Hormis une prononciation qui, aujourd’hui encore, n’est pas tout à fait claire, Hagetmau, dans les Landes, ressemble à n’importe lequel des milliers de villages qui composent la France. Enfin, pas en ce jeudi matin. A l’occasion de la 7e étape du Tour de France, il est devenu le centre sportif du pays.
Dans les ruelles, des centaines de curieux sont amassés avec, pour but, d’apercevoir les stars du cyclisme que sont Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard ou le chouchou du public, Julian Alaphilippe. Liseré arc-en-ciel aux extrémités de son maillot, signe de ses deux titres de champion du monde en 2020 et 2021, le Français porte aujourd’hui les couleurs de Tudor Pro Cycling Team, la formation suisse. Sa cote de popularité n’en a pas souffert: à peine descendu du car, plusieurs supporters lui demandent déjà un autographe ou un selfie. La vie de champion.
Quelques minutes auparavant, les coureurs de l’équipe lucernoise ont reçu le briefing de la part de leur directeur sportif, Addy Engels. «J'ai passé des heures, avant le Grand Départ du Tour, à éplucher chaque étape sur Google Maps», nous détaille le Néerlandais. Passage de ronds-points délicats, resserrement de la chaussée ou virage en épingle: tout y passe durant une vingtaine de minutes. Même les rôles définis pour chacun sont décrits, du porteur de gourdes à celui qui doit simplement passer la journée sans encombre. Entre Hagetmau et Bordeaux, une étape qui prévoit de se régler au sprint, Tudor décide de ne pas se lancer dans l’échappée du jour.
Ravitaillement millimétré
Les coureurs ne sont pas seuls à savoir ce qu’ils doivent faire le jour de course. A la manière de son sponsor principal, l’ensemble de la formation est un mécanisme bien huilé. Les masseurs gèrent les gilets de glace (facultatifs) pour éviter un choc thermique aux coureurs à la descente du car. «Durant la canicule du côté de Barcelone, il n’y avait pas besoin de les forcer à les prendre», nous lance-t-on en riant. Les mécaniciens contrôlent une dernière fois la pression des pneus. Tout le monde est prêt à partir, après une dernière accolade entre Julian Alaphilippe et Mark Cavendish. Le Britannique, recordman de victoires d’étape sur le Tour, est venu en simple spectateur ce matin.
Durant la course, ce sont évidemment les cyclistes qui font le spectacle. Mais, pour que le show se déroule dans les meilleures conditions, tout doit être à nouveau millimétré. Juste avant le kilomètre 100, un ravitaillement est prévu. Avant de distribuer les fameuses musettes aux coureurs, il faut les préparer. Deux gourdes, un morceau de gâteau de riz et des glucides sous la forme d’oursons en gélatine. Pour s’en charger: Clément, le masseur de Julian Alaphilippe, à l’impressionnante distribution quelques secondes plus tard. Quand le champion français arrive, lancé à plus de 40 km/h, il a le sourire et le geste précis pour ramasser la besace tendue par Clément. La suite de l’étape se passe sans souci et tout le monde parvient à rallier la ligne d’arrivée, après quelques bouchons à l’entrée de Bordeaux (pour le car et les membres du staff, pas les coureurs, évidemment). Le plus dur, pour les cyclistes, est passé.
Interviews pendant les massages
Ce n’est de loin pas la fin de la journée pour l’équipe Tudor. Pour ses stars, déjà, chaque minute de récupération est importante. C’est pour cette raison que les coureurs se retrouvent à répondre aux interviews sur la table de massage. Le Jurassien Yannis Voisard détaille son rêve éveillé, participer à son premier Tour de France, tandis que le champion du monde Julian Alaphilippe évoque son rôle de mentor pour les plus jeunes.
Alors que le calme est revenu parmi les coureurs du peloton, dans les coulisses cela s’active. Il faut s’occuper de tous les vélos, de leur nettoyage au changement de cassette, en passant par l’éventuel remplacement de telle ou telle pièce. Un travail, pour les mécaniciens, qui prend environ deux heures et demie.
Celui qui possède les horaires les plus ingrats (mais peut-être la plus belle reconnaissance de la part des coureurs) est Kevin, le cuisinier de l’équipe. Ce trentenaire prépare tous les plats des cyclistes, du petit-déjeuner au souper. Le réveil très matinal lui a au moins permis de suivre quelques matchs de l’équipe de Suisse de football, en Amérique du Nord. Aux fourneaux dès 6 h 30, ce Biennois ne les quitte pas de la journée. Souriant et avenant, malgré le stress d’un repas servi trente minutes plus tard et des problèmes d’électricité dans sa caravane, Kevin nous détaille le menu du soir: patates, pâtes, épinards, côtelettes de porc ou falafels pour ceux ayant choisi le menu végétarien. Et, surtout, une magnifique génoise aux abricots en dessert. Si Marc Hirschi et ses coéquipiers manquent de force sur leur vélo, la faute ne peut en tout cas pas être imputée à leur cuisinier.
Espagne-Belgique dans le lobby
Les jets d’eau sont gentiment éteints. Le couvert est dressé pour les cyclistes, puis pour le staff une heure plus tard. L’ambiance est détendue à table même si, en cette période de Coupe du monde, les Belges de la formation mangent rapidement avant d’aller suivre dans le lobby de l’hôtel l’élimination de leur équipe par l’Espagne en quarts de finale.
Les plus courageux commandent une bière ou un verre de vin après une nouvelle journée éprouvante. Kevin finit son dessert et retourne à son camion préparer ce qui est déjà possible pour le lendemain. Heure approximative de fin de shift: 23 heures. Enfin, tout le monde monte dans sa chambre pour prendre un repos bien mérité. Car le lendemain et durant les trois semaines que dure le Tour, rebelote.