Donald Trump lorgne avec insistance sur le diesel européen. Le gouvernement américain tenterait de contraindre l'UE à injecter 120 millions de barils issus de ses réserves stratégiques sur le marché. C'est ce que rapporte le magazine «Der Spiegel», citant des sources au sein du gouvernement allemand et de la Commission européenne.
Si l’Europe refuse de céder aux exigences du président américain, Washington menace de couper le robinet du diesel et de stopper ses exportations vers le Vieux Continent. Selon l’agence de presse Reuters, cet ultimatum vise explicitement l’Allemagne et la France, deux pays qui détiennent les plus imposants stocks stratégiques de gazole.
La Suisse épargnée
A Bruxelles, l'avertissement a fait l'effet d'une onde de choc. Les propos sont pris en compte «avec inquiétude», indique l'entourage de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ces 120 millions de barils représenteraient un volume colossal.
A titre de comparaison, la Suisse ne stocke au total qu’environ 14 millions de barils de gazole. Notre pays ne serait toutefois pas directement visé par les menaces de Trump: la Suisse dispose de ses propres réserves nationales d’urgence et n’est pas tenue de participer aux prélèvements imposés sur les réserves de gazole de l’UE.
Les élections en tête
Derrière cette offensive se dessine l'échéance capitale des élections de mi-mandat, les «midterms», prévues aux Etats-Unis début novembre. A mesure que le scrutin approche, le président américain, pris par la fièvre électorale, multiplie les manœuvres pour éviter un revers cinglant.
Par ce coup de force, il cherche à faire chuter les prix à la pompe aux Etats-Unis – et à marquer des points précieux auprès des électeurs. Les cours du carburant ont en effet bondi outre-Atlantique, tout comme en Suisse, en raison de la guerre avec l’Iran et du blocage du détroit d’Ormuz.
Pour l’Europe, une interruption des livraisons américaines aurait des répercussions désastreuses et ferait s'envoler un peu plus les prix. La question de savoir si Trump mettra réellement ses menaces à exécution alimente tous les débats.
Il y a quelques jours encore, la Maison Blanche démentait tout projet d'arrêt des exportations de diesel. «Nous entendons rester une puissance énergétique», affirmait le ministre américain de l’Energie. Mais en dernier ressort, le président américain tranchera seul. Or, il est connu pour sa propension à prendre des risques économiques majeurs afin d'afficher une poigne de fer.