Les secouristes s'alarment
Les «alpinistes de Tiktok» rendent la Rega complètement folle

Inspirés par des vidéos idylliques sur TikTok, de plus en plus de jeunes et de touristes inexpérimentés prennent les montagnes d'assaut: les opérations de sauvetage se multiplient. Voici comment les réseaux sociaux modifient les comportements alpins.
1/8
Chaque année, de nombreux alpinistes dépassés par les événements doivent être secourus sur la route menant à la Zugspitze.
Photo: Bergrettung Ehrwald
gina-grace-zurbrügg-ringier.jpg
Gina Grace Zurbrügg

La quête du selfie parfait vire de plus en plus souvent au cauchemar. Aux abords de la Zugspitze, en Autriche, les opérations de secours impliquant des alpinistes amateurs adeptes de TikTok explosent. Selon les sauveteurs autrichiens, dont les données ont été révélées par le journal «Kronen Zeitung», une trentaine de personnes en situation périlleuse a déjà dû être secourue cette saison dans le seul massif d'Ehrwald.

Le profil type? Des jeunes inexpérimentés qui surestiment leurs capacités, appâtés par des images virales sur les réseaux sociaux. Ils s’élancent sans préparation, ignorent les interdictions d'accès et sous-estiment totalement les dangers alpins.

La montagne n'est pas un terrain de jeu

Le service de secours en montagne d'Ehrwald tire la sonnette d'alarme. Le chef des secours, Robin Lutnig, déplore cette tendance qui pousse les jeunes à imiter les excursions populaires sur les réseaux sociaux et à considérer les sommets comme un simple terrain de jeu.

Son adjointe, Regina Poberschnigg, décrit des scènes aberrantes: des marcheurs s'enfoncent durant des heures dans la neige sans planifier leur retour, et sans vérifier l'horaire du dernier téléphérique. Une fois la nuit tombée, épuisés et pris de panique, ils n'ont d'autre choix que d'appeler à l'aide.

«Le téléphone donne un faux sentiment de sécurité»

Ce phénomène ne s'arrête pas aux frontières autrichiennes: il frappe également de plein fouet les Alpes suisses. Jürg Martig, gardien du refuge de Blüemlisalp dans l'Oberland bernois, fait exactement le même constat. Son refuge est situé à six heures de marche du célèbre lac d'Oeschinen, devenu une star planétaire sur Instagram et TikTok. Il constate directement l'afflux massif de jeunes visiteurs. «Il y a de plus en plus de monde. Il y a 20 ou 30 ans, l'alpinisme était même plus populaire qu'aujourd'hui, contrairement à la randonnée», explique ce guide de montagne expérimenté à Blick.

Parallèlement, il regrette une perte totale de la notion du risque en montagne, largement favorisée par la technologie. «Les téléphones portables donnent un faux sentiment de sécurité», avertit-il. Les randonneurs arrivent de plus en plus souvent aux refuges mal préparés. Quant à l'équipement de base, le constat est cinglant: «Les chaussures de randonnée sont presque un vœu pieux.»

La Rega, appelée à la rescousse

Le profil de ceux qui fréquentent la montagne a radicalement changé. Autrefois réservés aux alpinistes chevronnés, les sommets sont aujourd'hui arpentés à 90% par des randonneurs occasionnels. Et les conséquences sont lourdes. Car dès que la météo tourne ou que les premières plaques de neige apparaissent, la situation vire au chaos.

Dans la région de Kandersteg, les hélicoptères de la Rega doivent de plus en plus souvent décoller. Paradoxalement, ce n'est pour des blessures ou des chutes, mais simplement parce que certains individus sont totalement dépassés par les événements. «Beaucoup de touristes ignorent tout simplement ce que représente une altitude de 1'500 mètres», conclut Jürg Martig. «Ils sous-estiment l'effort, le temps et la difficulté de l'ascension en montagne.»

Articles les plus lus