L'heure de gloire de l'athlétisme suisse
Voici pourquoi Audrey Werro exulte comme Dan Ndoye

Même célébration, même rugissement. Comme Dan Ndoye la veille, Audrey Werro a sorti les griffes dimanche à Stockholm après un exploit historique sur 800 mètres.
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La célébration d'Audrey Werro fait penser à une lionne ...
Photo: David Lidstrom/Getty Images
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Yara Vettiger

Cette célébration, les amateurs de sport suisses la connaissent bien grâce à Dan Ndoye. Dents serrées, mains tendues vers l’avant comme des griffes: l’attaquant de l’équipe de Suisse exulte ainsi après ses buts. Audrey Werro adopte exactement la même posture dans ses grands moments. Samedi, Ndoye l’a affichée après son but inscrit lors du match de préparation à la Coupe du monde contre l’Australie. Dimanche, à Stockholm, la Fribourgeoise avait elle aussi de quoi rugir.

Jamais la célébration du lion n’avait été aussi présente dans le sport suisse. Pour Ndoye, son origine remonte au pays natal de sa mère. «Au Sénégal, les gens sont souvent décrits comme des lions.» Chez Werro, la référence est différente. «Don’t be shy, be a lion!» («Ne sois pas timide, sois un lion!») était autrefois sa devise pour se donner du courage.

Une adversaire longtemps imbattable

Aujourd’hui, c’est surtout sur la piste qu’elle affiche son tempérament de lionne. Dimanche, la Fribourgeoise a remporté le 800 mètres du meeting de Diamond League de Stockholm en 1'53''98. Un nouveau record de Suisse. Un nouveau record de la Diamond League. Et surtout la troisième meilleure performance jamais réalisée sur la distance. Aucune femme n’avait couru aussi vite depuis plus de quarante ans sur deux tours de piste. Une performance exceptionnelle.

Mais l’exploit ne se résume pas au chronomètre. Il prend encore plus de relief au regard de l’identité de sa principale adversaire. Depuis plusieurs années, la Britannique Keely Hodgkinson faisait figure de référence absolue sur 800 mètres. Championne olympique, championne d’Europe et championne du monde en salle, elle représentait pour Werro un obstacle presque insurmontable. À plusieurs reprises, la Suissesse s’était heurtée à la Britannique. Encore au mois de mars lors des Mondiaux en salle de Torun, où elle avait décroché l’argent derrière Hodgkinson.

Derniers mètres de course décisifs

À Stockholm, la hiérarchie a vacillé pour la première fois. Werro a battu la Britannique dans un face-à-face direct au terme d’une course spectaculaire. Hodgkinson avait pourtant pris les commandes durant l’épreuve et signé elle-même un record national en 1'54''33. Mais la Suissesse est restée au contact avant de porter son attaque décisive dans les derniers mètres.

Cette victoire, Werro l’avait d’ailleurs annoncée. Il y a quelques semaines, interrogée par Blick sur sa capacité à battre Hodgkinson, elle avait répondu sans la moindre hésitation: «Oui! Personne n’est invincible.»

Troisième meilleur temps de l'histoire

La Fribourgeoise n’en est pas à son premier coup d’éclat cette saison en Diamond League. Elle s’était déjà imposée à Rabat. Cette fois, elle a confirmé son ascension en remportant un nouveau succès au plus haut niveau. Sur 800 mètres, le circuit international voit émerger une athlète qui, course après course, s’affirme davantage comme l’une des nouvelles stars de la discipline.

Dans l’histoire de l’athlétisme, seules deux femmes ont couru plus vite que les 1'53''98 réalisés par Werro. La Tchécoslovaque Jarmila Kratochvilova avait établi à Munich en 1983 le record du monde toujours en vigueur en 1'53''28. La Russe Nadejda Olizarenko avait quant à elle remporté le titre olympique à Moscou en 1980 en 1'53''43. Des chronos extraordinaires, qu’il convient toutefois d’appréhender avec prudence en raison du dopage d’État qui sévissait alors dans le bloc de l’Est.

Pendant des décennies, ces références semblaient hors de portée et n’alimentaient plus vraiment les débats. Jusqu’à ce dimanche à Stockholm, où Audrey Werro a commencé à réduire l’écart avec les deux femmes les plus rapides de l’histoire sur 800 mètres.

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