Les entretiens avec les journalistes dans l’aire d’arrivée sont terminés. Camille Rast remercie les reporters et s’apprête à partir. Puis elle se retourne et lance: «Écrivez, s’il vous plaît, que le mauvais temps n’est pas une excuse. Je suis la seule responsable de ce résultat!»
La Valaisanne de 27 ans n’a pourtant aucune raison de rougir de sa sixième place. Elle signe à Sölden le meilleur résultat de sa carrière sur cette piste, où elle n’avait encore jamais fait mieux que douzième. Mais Camille Rast voit plus loin que le classement. «Je suis quand même déçue, car je n’ai pas montré ce dont je suis capable.»
«Même un tremblement de terre ne la ferait pas bouger»
Camille Rast est loin d’être abattue. Lorsqu’on lui demande quelle note elle attribue à sa course, elle ne va toutefois pas au-delà de quatre sur six. «Pas plus qu’un quatre. Ça suffit», répond-elle avec un sourire.
Sa frustration vient surtout de la première manche. Malgré une troisième place provisoire, la skieuse estime ne pas avoir suffisamment attaqué. «Le plan était d’attaquer. Mais finalement, j’ai beaucoup contrôlé. Je n’ai jamais été à la limite.»
Ses entraîneurs lui auraient même lancé cette pique: «Même en cas de tremblement de terre, tu ne bougerais probablement pas beaucoup.»
Cette troisième place lui offre pourtant une position idéale avant la manche décisive. Mikaela Shiffrin, la reine du ski, ne la devance que de 37 centièmes. La victoire est donc encore envisageable.
Mais dès le premier secteur plat, les espoirs de Camille Rast s’amenuisent. Dans le mur également, elle manque d’engagement et laisse filer de précieuses secondes. Cette fois, elle ne va pas assez vite.
La visibilité se détériore
La météo n’a rien arrangé. La neige tombe, le vent souffle et la visibilité se dégrade au fil de la course. «Quand on ne sait pas où l’on pose les pieds, ce n’est pas si simple», reconnaît-elle.
«Le soleil a progressivement disparu. Et quand on ne distingue plus les bosses sur la piste, cela complique les choses.»
Mais pas question de se réfugier derrière les conditions. «Je fais partie des meilleures skieuses du monde et je devrais aussi être capable de gérer cela. Je sais maintenant sur quoi je dois travailler.»
Le constat vaut également pour les deux autres skieuses qui la précédaient après la première manche. Aucune des trois ne termine sur le podium: Rast recule de la troisième à la sixième place, la Suédoise Sara Hector passe de la deuxième à la quatrième, tandis que Shiffrin, en tête à mi-course, chute au septième rang. À Sölden, les conditions changeantes peuvent rebattre les cartes en quelques minutes.
Quatre autres Suissesses dans les points
La victoire revient à Paula Moltzan. Cinquième après la première manche, l’Américaine décroche le premier succès de sa carrière en Coupe du monde. Elle devance deux jeunes talents promis à un bel avenir: l’Albanaise Lara Colturi, deuxième, et l’Allemande Emma Aicher, troisième. Cette dernière figure déjà parmi les prétendantes au classement général de la Coupe du monde cette saison.
Pour les autres Suissesses, cette première course de l’hiver, disputée sans Lara Gut-Behrami, se révèle plus compliquée. Quatre d’entre elles parviennent néanmoins à entrer dans les points: Wendy Holdener (20e), Simone Wild (24e), Stefanie Grob (25e) et Vanessa Kasper (28e).
Camille Rast, elle, aurait volontiers remis ça dès le lendemain. Il lui faudra patienter trois semaines, jusqu’au slalom de Levi, en Finlande.
D’ici là, elle compte retrouver ses proches. «Je m’offrirai peut-être une fondue à la maison avec mes parents. C’est toujours sympa.» La déception est déjà un peu retombée. Mais l’exigence, elle, reste intacte.