«J'ai environ 100'000 francs»
Il plaisante avec les douaniers allemands, sa boutade lui coûte cher

Vesko Dasic est tombé sur un contrôle douanier à Friedrichshafen, en Allemagne. Après un bref entretien et une fouille, il a été contraint de se débarrasser de ses médicaments et de 500 euros. Ce Monténégrin d'origine se dit déçu par les douanes allemandes.
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Cette boîte de pilules a coûté 500 euros à Vesko Dasic.
Photo: Sandro Zulian
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Sandro Zulian

Tout a commencé par une triste nouvelle pour Vesko Dasic. Lorsque ce ressortissant du Monténégro a appris le décès d'une proche en Serbie, le départ s'est fait dans la précipitation. Une cousine du Monténégrin y est décédée. «Nous avons dû réserver et partir rapidement», confie-t-il à Blick.

Pour lui et son épouse, le calcul est rapide: prendre le ferry, puis un vol depuis l’aéroport de Friedrichshafen, en Allemagne, coûte bien moins cher qu’un départ de Zurich. Mais ce choix économique va rapidement se transformer en un coup dur, tant sur le plan financier que psychologique.

A peine le pied posé sur le sol allemand, à la sortie du ferry, le couple est intercepté par deux personnes. «Un homme et une femme se sont approchés de nous et se sont présentés comme des douaniers», raconte Vesko Dasic. L'une des deux personnes est en uniforme, l'autre non. Ils leur demandent de présenter leurs papiers d'identité et leur lâchent brusquement: «Combien d'argent avez-vous?» «Environ 100'000 francs», répond Vesko Dasic avec un brin d'ironie, supposant qu'il s'agissait de sa fortune.

La réponse ne passe pas auprès des douaniers. Visiblement agacés, les fonctionnaires fouillent son porte-monnaie et son sac à dos. Ils finissent par mettre la main sur son traitement médical: du Xanax.

Vesko Dasic n'est pas un trafiquant. Il prend ces pilules depuis plus de 15 ans sur prescription médicale, «pour se calmer et aussi pour dormir», raconte-t-il. A l'époque, le traitement a commencé en raison d'un burn-out. Il n'a jamais eu de problèmes en voyageant avec ce médicament.

«500 euros, ce n'est rien pour vous, vous en gagnez 5000»

Le narcotique est interdit en Allemagne, lui assurent alors les douaniers. Le fait que le nom de Vesko Dasic figurait sur le médicament, y compris le nom et l'adresse du médecin qui le lui avait prescrit, ainsi que les heures de prise, ne semble pas les intéresser.

Sans ménagement, ils lui confisquent l'intégralité de son traitement et se permettent même un commentaire: «Vous pouvez l'acheter en Serbie, vous le trouverez comme des bonbons.» Pour couronner le tout, Vesko Dasic a dû débourser 500 euros et une procédure a été engagée. Un des douaniers lui aurait dit: «500 euros, ce n'est rien pour vous, vous en gagnez 5000.» Vesko Dasic a payé. La peur de devoir rester sur place et de ne pas pouvoir se rendre aux funérailles était plus grande que le préjudice financier.

Blick a contacté le principal bureau de douane d'Ulm, compétent pour Friedrichshafen. Son porte-parole Hagen Kohlmann répond: «Vous comprendrez que la douane ne peut pas faire de déclaration à des tiers sur des faits concrets. Le secret fiscal s'applique.»

Un cadre légal très strict

En réalité, le Xanax est un médicament qui relève de la loi sur les stupéfiants, en Allemagne comme en Suisse. Lors de voyages à l'étranger, il est impératif de se munir d'une attestation de prise de médicaments.

Interrogé sur ce point, l'Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic répond: «Lors d'une entrée ou d'une sortie par la frontière suisse, la responsabilité incombe toujours au voyageur.» L'institut souligne que l'alprazolam, la substance active du Xanax, n'est pas un produit anodin. Son importation illégale constitue une infraction à la loi sur les produits thérapeutiques et à la loi sur les stupéfiants.

Ironie du sort: si Vesko Dasic avait été allemand et s'était rendu en Suisse depuis son pays, sa boîte de médicaments contenant 30 pilules de 1 milligramme aurait probablement passé la rampe, explique-t-on chez Swissmedic: «Dans la loi sur les produits thérapeutiques, le législateur stipule que les particuliers sont autorisés à importer de petites quantités de médicaments autorisés en Suisse pour leur propre usage.» Une «petite quantité» – confirmée par différents jugements du Tribunal administratif fédéral – est un «besoin thérapeutique pour un mois de traitement». Exactement la quantité que Vesko Dasic avait sur lui.

Cela ne l'a pas aidé. Selon les documents des douanes allemandes que Blick a pu consulter, Vesko Dasic fait désormais l'objet d'une procédure pénale.

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