sans pour autant freiner son commerce extérieur.
Tensions commerciales
Le commerce avec les Etats-Unis connaît une certaine embellie: les exportations chinoises vers la première économie mondiale ont augmenté de 13,9% sur un an en juin, atteignant 43,5 milliards de dollars, précisent les douanes. Dans le même temps, les importations chinoises venant des Etats-Unis ont, elles, augmenté de 25,8% sur un an. De quoi porter l'excédent commercial du pays avec les États-Unis à 28,9 milliards de dollars contre 26 milliards le mois précédent.
Les relations entre Washington et Pékin se sont stabilisées depuis la visite du président américain Donald Trump à Pékin en mai, même si le déséquilibre commercial persistant demeure une source de friction entre ces deux géants économiques. Mais la Chine est également engagée dans de vifs différends commerciaux avec l'Union européenne (UE), avec laquelle elle a enregistré un excédent commercial de 32,9 milliards de dollars en juin, contre 30,7 milliards en mai.
En juin, l'excédent commercial global de la Chine a atteint 126 milliards de dollars, contre 105 milliards en mai: ce déséquilibre croissant alimente l'inquiétude des économies occidentales. Autre source de frictions: le durcissement de Pékin sur ses exportations de terres rares, composants essentiels pour les industries de pointe dont la Chine domine très largement la production et le raffinage à l'échelle mondiale. Les exportations de terres rares ont chuté en juin de 34,1% en volume par rapport à juin 2025.