Audrey Werro, championne d'Europe
«Le prochain objectif, c'est la conquête du monde»

Ce vendredi, Audrey Werro est devenue championne d'Europe du 800 m. À chaud, la Fribourgeoise est revenue sur les émotions qui l'ont envahie. Interview.
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Audrey Werro est devenue championne d'Europe ce vendredi.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

Rarement, on avait vu Audrey Werro avec un tel sourire en zone mixte. Il faut dire que, de longues minutes avant d'apparaître devant les médias suisses, la Fribourgeoise a décroché l'une des plus belles victoires de sa carrière. Audrey Werro est devenue championne d'Europe du 800 m.

L'émotion était donc grande pour la pensionnaire du CA Belfaux. La joie n'a jamais quitté le visage de l'athlète de 22 ans et elle a pris le temps de répondre à toutes les questions qui lui ont été adressées. Interview à chaud.

Audrey, c'est ta première médaille d'or dans un grand championnat, qu'est-ce que ça représente pour toi?
Je pense que c'est une belle récompense pour tout le travail accompli ces dernières années. J'ai essayé de prendre toute cette énergie avec moi. Dans les 100 derniers mètres. J'ai décidé de tout donner en me disant que c'était mon jour.

Raconte-nous un peu la course. Il a fallu d'abord se bagarrer pour prendre la place aux avant-postes, puis tenir avec le vent et toutes ces conditions…
Oui, c'est ça. Je savais qu'aujourd'hui j'étais la plus forte si j'allais devant, si j'imposais un rythme élevé et si je continuais de durcir le rythme tous les 100 mètres. J'ai d'abord attendu de voir si d'autres athlètes comme Keely voulaient prendre la tête, puis je me suis décidée à y aller pour ne plus rester à l'extérieur du couloir 1. Le moment le plus critique était les 100 derniers mètres car il fallait tenir après avoir dépensé de l'énergie en menant. Je voyais du coin de l'œil que les autres athlètes étaient juste derrière et qu'il ne fallait rien relâcher. Mais j'avais encore de l'énergie dans les jambes et j'ai réussi à finir première, c'est le plus important.

Dans quelle mesure ce que tu as vécu jeudi, avec ta chute, a-t-il modifié ou perturbé ton approche de cette finale?
Physiquement, j'étais prête et je n'avais pas de gros problèmes, seulement quelques égratignures. Le plus dur était mentalement de me dire que j'étais en finale sans avoir terminé la course dans les trois premières positions. C'était une qualification différente des autres championnats et ce changement de scénario a été un peu dur. Mais j'ai décidé de saisir cette deuxième chance pour en faire quelque chose de bien. Au final, je savais que j'avais totalement ma place dans cette finale et que l'incident d'hier n'était pas de ma faute.

Au niveau de la tactique, tu as aussi décidé de prendre les devants rapidement…
Je savais que j'avais le meilleur temps des engagées. Toute cette saison, j'ai fait beaucoup de courses à l'avant, même s'il y avait parfois un lièvre. Je savais que j'étais capable de courir une course à 100% en tête. J'ai décidé que c'était ma meilleure carte à jouer aujourd'hui, et je l'ai jouée.

Était-ce aussi lié à la peur de la veille, en te disant: «Cette fois je vais loin devant pour ne pas tomber»?
(rires) Oui, je me suis dit ça. L'expérience d'hier m'a rendue plus attentive aujourd'hui. Dans les premiers mètres, j'ai senti quelques bousculades à l'arrière. J'ai donc décidé de rester devant et de créer un petit écart avec le peloton, pour être sûre.

Au moment de rentrer dans le stade, est-ce que tu as eu peur qu'il y ait quelques sifflets, connaissant les coulisses de ta qualification et le fait que le public était acquis à la cause de Keely Hodgkinson?
La veille, je me suis dit que c'était possible. Mais aujourd'hui, en entrant sur la piste, je me suis dit que les gens présents étaient juste des fans de sport qui savent que chacun a droit à sa chance et que je méritais la mienne. J'ai essayé de me concentrer sur le positif. Je savais aussi qu'il y avait beaucoup de fans suisses et j'ai emmagasiné cette bonne énergie.

Et concernant l’ambiance justement: Veronica Vancardo nous disait avoir eu des acouphènes sur les derniers 200 mètres. Tu confirmes?
Vraiment, le dernier virage était un petit remake de Weltklasse Zurich la saison dernière. Il y avait énormément de bruit aussi. J'ai essayé de prendre toute cette énergie avec moi dans les derniers mètres et cela m'a beaucoup encouragée.

Finalement, quelle a été la première émotion sur la ligne d'arrivée?
Avant tout, de la surprise. Je n'ai même pas trop eu le temps de célébrer sur le coup car je me disais qu'il fallait continuer d'accélérer jusqu'au bout et après la ligne. Il m'a fallu un petit moment pour réaliser que j'avais terminé première et que j'étais championne d'Europe.

Maintenant que tu es championne d'Europe, quelle est la suite du plan? La conquête du monde, c'est le prochain objectif?
Oui, logiquement c'est le prochain objectif. Mais là, je veux juste apprécier ce titre. Les Championnats du monde, c'est encore dans longtemps donc je n'y pense pas trop. Je suis simplement contente d'avoir gagné ma première médaille européenne chez les élites et je vais profiter de ce moment.

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