«Il faut agir!»
Hors de lui, il se bat pour sauver Aromat des Américains

Le fabricant d'arômes Knorr a été absorbé par le groupe américain McCormick & Company. Un entrepreneur bâlois se bat pour que la recette d'Aromat ne soit pas modifiée et a lancé une pétition en ligne.
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En Suisse, Aromat est une marque emblématique.
Photo: Siggi Bucher
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Patrik Berger

«Notre Aromat ne doit pas tomber entre les mains des Américains!» Michael C. Oehl, entrepreneur bâlois, a fait part de ses craintes à Blick après la fusion entre Knorr (fabricant allemand d'Aromat), Maille, la mayonnaise Hellmann's d'Unilever et les épices Ducros, les ingrédients de pâtisserie Vahiné et la moutarde French's du groupe américain McCormick & Company. La nouvelle entité, baptisée McCormick, donnera naissance à «un géant mondial des saveurs». Qui n'est pas au goût de tous.

«Je ne veux pas que nous bradions nos traditions suisses, poursuit Michael. Sigg, Toblerone, Sugus et Ovomaltine appartiennent déjà à des propriétaires étrangers. A un moment donné, il faut se mobiliser et agir.» Il a donc lancé la pétition «Aromat appartient à la Suisse» et élaboré un plan pour sauver le condiment en poudre créé à Thayngen, dans le canton de Schaffhouse.

«Il faut agir»

Son idée? Exiger une garantie pour que l'usine de Thayngen continue à produire le fameux condiment et insister pour que le groupe américain ne modifie pas la recette. «Nous devons envisager une solution suisse», déclare l'entrepreneur bâlois. Il envisage la création d'Aromat Suisse SA ou d'une coopérative, «une participation publique, afin que chaque citoyen suisse puisse devenir copropriétaire». Michael estime que les Suisses doivent être prêts à agir si McCormick consolide l'opération et se débarrasse de ses marques les plus petites.

Comme pour de nombreux Suisses, Michael est convaincu qu'Aromat est une marque emblématique de notre pays, au même titre que Rivella, Ricola et Zweifel. «Aromat m'accompagnait partout, en pleine nature, en montagne. Concombres, tomates, œufs durs et Aromat», argumente-t-il. Cette image reste gravée dans sa mémoire. «Pour moi, Aromat n'est pas qu'une simple épice, c'est un souvenir d'enfance.»

L'idée de sauver le condiment en poudre lui est venue vendredi dernier, sous la douche, lorsqu'il a entendu parler de cet accord. Deux heures plus tard, son site web était opérationnel et sa pétition rédigée. «Je n'aurais jamais imaginé lancer un jour une campagne pour Aromat», nous confie-t-il. «Mais parfois, il faut savoir se faire entendre. Au lieu de se plaindre, il faut agir.» Il espère recueillir 10'000 signatures. «Nous aurons alors suffisamment de signatures pour inciter McCormick, Unilever et les autorités suisses à réagir.» Au moment où nous écrivions ces lignes, 1150 personnes avaient soutenu sa pétition.

La fusion doit être achevée mi-2027. Elle regroupe des marques qui ont généré 20 milliards de dollars (16 milliards d'euros) de chiffre d'affaires en 2025. Séparé de sa division alimentation, Unilever deviendra pour sa part une entreprise presque entièrement tournée vers les cosmétiques, l'hygiène et l'entretien de la maison, grâce à des marques comme les savons Dove et les déodorants Axe. La transaction valorise la division alimentation du groupe britannique à hauteur de 44,8 milliards de dollars (35,8 milliards).


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