Sur le Brunnersberg, dans le canton de Soleure, à 1120 mètres d'altitude, Laura Jörin grimpe mètre après mètre. La sueur perle sur son front, le gravier crisse sous les pneus. Dans quelques jours, l'enseignante du secondaire originaire de Bützberg (BE) s'élancera sur le Gravel Trans Jura, une aventure de plusieurs jours reliant Baden (AG) à Nyon (VD). «Je me réjouis énormément», glisse-t-elle.
Laura Jörin a 31 ans. Avant son mariage, elle portait le nom de Mäder. Elle est la sœur de Gino Mäder (1997-2023), disparu à seulement 26 ans des suites de son grave accident survenu lors du Tour de Suisse. Entre eux, le lien était fusionnel. Tous deux partageaient la même passion du cyclisme et une complicité de tous les instants. Lorsqu'elle évoque son frère, sa voix baisse d'un ton. À plusieurs reprises, l'émotion l'envahit. «Cela fait toujours incroyablement mal. Et je ne pense pas non plus que ce travail de deuil sera un jour terminé. Cela m'accompagnera toute ma vie.»
Pourtant, sa présence ne l'a jamais quittée. À chacune de ses sorties, elle a parfois l'impression qu'il est encore là. «J'ai souvent le sentiment que Gino roule avec moi d'une certaine manière.» À l'approche du départ du Gravel Trans Jura, ces pensées reviennent avec encore plus d'intensité. «Il trouverait certainement génial ce que je suis en train de faire. Il rirait probablement en disant: «Ça te correspond parfaitement.»»
Des tongs dans les bagages
Pour l'heure, cette aventure lui semble encore irréelle. «Tout cela paraît encore un peu surréaliste alors que le départ est déjà mercredi.» Pour participer à l'épreuve, elle a pris des congés non payés. Pendant ces quelques jours, elle souhaite pouvoir se consacrer entièrement à son défi, l'esprit libre.
Le parcours traversera la Suisse en six étapes au maximum. Plus que le chrono, c'est l'arrivée qui occupe ses pensées. «L'objectif principal est d'arriver au bout en bonne santé. Si c'est nécessaire, prendre des raccourcis est aussi tout à fait acceptable.»
Son équipement tient dans un minimum de place: une tente, un sac de couchage et un pantalon de pluie. Les chaussettes seront lavées à la main avec un petit morceau de savon. Pas de réchaud ni de cuisine improvisée. Les repas se prendront au restaurant. Cette année, elle a même prévu une paire de tongs. Un détail qui la fait sourire. Lors de l'édition précédente, elle s'était rendue au restaurant en chaussettes.
Face aux futures stars du VTT
Le vélo accompagne Laura Jörin depuis l'enfance. Longtemps pourtant, elle a eu le sentiment de vivre dans l'ombre des performances de son frère. Alors que celui-ci remportait des courses avec une apparente facilité, elle découvrait à 13 ans un univers particulièrement compétitif. Parmi ses adversaires figuraient notamment Sina Frei et Jolanda Neff, devenues depuis des références mondiales du VTT. «Avec le recul, j'étais simplement cette fille qui prenait du plaisir à faire du vélo et qui terminait généralement assez loin dans le classement.»
Avec le temps, elle a trouvé sa propre voie. D'abord en cyclo-cross, où elle a connu ses premiers succès personnels. Puis en gravel, la discipline dans laquelle elle dit aujourd'hui se sentir pleinement à sa place. Là, le classement passe au second plan. Ce qui compte avant tout, c'est l'esprit de communauté.
Son vélo actuel, elle l'a acheté après une course test à Berne. Le commerçant lui avait alors proposé une offre particulièrement avantageuse. Le nom Mäder continue en effet de susciter beaucoup d'émotion dans le cyclisme suisse.
«Après cela, je ne l'ai plus jamais revu vivant»
Parmi tous les souvenirs qu'elle conserve, l'un d'eux reste gravé plus profondément encore. Ce jour-là, ils prévoyaient de se rendre à la piscine. Juste avant de partir, Gino téléphone. Il est question de son chien, Pello. Il explique qu'il passera rapidement. Une phrase banale, semblable à tant d'autres. Finalement, la sortie à la piscine n'aura jamais lieu.
«Nous ne sommes finalement pas allés nous baigner, mais nous avons passé l'après-midi avec Gino.» Personne ne pouvait imaginer qu'il s'agirait de leur dernière conversation. «Après cela, je ne l'ai plus jamais revu vivant», souffle-t-elle. Le silence s'installe quelques secondes. Puis son visage s'éclaire à nouveau.
Les souvenirs restent vivaces. Et heureux.
Avec leurs sœurs Jana et Lisa, Gino et Laura formaient une fratrie particulièrement soudée. «Avec le recul, papa dit souvent que nous avons toujours très bien joué ensemble et que nous ne nous disputions jamais vraiment.»
Et le Gravel Trans Jura dans tout cela? Laura Jörin sourit. «Gino aurait adoré cet événement et y aurait certainement participé, si son calendrier le lui avait permis.»