Mercredi, en plein trajet entre les Emirats arabes unis et Tel-Aviv (Israël), deux pilotes se sont livrés à une véritable lutte à mort. Le copilote omanais s'en est pris à son collègue indien avec une hache de secours, le blessant à la tête et aux mains.
Le Boeing 737 Max de la compagnie à bas prix Flydubai a piqué du nez. Mais le commandant de bord, couvert de sang, a réagi avec sang-froid et ouvert la porte sécurisée du cockpit – des passagers ont pu mettre fin à cette tentative d’attentat. Coup de chance inouï, un équipage de relève se trouvait à bord et a pu poser l’appareil en toute sécurité.
Netanyahu sous pression
Dans la cabine, de nombreux passagers israéliens avaient appris à l’armée comment réagir dans des situations extrêmes. L’un d’eux a neutralisé le forcené en l’étranglant dans une prise de judo. Au même moment, un dentiste présent sur le vol s’est précipité pour prodiguer les premiers soins au commandant lourdement touché.
Tout Israël les célèbre désormais pour cela. Benjamin Netanyahu les a félicités d'avoir empêché «un deuxième 11-Septembre». Le Premier ministre, soumis à une forte pression dans la campagne électorale actuelle, peut profiter de récits héroïques. Mais l'incident montre aussi à quel point les contrôles sont laxistes dans l'aviation civile. Comment un copilote, licencié par Oman Air, partenaire de Swiss, en raison de son passé extrémiste, a-t-il pu continuer à voler chez Flydubai? En Israël, seuls les pilotes dont le pays d'origine entretient des relations diplomatiques avec Israël sont en outre autorisés à atterrir – ce qui n'est pas le cas d'Oman.
Détournement d'un avion de Swissair vers la Jordanie
Mercredi, les «Sky Marshals», des agents de sécurité armés, n'étaient apparemment pas à bord. Si la compagnie israélienne El Al en embarque presque systématiquement, les autres compagnies aériennes n’y recourent qu'au terme d'une analyse des risques ciblée.
En Suisse, ces anges gardiens en armes font partie du paysage depuis les années 1970. Ici, on les appelle les «Tigres». Le déclic remonte à 1969, après l’attaque d’un avion d’El Al sur le tarmac de l’aéroport de Zurich-Kloten. Un an plus tard à peine survenait un autre drame: celui de Zerka. Des extrémistes ont détourné un DC-8 de Swissair vers la Jordanie. Les 145 passagers et douze membres d’équipage avaient finalement été libérés, avant que l’appareil helvétique ne soit dynamité sur une piste en plein désert sous l’œil des caméras du monde entier.
Autour du monde en première classe
La Suisse réagit immédiatement: dès 1970, la Confédération a déployé des agents de sécurité armés directement en cabine. La coordination, la planification opérationnelle, l'évaluation des menaces et le recrutement incombent à l'Office fédéral de la police (Fedpol). Les Tigres sont issus d'un vivier varié: corps de police cantonaux et municipaux, militaires, collaborateurs de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), ou encore spécialistes de Fedpol.
Pour ces agents, la mission représente souvent une parenthèse bienvenue face au quotidien sur le terrain. Plusieurs fois par an, ils peuvent parcourir le monde en classe affaires ou en première classe afin d'assurer la sécurité à bord. Selon les informations de Blick, deux Tigres sont déployés sur certains vols, et ils ne dorment qu'à tour de rôle: l'un d'eux doit toujours rester éveillé. Swiss et Edelweiss doivent mettre gratuitement des sièges à la disposition des Tigres; leur salaire et leurs frais sont payés par les contribuables.
Certains voyageurs réguliers s'amusent parfois à tenter de démasquer un Tigre en cabine. Un signe qui ne trompe presque jamais: une personne assise au premier rang qui, malgré le champagne offert à volonté au-dessus des nuages, ne touche pas à une seule goutte d'alcool.
Les Tigres sont armés de munitions spéciales
Une agente de sécurité aérienne allemande résumait un jour la discrétion qu'exige ce métier: «Il est extrêmement important pour notre mission que nous ne soyons pas identifiables comme des policiers. Je m'installe confortablement sur mon siège. C'est du moins ce que mes voisins de siège doivent penser.»
Si la situation dégénère et atteint le point de rupture, les Tigres dégainent leurs armes, qui sont chargées d'une munition spéciale: des projectiles conçus pour ne pas perforer la carlingue en cas de tir. Leurs missions sont minutieusement planifiées en amont par Fedpol. Mais dès que l'avion quitte la terre ferme, les Tigres passent sous l'autorité directe du commandant de bord.
Dérapage à Tokyo: Fedpol a sévi
Auprès du personnel navigant, ces agents – pour la plupart des hommes – jouissent d’une excellente cote. «Ce sont de bons collègues», raconte une hôtesse de l'air expérimentée. A bord, ils sont traités comme des passagers ordinaires. Après le vol, à l'hôtel de l'équipage, les Tigres redeviennent des collègues à part entière. Chez Swiss, une histoire circule d’ailleurs régulièrement en interne: celle d'une hôtesse de l'air qui a fait la rencontre de son futur époux en plein vol… alors qu'il officiait comme Tigre pour veiller sur l'appareil.
Un incident survenu il y a plus de trois ans à Tokyo (Japon) a toutefois fait parler de lui en interne. Fedpol garde les détails précis sous clé, mais une chose est établie: l’alcool avait coulé à flots. «Il s’agit d’un manquement commis durant le temps libre du collaborateur, sans aucune répercussion sur la sécurité des vols. L'agent concerné, rattaché à une police cantonale, a été immédiatement exclu du programme et n’exerce plus comme agent de sécurité dans le transport aérien», explique Fedpol.
«Un Tigre, c'est comme une assurance»
Fedpol ne veut pas révéler, «pour des raisons tactiques», si un Tigre suisse a déjà dû effectivement intervenir au-dessus des nuages. Des employés expérimentés de Swiss ne se souviennent d'aucun incident. «C'est une bonne chose et cela montre à quel point l'aviation est sûre», estime un initié.
Un Tigre serait comme une assurance et aurait un effet dissuasif. Même si certains membres du personnel navigant se demandent parfois: «Où sont les Tigres quand on a besoin d'eux?» Par exemple, lorsqu'en 2024, à bord d'un avion de Swiss reliant les Etats-Unis à Zurich, un Belge violent a attaqué l'équipage de Swiss et menacé: «Je vais vous tuer!» L'équipage a réussi à le maîtriser avec difficulté et l'avion est retourné à Newark. L'homme a ensuite été condamné aux Etats-Unis.