Simonetta Sommaruga après la COP26
«Nous ferons en sorte que l'objectif de 1,5 degré soit atteint»

La COP26 s'est terminée samedi soir en demi-teinte. Simonetta Sommaruga confie sa déception à l'issue de la conférence, et parle du futur pour la Suisse. Interview.
Publié: 14.11.2021 à 06:34 heures
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Dernière mise à jour: 15.11.2021 à 11:15 heures
La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a joué un rôle important en tant que chef des négociations lors de la COP26.
Dana Liechti/ATS

Après des discussions animées et des heures de querelles, la 26e Conférence mondiale sur le climat (COP26) à Glasgow s’est achevée samedi soir. Les pays se sont engagés à atteindre l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle. D’ici à la fin de 2022, un délai supplémentaire, ils devront affiner volontairement leurs plans de protection du climat jusqu’ici insuffisants.

Le projet de déclaration a été atténué à la dernière minute par des pays recourant au charbon, dont l’Inde et la Chine. Les efforts ne devront être menés que pour «réduire» le charbon sans système de captation de CO2, plutôt que vers son «élimination», et pour une sortie de subventions «inefficaces» aux énergies non renouvelables. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, au nom de son groupe de négociation de cinq pays, a dénoncé une manœuvre de dernière minute inacceptable et un manque de «transparence» de la présidence britannique de la COP.

Toute au long de la conférence, la ministre de l’environnement a joué un rôle important en tant que chef des négociations à Glasgow. Elle se confie à l’issue du sommet.

Combien de temps avez-vous dormi ces derniers jours?
Simonetta Sommaruga: Pas beaucoup du vendredi au samedi. Nous avons négocié jusqu’à minuit passé. Mon équipe à Glasgow – que je félicite d’ailleurs pour son travail – a très peu dormi pendant ces deux semaines.

Comment décririez-vous l’atmosphère à Glasgow et surtout pendant ces dernières heures intenses?
Le vendredi était tendu, et il y a eu beaucoup d’agitation dans la nuit de samedi. Après tout, l’enjeu est de taille.

Quelle est votre évaluation des retombées de la COP26?
Les attentes pour la COP étaient élevées. Après tout, nous devons réduire collectivement les émissions de CO2 dans le monde entier – et rapidement. Ces objectifs n’ont pas été atteints. La COP a été dominée par les intérêts des particuliers. Il a donc été difficile de trouver des solutions en faveur du climat. Il y a au moins quelques points positifs: l’élimination progressive du charbon devra être initiée, et les subventions pour le charbon, le pétrole et le gaz devront être supprimées. Évidemment, la Suisse aurait voulu formuler cela de manière beaucoup plus définitive.

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Greta Thunberg a déclaré que la COP était un «Greenwashing-Festival» («un festival de l’écoblanchiment»).
Le fait est que les pays devront être davantage transparents à l’avenir lorsqu’ils rendront compte de leurs efforts en matière de climat. La Suisse a beaucoup progressé en matière de règles du marché: le double comptage est interdit et les entreprises peuvent également adhérer à ce système et ainsi l’empêcher.

La délégation helvétique a fait pression pour obtenir des objectifs ambitieux et des mesures concrètes. Cependant, la Suisse n’est elle-même pas sur la bonne voie en ce qui concerne ses objectifs climatiques. Peut-elle vraiment agir comme un négociateur crédible?
Presque aucun pays n’est sur la bonne voie. La Suisse a une loi sur le CO2 depuis plus de 20 ans, et je vais proposer une révision cette année. C’est important. Nous devons maintenant éviter des investissements malavisés dans les technologies de samedi et saisir l’opportunité. De nombreux pays vont de l’avant et misent sur les énergies renouvelables, comme sur le soleil, l’eau et le vent. Je veux être parmi les premiers avec la Suisse, car cela nous garantirait également des emplois et des avantages concurrentiels.

Il sera d’autant plus difficile d’atteindre l’objectif de 1,5 degré du fait que les promesses ne sont que rarement suivies par des actions. Êtes-vous inquiète?
Oui, bien sûr. Mes petits-enfants vivront – dans le meilleur des cas – jusqu’en 2100. La terre sera alors bien différente. C’est pourquoi je fais tout ce que je peux dans mon département et ici à Glasgow pour promouvoir davantage de protection pour le climat. Les îles Marshall sombrent, des tempêtes d’une ampleur sans précédent font rage dans d’autres pays, l’Asie fait état d’inondations dévastatrices et l’Europe est également concernée. En bref, la crise climatique touche tout le monde, nous devons agir ensemble.

Selon les climatologues, une réduction considérable des émissions et de la consommation de combustibles fossiles est nécessaire dans les années à venir afin d’atteindre les objectifs fixés. Cela sera-t-il vraiment possible?
Il le faut. Et nous ferons en sorte que cela soit possible!

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(Adaptation: Jessica Chautems)

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