Il fait frais devant la «Giggi Tenne». Camille Rast donne des interviews télévisées, patiemment, en allemand, en français et en italien. Le thermomètre affiche trois degrés. Puis, elle peut enfin entrer dans l’auberge chaleureuse à l’entrée de Sölden (Autriche). «Il fait bon et chaud ici», lance-t-elle en se frottant les mains avant de s’asseoir à une grande table en bois. Huit journalistes de la presse écrite alémanique lui font face. Ils sont rarement aussi nombreux lors d’une course de Coupe du monde à l’étranger. Mais voilà: c’est le début de la saison. Et Camille Rast est désormais la meilleure skieuse suisse, l’une des meilleures du monde.
«Je ne suis pas encore à 100 %», avoue-t-elle. Sa jambe gauche lui fait encore parfois mal. Pourtant, vingt mois se sont déjà écoulés depuis sa chute à Sestriere (Italie), lorsqu’elle s’était violemment écrasée sur la hanche juste avant l’arrivée. La Valaisanne n’a toutefois pas perdu sa bonne humeur. «Nous maîtrisons le problème», affirme Camille Rast. Elle fait également référence à son préparateur physique Florian Lorimier. L’ancien préparateur physique de Didier Cuche l’amène à un niveau toujours plus élevé, malgré sa blessure. Florian Lorimier est lui aussi présent à la «Giggi Tenne», mais reste en retrait. «Il a tellement d’expérience. C’est super de pouvoir compter sur lui», souffle la skieuse de Vétroz.
«Mikaela (Shiffrin) reste la grande favorite»
La carrière de Camille Rast peut ressembler à des montagnes russes. Déchirure des ligaments croisés, dépression, blessure à la hanche: elle a dû encaisser de sérieux revers. Mais depuis deux ans, sa courbe ne fait presque que monter. En novembre 2024, elle est montée pour la première fois sur un podium de Coupe du monde, avant de fêter peu après sa première victoire. Ont suivi l’or aux Mondiaux 2025 et l’argent olympique 2026, tous deux en slalom. «Il y a dix ans, je suis venue pour la première fois à Sölden. J’avais alors 17 ans. Il s’est passé tellement de choses. J’ai grandi à toute vitesse. Pour nous, les skieuses, une année équivaut presque à trois ans dans la vie normale.»
Un hiver avec les Mondiaux à domicile de Crans-Montana se profile désormais. Mais c’est d’abord la Coupe du monde qui compte. Là aussi, Camille Rast fait partie de l’élite: l’hiver dernier, elle a terminé deuxième des classements de slalom et de géant, ainsi que troisième du classement général de la Coupe du monde. Peut-elle faire encore mieux? D’autant que Mikaela Shiffrin a annoncé vouloir se concentrer sur le géant et le super-G. Le slalom est la discipline de prédilection de l’Américaine, mais aussi celle de Camille Rast. Pourtant, la Suissesse continue de considérer Mikaela Shiffrin comme la référence: «Mikaela a seulement dit qu’elle renonçait à deux slaloms, Levi et Gurgl. Pour moi, elle reste la grande favorite pour le globe de cristal du slalom.»
Il ne lui manque plus que le globe
À Sölden, Camille Rast n’a jusqu’ici jamais fait mieux que douzième (2024). Cela ne l’inquiète pas. Elle a franchi un nouveau cap en géant. Que préférerait-elle: un globe de cristal ou l’or aux Mondiaux dans le Valais, son canton d’origine? Blick lui avait déjà posé cette question durant l’été. Camille Rast avait répondu: «Les deux !» et avait souri. Puis elle avait ajouté: «Je suis déjà championne du monde. Et j’ai une médaille olympique. Alors je choisirais le globe de cristal. Même si les Mondiaux à domicile sont quelque chose de très spécial. Mais avec le globe, j’aurais en quelque sorte tout accompli.»
D’ici là, le chemin est encore long. Camille Rast sait à quel point tout peut changer rapidement dans le ski. C’est pourquoi elle ne regarde pas trop loin devant elle. «Je me réjouis simplement maintenant de la course à Sölden», déclare-t-elle avant de ressortir dans le froid.