Répartition des demandeurs
Le grand fossé de l’asile fracture les communes de Suisse romande

Un nouvel «Atlas de l'asile» révèle d'importantes disparités dans l'accueil des réfugiés en Suisse. Face aux quotas aléatoires, la Suisse romande affiche des inégalités territoriales criantes.
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La répartition des demandeurs d'asile varie d'un canton à l'autre.
Photo: Keystone

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • La Suisse révèle des disparités majeures dans l'accueil des demandeurs d'asile. Ces écarts sont liés aux 26 systèmes cantonaux différents.
  • A Buch (SH), le taux moyen était de 18,4 demandeurs pour 100 habitants, tandis que 98 communes n'ont accueilli aucun réfugié depuis 1994.
  • Dans le canton de Vaud, les communes les plus pauvres accueillent près de 30% des demandeurs d'asile, contre 8% pour les plus riches
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Tobias Bruggmann et Mathilde Jaccard

La Suisse a rejeté l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions», mais le débat sur l'immigration et l'asile reste brûlant. Depuis 2022, l'arrivée de dizaines de milliers d'Ukrainiens bénéficiant du statut de protection S sature les structures d'urgence. Des nouveaux chiffres officiels révèlent combien de demandeurs d'asile ont été accueillis par chaque commune au cours des 32 dernières années. Les données mettent en lumière de profondes disparités régionales liées à l'existence de 26 systèmes cantonaux différents.

En tête de toutes les localités figure Buch, dans le canton de Schaffhouse, comme l'indique l'équipe de journalistes d'investigation Reflekt, qui vient de mettre en ligne l'«Atlas de l'asile». Reflekt a mené cette enquête inédite à partir des données du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM).

Un podium surprenant

A Buch (SH), on comptait en moyenne 18,4 personnes en procédure d’asile pour 100 habitants. A certaines périodes, ce ratio a même frôlé les 40%. Viennent ensuite Balm près de Günsberg (SO) et Saint-Gingolph (VS) qui affichent une moyenne de 10,4%. Ces taux particulièrement élevés s’expliquent par la présence historique de centres d’asile au sein de ces petites municipalités.

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Dans pas moins de 98 communes, il n’y a pas eu un seul demandeur d’asile depuis 1994. C’est le cas de villages comme Willadingen (BE) ou Pierrafortscha (FR). Presque toutes ces communes se trouvent dans les cantons de Berne, Vaud ou du Valais.

Contrairement à des cantons comme Zurich, Saint-Gall ou Argovie, qui répartissent les requérants proportionnellement via des quotas, ces cantons sélectionnent eux-mêmes les communes d'accueil par sites centralisés, créant des communes «à zéro» par simple logique de système.

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Le marché pénalise la Suisse romande

Dans le canton de Vaud, la répartition des demandeurs d'asile repose sur une logique de marché libre qui pénalise les communes les plus pauvres. Les organismes cantonaux y louent des logements là où ils sont abordables. Le cinquième des communes vaudoises les plus riches n'accueille ainsi que 8% des demandeurs d'asile. A l'inverse, le cinquième le plus précaire en concentre près de 30%. Le Valais et le Jura se classent également parmi les cantons suisses où la répartition est la moins équilibrée.

A l'échelle nationale, les experts comme le chercheur Didier Ruedin soulignent que l'exil dans des communes rurales isolées présente des risques d'intégration majeurs en raison du manque de transports et d'emplois. Le modèle décentralisé de Saint-Gall, qui implique directement ses communes, obtient de bien meilleurs résultats, avec un taux d'emploi des réfugiés de 46% après cinq ans, contre seulement 32% au niveau national.

Payer pour ne pas accueillir

En 2016, Oberwil-Lieli a d’ailleurs fait la une des journaux dans toute la Suisse: sous la direction de l’ancien syndic Andreas Glarner (63 ans) – qui siège également au Conseil national pour l’UDC –, la commune a préféré verser une somme au canton plutôt que d’accueillir des demandeurs d’asile.

En 2016, Oberwil-Lieli (AG) avait fait la une des journaux dans toute la Suisse: sous la direction de son ancien syndic Andreas Glarner – qui siège également au Conseil national sous la bannière de l’UDC –, la commune avait préféré s'acquitter d'une compensation financière auprès du canton plutôt que d’accueillir des demandeurs d’asile.

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Parmi toutes les communes de plus de 2000 habitants, elle affiche le taux de séjour de longue durée le plus bas du pays. Pendant près de la moitié des 32 années étudiées, aucune personne en procédure d’asile n’y a résidé. En 2016, la commune a créé un regroupement d’accueil et a versé une contribution à une commune voisine pour que cette dernière prenne en charge des personnes à sa place.

La commune a déclaré au réseau d'investigation qu’elle avait désormais pleinement rempli son obligation d’accueil et qu’elle n’avait versé aucune taxe de compensation depuis la création de ce regroupement. Elle explique son faible taux historique par le fait que le canton n’avait exercé aucune pression et que la taxe incitative restait peu élevée. Si la commune a atteint les quotas en 2022 face à la crise ukrainienne, elle est rapidement retombée sous la moyenne cantonale dès 2023.

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