Mélanie Roland est un peu une invitée de dernière minute. La spécialiste du 400 m ne pensait sincèrement pas être sélectionnée en individuel lors des Championnats d'Europe de Birmingham. Sauf que ses récents bons résultats lui ont ouvert les portes de l'Angleterre et elle sera alignée mercredi, lors des séries du tour de piste.
Si ce nom ne vous dit rien, c’est parce qu’il y a encore quelques semaines, la Guadeloupéenne d’origine ne représentait pas la délégation à croix blanche. L’athlète de 27 ans a récemment dû faire un choix entre la France et la Suisse. Elle a préféré la patrie de sa mère. «C’est une Rochat et, dans sa jeunesse, elle venait souvent à des rassemblements de tous les gens qui portent ce nom de famille», rigole au bout du fil celle qui n’y a jamais pris part. De ses racines suisses, Mélanie Roland conserve encore un oncle, qui habite dans la région lausannoise.
«Je suis très attachée à la Guadeloupe, mais je voulais représenter ma maman en individuel, détaille-t-elle. Kenny (ndlr: Guex, entraîneur national) m’a contactée et, même si j’avais également des appels de l’équipe de France, j’avais déjà pris ma décision. Je savais où je voulais aller.»
«Je refuse de me terrer dans la peur»
Cette prise de décision n’a pas été impactée uniquement par l’aspect sportif. «Pour moi, la Suisse est neutre émotionnellement», ajoute-t-elle. Car en janvier 2026, Mélanie Roland a fait face à une terrible histoire. Après sept ans d’instruction à la suite d’une plainte pour viol, la personne qu’elle mettait en cause a été acquittée. «Ça a été extrêmement difficile à vivre, témoigne l’athlète. C’est pour ça que je ne veux pas être rattachée à la France. Pendant dix ans, cette histoire m’a bloquée dans la vie.»
Mélanie Roland est d’accord de partager son histoire. «Je veux devenir une championne pour avoir une voix et me faire entendre», s’exclame-t-elle. Lors du procès, la jeune femme a eu l’impression que l’accusation «n’était plus dirigée contre lui, mais contre moi. Tous mes actes ont été scrutés, questionnés et remis en cause. Pendant deux heures et demie, j’ai dû subir un interrogatoire debout, sans pause, sans même un verre d’eau, sans répit et systématiquement coupée lorsque je déroulais mes pensées.»
À l’inverse, la personne mise en cause n’a été interrogée que durant une heure. Après l’acquittement, celui-ci a d’ailleurs recontacté Mélanie Roland par message, jugeant «parfaite» et «juste» la demande du procureur de le condamner. «C'est le reflet d’une justice qui a failli. Aujourd’hui, ses messages me glacent encore le sang, poursuit la spécialiste du tour de piste. Mais je refuse de continuer à me taire et à me terrer dans la peur.»
Si elle ne peut pas faire un recours contre ce verdict, la Guadeloupéenne ne compte pas en rester là. Elle a ouvert une cagnotte afin de dénoncer les manquements dans la procédure, auprès du tribunal judiciaire. «Avec l’argent déjà récolté, j’ai pu faire un premier versement à mon avocate et j’attends son retour.»
Les couleurs du CA Belfaux
Du point de vue de l’athlétisme, les derniers événements ont par contre boosté Mélanie Roland. «Désormais, je me sens plus libre sur la piste», promet-elle. Chose qu’elle pourra prouver dès ce mercredi, lors des séries du 400 m aux Européens de Birmingham.
En Angleterre, ce sont (aussi) les couleurs du CA Belfaux – club d’Audrey Werro – qu’elle va porter. «J’ai suivi les conseils d’Estelle Jacquemin, qui était déjà dans ce club, explique-t-elle. Si, dans les faits, la raison est surtout administrative, j’ai quand même envie de me rapprocher.» Ce n’est pas pour rien si, fin juin, Mélanie Roland a disputé le meeting international de Fribourg, co-organisé par le CA Belfaux. «J’ai d’ailleurs pu discuter un bon moment avec Christiane (ndlr: Berset-Nuoffer, coach d’Audrey Werro), car ce contact était vraiment important pour moi.»
Si les regards du canton seront évidemment tournés vers la pépite du 800 m lors de ces Européens d’athlétisme, les Fribourgeois pourraient bien soutenir une autre des «leurs». Car au vu de sa résilience sur et en dehors de la piste, Mélanie Roland mérite autant d’encouragements qu’Audrey Werro.