Juste avant 13h, heure anglaise, Ajla Del Ponte débarque sur la piste de l'Alexander Stadium en compagnie de Géraldine Di Tizio-Frey, Léonie Pointet et Salomé Kora. Le relais 4 x 100 m réalise un début de journée solide et remporte sa série, avec un meilleur chrono de la saison (42"38). Les portes de la finale s'ouvrent à cet instant.
Cinq minutes avant 18h, le couperet tombe. «Formation 4x100 m femmes: Géraldine Di Tizio-Frey, Fabienne Hoenke, Léonie Pointet, Salomé Kora», nous communique Swiss Athletics en vue de la finale. Ainsi, la Tessinoise est remplacée par une fille qui a terminé chocolat sur le 200 m deux jours plus tôt. Presque logique, vu de l'extérieur.
Une discussion ouverte
Et pourtant, en coulisses, ce n'est pas forcément ça qui était prévu. Entraîneur du relais, Kim Beytrison se serait bien vu aligner la même composition que le matin même. «En tout cas, je n'avais pas de mauvaises options», nous avoue le Vaudois après la course.
Sauf que, par elle-même, Ajla Del Ponte est venue échanger avec son coach. «Elle m'a dit que Fabienne méritait de courir, qu'elle était vraiment rapide et que ça valait la peine de lui donner sa chance, dévoile Kim Beytrison. On en a discuté les deux, puis elle a échangé avec Fabienne. Ensuite, on s'est mis les trois ensemble. Ça a clairement été une décision commune.» La Tessinoise a donc préféré mettre son égo de côté pour permettre au relais d'aller, potentiellement, chercher la médaille européenne. Classe.
«Je l'ai fait pour mes coéquipières»
Bien lui en a pris puisque, après de nombreuses désillusions, le relais 4 x 100 m femmes est parvenu à décrocher un podium sur la scène internationale. Le quatuor a terminé au deuxième rang, derrière les intouchables Britanniques. «J'ai toujours eu le sentiment qu'on serait cinq sur le podium, se réjouit Ajla Del Ponte. J'ai toujours vu ce projet comme quelque chose de plus grand que nous. Finalement, je ne suis qu'une pièce du puzzle et j'avais l'impression que Fabienne méritait de courir.»
Mais la Tessinoise aussi. Finaliste lors des Jeux de Tokyo, Ajla Del Ponte a vécu bon nombre d'échecs avec le relais suisse. «Certes, ça n'a pas été une décision facile mais ça va au-delà de soi. Je pense que je suis la seule qui a pris et prendra cette décision dans l'Histoire, mais je l'ai fait pour mes coéquipières.» Celles-ci le lui ont bien rendu.
«On a toujours essayé de prôner une communication ouverte et honnête, s'en réjouit Kim Beytrison. J'ai vraiment l'impression qu'il y a une confiance énorme dans ce groupe.» Le geste d'Ajla Del Ponte prouve sans aucun doute ses propos.
«Une pensée pour toutes les anciennes»
Point positif: la Tessinoise sera sur le podium avec ses quatre coéquipières dimanche pour recevoir la médaille. Parce que, à l'image de Salomé Kora qui se bat depuis de nombreuses années, la Suisse a enfin réussi à décrocher un podium dans cette discipline.
Mais il n'y a pas qu'Ajla Del Ponte qui a amené ce relais là où il est aujourd'hui, à savoir vice-champion d'Europe. «J'ai pensé à toutes les filles qui ont travaillé avec nous, comme Mujinga (ndlr: Kambundji), Sarah (Atcho-Jaquier), Léa et Ellen (Sprunger), Fanette (Humair) ou Marisa (Lavanchy)… Je ne peux pas mentionner tout le monde sinon on est encore là demain, se marre-t-elle. Mais elles méritent de faire partie de cette fête.» Celle-ci a d'ailleurs continué au chalet suisse après la zone mixte, pour les cinq relayeuses qui ont mérité les acclamations du public.