La plupart des demandeurs d’asile arrivent sans pièce d’identité. Leur identité, leur origine et leur parcours d’entrée restent souvent impossibles à vérifier. Pour y remédier, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) consulte depuis un an les données de leurs téléphones portables.
Dans le cadre d’un projet pilote, il analyse, dans certains cas, les traces numériques dans les centres fédéraux d’asile de Bâle et de Chiasso. L’objectif est de vérifier les informations fournies par les requérants.
Obstacles juridiques
A l’origine, cette phase de test ne devait durer que trois mois. Mais les données disponibles sur l’efficacité de l’exploitation des téléphones portables se sont révélées insuffisantes pour tirer des conclusions fiables.
Les obstacles juridiques à l’utilisation de ces données sont importants. Les critiques dénoncent une atteinte disproportionnée à la sphère privée des requérants d’asile. Le SEM souligne, de son côté, que ces analyses ne concernent que les cas où les informations ne peuvent pas être vérifiées autrement.
Une volonté politique
Le projet pilote répond à une demande politique. Le conseiller national zurichois Gregor Rutz (UDC) avait déjà exigé, il y a plusieurs années, via une initiative parlementaire, l’accès aux téléphones des demandeurs d’asile. La majorité du Parlement avait soutenu cette proposition.
Le test mené dans les deux centres fédéraux sera prolongé jusqu’à l’introduction d’un logiciel forensique destiné à analyser les données des téléphones, explique la porte-parole du SEM, Magdalena Rast. Cette étape devrait intervenir «encore cette année».
«En règle générale, le logiciel remplacera l’analyse manuelle des téléphones portables», précise-t-elle. Selon elle, cet outil permettra d’examiner davantage de données dans le temps imparti. «Le SEM utilisera pour la première fois un logiciel de police scientifique», ajoute-t-elle.
Pas sans risque
L’analyse électronique, avec les moyens techniques actuels, accroît le risque de collecter et d’exploiter des données au-delà du but initial, avertit Eliane Engeler, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés.
«Cela va à l’encontre de la loi sur la protection des données». En Allemagne, la fiabilité du logiciel d’analyse des téléphones portables est également contestée en raison d’un taux d’erreur jugé élevé.