Les premières impressions sont parfois trompeuses. L'histoire des débuts de Marco Odermatt avec son entraîneur Helmut Krug en est une parfaite illustration. Tout commence durant l'hiver 2016, lorsque l'Autrichien prend ses fonctions d'entraîneur des géantistes suisses et dirige pour la première fois ses protégés sur la piste exigeante de Lenzerheide.
«À l'époque, Gino Caviezel était en pleine forme», se souvient Helmut Krug, aujourd'hui âgé de 63 ans. Avant cette première séance dans les Grisons, l'entraîneur en chef Tom Stauffer lui demande d'intégrer le jeune Marco Odermatt au groupe. «J'avais déjà entendu parler de lui, mais je ne l'avais encore jamais vu.»
La rencontre à l'hôtel de l'équipe réserve une petite surprise au technicien tyrolien. «Il ne ressemblait pas du tout à ce que j'avais imaginé. Il avait les cheveux longs. Je me suis même demandé si c'était vraiment Marco Odermatt ou s'il n'y avait pas eu une erreur», raconte-t-il en souriant. Mais il n'y avait pas de méprise: le jeune homme aux cheveux longs était bien celui dont tout le monde lui avait parlé.
Des débuts qui en disent long
Le scepticisme de l'entraîneur ne résiste pas longtemps aux premières descentes. «Malgré des conditions difficiles, Marco, qui n'avait que 18 ans, a rapidement été capable de rivaliser avec des skieurs bien plus expérimentés. Il n'a concédé que deux dixièmes à Gino.»
La suite appartient désormais à l'histoire. L'ancien hippie de Nidwald a depuis accumulé 54 victoires en Coupe du monde, cinq gros globes de cristal, trois titres mondiaux, trois médailles olympiques et onze petits globes récompensant ses succès dans les différentes disciplines.
Marco Odermatt sait ce qu'il doit notamment à son entraîneur. «Heli sait presque toujours exactement ce dont tu as besoin en tant que skieur.» Le champion olympique de géant 2022 poursuit son hommage : «Ces dernières années, nous avons généralement pu nous entraîner dans les conditions dont nous avions besoin. Les moyens financiers de Swiss-Ski y sont évidemment pour quelque chose, mais Heli joue un rôle essentiel. Il sait trouver les mots justes avec les responsables des stations. Et lorsqu'il y a un problème, il sait aussi hausser le ton. Même dans les discussions difficiles, il reste toutefois toujours constructif.»
Le hasard fait bien les choses
Avant de devenir l'un des artisans des succès de Marco Odermatt, Helmut Krug avait déjà suivi un parcours pour le moins atypique. Après une première expérience comme entraîneur dans une école de ski, cet homme originaire de la région de Seefeld envisageait de faire carrière dans un tout autre domaine.
«J'avais postulé chez Head pour participer au développement d'une chaussure de tennis révolutionnaire.» Mais, juste après son entretien d'embauche dans le Vorarlberg, il croise Kurt Engstler, alors responsable des épreuves de vitesse au sein de la fédération autrichienne. «Il voulait absolument m'engager comme entraîneur adjoint. Mais à l'époque, je n'étais qu'un entraîneur de jeunes et je n'imaginais pas travailler avec des champions olympiques comme Patrick 'Faxe' Ortlieb ou Leonhard Stock.»
Krug finit pourtant par accepter. Aux côtés d'Engstler, il est notamment chargé de l'entraînement au géant des spécialistes de la descente. «Avant chaque séance de vitesse, je leur traçais un géant avec suffisamment de virages. Patrick Ortlieb était presque toujours le plus rapide. Malgré ses 116 kilos, il enchaînait les portes avec l'agilité d'une belette. Je me disais alors que je ne travaillerais probablement plus jamais avec un skieur capable d'approcher le niveau de Faxe.»
«Il n'y en aura probablement plus jamais»
Avec le recul, Helmut Krug mesure à quel point il s'était trompé. «Marco Odermatt réunit les qualités les plus exceptionnelles que l'on puisse trouver chez un skieur alpin. Il n'y aura probablement plus jamais un skieur aussi complet que lui.»
La préparation du Nidwaldien en vue de la nouvelle saison, qui débutera le week-end prochain à Sölden, n'a toutefois pas été idéale. Victime d'une légère blessure musculaire lors d'un entraînement à sec à la fin du mois d'août, Marco Odermatt a dû patienter une semaine supplémentaire avant de s'envoler pour le camp d'entraînement au Chili. La gêne s'est encore manifestée lors de quelques séances en Amérique du Sud, l'empêchant d'accumuler autant de journées de géant qu'il l'aurait souhaité à l'approche du mois d'octobre.
La semaine dernière, le meilleur skieur suisse de l'histoire a néanmoins pu s'entraîner dans de bonnes conditions à la Diavolezza, avec ses coéquipiers. Ce dimanche, soit exactement une semaine avant l'ouverture de la Coupe du monde, Marco Odermatt et ses partenaires retrouveront la piste de Sölden pour une séance d'entraînement.
«Ces dernières années, nous n'avions jamais eu l'occasion de nous entraîner sur cette piste avant la course. Tout le monde se réjouit donc de pouvoir le faire cette fois-ci», explique Helmut Krug.
Et si cette séance se déroule comme prévu, l'ambiance pourrait bien rester au beau fixe dans le camp suisse pendant encore un bon moment.