Le Tour de France vient de se terminer avec une nouvelle démonstration de Tadej Pogacar, lequel a emmené son rival Matthieu van der Poel à la victoire sur les Champs-Elysées grâce à une attitude chevaleresque. Mais le Slovène, s'il a été le grand dominateur du Tour, comme attendu, n'a pas été le seul à s'illustrer lors des trois dernières semaines.
Tadej Pogacar entre encore un peu plus dans la légende
Année après année, Tadej Pogačar enrichit un peu plus son palmarès. En remportant son cinquième Tour de France, il rejoint le cercle très fermé composé de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Induráin, seuls autres quintuples vainqueurs de la Grande Boucle. À seulement 27 ans, le Slovène figure déjà parmi les plus grands de l'histoire de l'épreuve.
Sa domination a été sans partage: il a porté le maillot jaune pendant 18 jours et remporté cinq étapes avant l'arrivée à Paris. Malgré une vague de maladies qui a affaibli son équipe UAE Emirates dans la dernière semaine, Tadej Pogačar a même effacé le record d'ascension de Marco Pantani à l'Alpe d'Huez. Son avance était telle qu'il a ensuite pu se mettre au service de son coéquipier Isaac del Toro. Un choix payant: le Mexicain a remporté le maillot blanc du meilleur jeune et terminé sur le podium final.
Le Tour des records de vitesse
Le cinquième sacre de Tadej Pogačar n'est pas le seul record tombé cet été. Jamais le vainqueur du Tour n'avait bouclé l'épreuve à une telle moyenne, avec 43,3 km/h. La 11e étape entre Vichy et Nevers est également devenue l'étape en ligne la plus rapide de l'histoire, à 50,9 km/h de moyenne.
Et les records n'ont pas seulement volé en éclats sur l'Alpe d'Huez. Les performances explosent un peu partout, sous l'effet de plusieurs facteurs: des méthodes d'entraînement toujours plus scientifiques, une récupération et une alimentation optimisées, un matériel de plus en plus aérodynamique et des étapes généralement plus courtes. Cette année, une seule dépassait les 200 kilomètres.
Des doutes malgré des tests nocturnes
Ces explications ne convainquent toutefois pas tout le monde. Dans un sport marqué par son lourd passé en matière de dopage, ces performances hors normes continuent de susciter des interrogations.
«Personne ne peut dire avec certitude dans quelle mesure les progrès de l'entraînement, de la nutrition ou du matériel expliquent cette évolution, ni quelle part pourrait encore revenir au dopage», estime le journaliste allemand spécialisé Hajo Seppelt dans un entretien accordé au Tages-Anzeiger.
Pour lui, le faible nombre de contrôles positifs ne suffit pas à dissiper les doutes, au regard des précédents des années 1990. Une chose est néanmoins incontestable: aucun autre sport ne mène une lutte antidopage aussi poussée que le cyclisme. L'Union cycliste internationale n'hésite notamment pas à effectuer des contrôles en pleine nuit pendant le Tour, une pratique régulièrement dénoncée par les coureurs.
Un signe de vie pour le cyclisme suisse
Après le Tour de Suisse, une question revenait avec insistance: où était passé le cyclisme helvétique? Quelques semaines plus tard, la réponse est arrivée sur les routes françaises.
Mauro Schmid a mis fin à six ans de disette suisse en remportant la 13e étape. Il est ensuite passé tout près d'un deuxième succès, avec deux deuxièmes places durant la dernière semaine. De son côté, Yannis Voisard a créé la surprise en terminant 11e du classement général, le meilleur résultat d'un Suisse depuis 2015.
Les grandes nations du cyclisme à la peine
Si les jeunes Français Paul Seixas (4e) et Lenny Martinez (5e) laissent entrevoir un avenir prometteur, le bilan global est historique... dans le mauvais sens.
Pour la troisième fois seulement en plus de 120 ans d'histoire, aucun Français n'a remporté la moindre étape. Un scénario qui ne s'était plus produit depuis 1999. Et la France n'est pas la seule à traverser une période difficile: l'Espagne et l'Italie, deux autres grandes puissances traditionnelles du cyclisme, repartent elles aussi bredouilles.
Une ferveur toujours plus impressionnante
La domination de Tadej Pogačar n'a en rien refroidi l'enthousiasme populaire. Bien au contraire. Tout au long des trois semaines, des centaines de milliers de spectateurs ont envahi les routes françaises, transformant villes, villages et cols en immenses arènes à ciel ouvert.
«Je n'avais jamais vu ça. C'était inoubliable», s'est émerveillé Tadej Pogačar après la 14e étape, disputée dans les Vosges.
Le point culminant a, comme souvent, été atteint à l'Alpe d'Huez, où plus d'un demi-million de personnes, selon les estimations, ont bordé les 14 kilomètres de montée, faisant de cette ascension le plus grand stade du monde.
Cette ferveur a toutefois aussi ses revers. Contraint de freiner brusquement à cause d'un spectateur, un véhicule de course a provoqué la chute du Colombien Einer Rubio, qui a percuté l'arrière de la voiture et a dû abandonner. Le Tour de France continue de fasciner comme rarement auparavant. Reste à savoir si cet engouement peut, à terme, devenir excessif.